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Economie

Saloua Karkri Belkziz : «Mon bilan à la présidence de l’APEBI»

Saloua Karkri Belkziz : «Mon bilan à la présidence de l’APEBI»
Vendredi 10 Janvier 2020 - Par Finances News

 

Après deux mandats a la tête de l’APEBI, qu’elle a contribué à placer sur la carte des fédérations qui comptent dans le paysage économique nationale, Saloua Karkri Belkziz, dresse pour Finances News un bilan exhaustif de sa présidence.

De la restructuration de la Fédération, à sa participation active à l’élaboration de l’ensemble des politiques qui touchent au digital, l’APEBI a su s’imposer comme un interlocuteur privilégié du secteur avec les pouvoirs publics.

La présidente sortante détaille également les challenges qu’il reste à relever pour réussir la transition vers une gouvernance numérique efficiente et plus agile.

 

Propos recueillis par A.E

 

Finances News Hebdo : Quelles ont été les principales réalisations de l'APEBI sous votre présidence depuis 2016 ?  Avec le recul, quels enseignements tirez-vous de cette expérience ?

Saloua Karkri Belkeziz : Militer pour l’intérêt général de la profession fait partie intégrante de mon quotidien depuis près de 30 ans et m'a mené à relever le défi de présider la Fédération pour contribuer à accroître sa représentativité et sa visibilité.

Pour répondre à votre question, l'institution a subi une restructuration fondamentale et salutaire dès janvier 2016, tant au niveau financier qu'à celui des membres, après un passage à vide qui a duré presque 5 ans.

Avec l'équipe des collègues qui se sont engagés à mes côtés, nous avons pu récupérer de grands comptes qui ont cru en nous, nous avons su fidéliser les mastodontes de la profession et avons convaincu de nouveaux membres à rejoindre le navire.

Nous totalisons ainsi une adhésion nette d'une centaine de nouveaux membres. J’ai tenu également à honorer nos «Past-présidents» en leur consacrant un organe consultatif, le Conseil des sages.

Nos réalisations se sont enchaînées et nous avons suscité l'intérêt des médias, des partenaires publics, des institutions internationales…

Nous avons aussi participé, en parallèle, à l’élaboration de la Stratégie digitale Maroc 2020, et avons réussi à inclure des amendements importants dans la loi 61-16 portant création de l’ADD (Agence de développement du digital).

En effet, impliquée dans tous les process et consultée par l'ensemble des composantes de l’écosystème, la Fédération a retrouvé la place qui lui est due et a su s'imposer comme un interlocuteur privilégié du secteur avec les pouvoirs publics dans toutes les questions liées au digital.

Elle s’est engagée à appuyer les nébuleux débuts de l’Agence du digital et à l’assister dans ses premiers pas. Depuis sa création, l’ADD est parvenue à devenir un organe opérationnel porteur des sujets digitaux et un allié inébranlable de l’APEBI sur l’émergence des Start-up, l’e-administration et la question des compétences…

Pour soutenir la viabilité financière de la Fédération, il a fallu épurer les dettes accumulées mais aussi activer les mécanismes de financement adéquats tels que la taxe parafiscale à l'importation.

De plus, durant ces 2 mandats, l’AMDIE, issue de la fusion de l'AMDI et de Maroc Export, a appuyé les actions de la Fédération en accompagnant les ambitions d’export des membres et de la recherche d’investisseurs, ce qui a permis à l’APEBI de gagner en visibilité à grande échelle et d’exalter son rayonnement à l’international.

Une autre fierté à l'actif de ces 2 mandats est la création et la pérennisation de l’Africa IT Expo, plus connue sous le nom d’AITEX, évènement phare du secteur IT dans la région qui, en 2019, est déjà arrivé à sa quatrième édition, et qui a toujours été placé sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et sous l’égide du ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie verte et numérique.

L’APEBI a lancé en 2017, en partenariat avec le CIO MAG, le M-pay Forum, qui compte déjà 3 éditions.

Le mobile paiement, considéré comme un système innovant et la meilleure solution pour booster les usages dans divers domaines.

Sensible à l’importance des métiers du testing, l’APEBI a lancé en 2016, en partenariat avec le Comité marocain des tests logiciels, la Journée marocaine des tests logiciels, qui en est à sa 4ème édition.

Depuis 2017 et tout au long des deux mandats, l’APEBI a étroitement collaboré avec la CNDP en matière de protection des données à caractères personnelles, notamment dans la mise en conformité des membres avec le règlement européen RGPD.

Enfin, l’APEBI a contribué à l’officialisation de l’adhésion du Maroc à Smart Africa, faisant du Maroc le 30ème pays à adhérer à l’alliance.

Tous les efforts consentis ont été couronnés par la signature de plusieurs partenariats stratégiques, l’évolution exponentielle du nombre des adhérents, et du chiffre d’affaires de la Fédération dont je suis fière.

 

FNH : Pour les années à venir, quels seront les principaux défis de l'APEBI qui est une fédération au cœur de l'écosystème des IT ?

S.K.B. : A mon niveau, je ne peux m’engager sur les axes futurs, je laisserai la nouvelle présidence, dont le programme sera le plus convaincant, tracer les contours de la stratégie du secteur.

Je suis confiante puisque les candidats ont tous collaboré à mes côtés et veulent capitaliser sur les acquis de ce mandat pour continuer sur la même trajectoire.

La vision principale est d’accroître l’attractivité économique et technologique du Maroc à travers une offre adaptée et évolutive, tout en veillant à asseoir sa souveraineté digitale, positionner le Maroc à la fois comme producteur et comme consommateur des nouvelles technologies, mais aussi en tant que plateforme africaine de l'IT et du digital, incontournable, agissante et à forte valeur ajoutée.

Parmi les grands chantiers qui sont les principaux challenges : renforcer le capital humain pour disposer de compétences qui relèveront les défis du secteur et mettre à niveau les infrastructures nécessaires à son essor.

Tout récemment, en publiant notre Recommandation Paper, nous avons annoncé la création d'un think tank indépendant dédié à la réflexion et à la production de solutions innovantes, avec pour but de positionner le digital au cœur du développement et participer à la construction d'un Maroc innovant, performant et attractif.

 

FNH : L'APEBI a justement rendu publique récemment une série de recommandations allant dans le sens du renforcement du secteur des IT, appelé à jouer un grand rôle dans le processus de transformation du Maroc. Qu'en est-il de l'implémentation de vos recommandations par les pouvoirs publics ?

S.K.B. : Nous nous sommes posés des questions de base… avec des constats assez frustrants…Pourquoi Internet n’est pas encore de bonne qualité et accessible à tous les citoyens et dans toutes nos régions ? Le privé ne fait pas exception non plus puisque 30% seulement des entreprises disposent d’un site web.

Pourquoi le mobile payement, outil d'inclusion financière par excellence, n’est-il pas encore largement adopté ?... Nous avons alors décidé d'adresser toutes ces problématiques, de les analyser et de produire des guidelines en concertation avec l'ensemble des parties prenantes.

Ces recommandations, qui sont le fruit d’une large concertation, aussi bien avec des décideurs publics que privés, ont été présentées à notre ministre de tutelle et au chef de gouvernement en personne.

Moins d'un mois après la cérémonie de restitution des orientations du Recommandation Paper, nous avons relevé avec fierté que l'ADD les a prises en compte et en a inclus une partie dans la note d’orientation de l'Agence, présentée à son Conseil d’administration de décembre 2019. Nous sommes donc rassurés quant à la mise en œuvre des orientations.

Le caractère inclusif de ce travail se distingue par le soutien des contributeurs à notre initiative, dans un esprit constructif. A ce titre, j'appelle tous les partenaires à tenir leurs engagements en rappelant que parmi les rôles du think tank, le suivi de l’implémentation des orientations en est la pierre angulaire.

 

FNH : Le Maroc est mal placé dans le classement des Nations unies en matière d'e-gov. Selon vous, quels sont les leviers à activer afin de remédier à ce retard ?

S.K.B. : Nous avons déroulé pas moins de 13 recommandations pour rattraper ce gap ! Tout d'abord, accélérer les efforts de digitalisation des services publics pour garantir la réussite du projet e-gov qui doit s'inscrire dans le renforcement de la collaboration de toutes les administrations marocaines.

Nous constatons avec amertume que moins de 100 procédures sont digitalisées sur plus d’un millier, soit à peine 10%, tandis que le Rwanda dispose d'un portail unique d'accès à l'ensemble des services du gouvernement, prônant simplicité, efficacité et fiabilité.

Il est incontestable que le digital peut contribuer à améliorer les services aux citoyens, réduire les disparités régionales, révolutionner l’éducation et la santé etc. Comment comptons- nous rétablir une paix sociale et engranger la prospérité économique ? La clé est de réussir la transition vers une gouvernance numérique efficiente et plus agile.

Il faudrait également une forte volonté politique pour intégrer le digital comme fonction transverse obligatoire dans l'ensemble des politiques publiques, mais aussi repositionner l'ADD comme agence autonome et puissante, chargée de mutualiser et fédérer l'ensemble des projets numériques publics. Une modernisation et une refonte générale des process administratifs s'impose.

A la veille de l’élaboration d’une nouvelle stratégie Digital 2020-2025, l’ADD devrait développer avec les principaux donneurs d’ordre une sous-stratégie dédiée à la transformation de l’administration publique, avec son propre budget, sa gouvernance et ses indicateurs de performance. La direction de cette gouvernance devra être assurée par le bureau du Chef de gouvernement, conformément au niveau de complexité de cette transformation.

 

FNH : Enfin, estimez-vous que l'écosystème des IT favorise suffisamment l'éclosion de start-up innovantes à même de développer des solutions adaptées à la réalité locale ?

S.K.B. : La création du pôle startup a été un tournant marquant lors de ce second mandat. Force est de constater que les start-up sont un acteur incontournable aujourd’hui, et en tant que fédération IT, elle se devait d’être inclusive et représentative de l’écosystème.

Nous nous félicitons de voir qu’à la fin de ce mandat, 16% des membres de l’APEBI sont des start-up et nous travaillons, au quotidien, autour d’un plan d’actions qui œuvre pour défendre leurs intérêts et faciliter leur développement.

Les premières assises de la start-up, organisées par l’APEBI le 26 avril 2019, ont d’ailleurs permis de réfléchir sur les défis et les moyens de promouvoir l’écosystème, et d'instaurer un environnement national propice à travers un contexte juridique, fiscal et financier adapté à l’inclusion économique et à la promotion des start-up susceptibles de développer des solutions innovantes adaptées à la réalité locale.

L'APEBI, via son pôle startup, a ensuite remonté et défendu, auprès des institutions publiques, les doléances et propositions discutées en faveur d’une amélioration des conditions des start-up marocaines. Une partie a été prise en compte dans la nouvelle charte d’investissement.

Parmi les autres réalisations, nous citerons l’opérationnalisation du portail startup hub, en partenariat avec l’ADD, la CGEM, la CCG, l’OMPIC, l’Office des changes et le GPBM, qui facilite l’octroi de la carte technologique startup. Cette carte permet de bénéficier d’une dotation de 500.000 DH par année civile pour le paiement des services technologiques à l’étranger.

Pendant ces deux années, plusieurs start-up marocaines ont été mises en valeur dans des événements tels que l’AITEX, le Rendez-vous des assurances, l’université d’été de la CGEM, Vivatech à Paris et Emerging Valley Summit à Marseille.

Enfin, l’adhésion dernièrement du Maroc à Smart Africa, initiative lancée au niveau de l’Union africaine, offrira des opportunités à l’échelle régionale à nos start-up qui pourront avoir accès à un important fonds mis en place à cet effet.

Toutes ces actions, menées durant ces deux ans, ont un seul objectif : favoriser l’éclosion des start-up marocaines dans un écosystème opportun.

 

 

 

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