Recettes publiques : L’Etat franchit un nouveau cap en 2025

Recettes publiques : L’Etat franchit un nouveau cap en 2025

Avec 424 milliards de dirhams de recettes ordinaires en 2025, l’État franchit un seuil inédit sur le plan budgétaire. La progression, tirée par l’impôt, permet de financer les principaux engagements sociaux et d’investir, tout en maintenant le déficit dans les clous de la Loi de Finances.

 

Par Y. Seddik

L'exercice budgétaire 2025 s’est déroulé dans un environnement international peu porteur, marqué par un ralentissement de la croissance mondiale, la persistance des tensions géopolitiques et l’impact croissant des aléas climatiques. À cela se sont ajoutées les tensions commerciales et la montée des mesures protectionnistes, qui ont pesé sur l’investissement et les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale.

Dans ce contexte, l’économie marocaine a néanmoins affiché des signes de résilience. Le redressement de l’activité agricole s’est confirmé, avec une croissance de 4,6% en 2025, après une contraction de 4,8% un an plus tôt. Les activités non agricoles ont poursuivi leur dynamique, affichant une progression de 4,6% contre 4,5% en 2024.

Cette évolution s’est traduite par une amélioration de plusieurs indicateurs conjoncturels, notamment les ventes de ciment, en hausse de 8,2%, et une activité touristique en nette progression, avec plus de 20 millions de visiteurs sur l’année. C’est dans ce cadre que les recettes ordinaires de l’État ont atteint 424 Mds de DH en 2025, en augmentation de 53 Mds de DH par rapport à 2024.

Selon les données présentées par Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget, à la Chambre des représentants, cette progression correspond à une hausse de 14,2%, portée quasi exclusivement par les recettes fiscales, dont le rendement a dépassé les prévisions de la Loi de Finances. Les recettes fiscales ont progressé de 43,8 Mds de DH sur l’année, soit une croissance de 14,7%, avec un taux de réalisation de 107%. Cette dynamique s’inscrit dans une tendance observée depuis 2021. Sur la période 2021-2025, les recettes fiscales ont augmenté de 127 Mds de DH, pour un taux de croissance annuel moyen de 12,4%, sous l’effet des réformes fiscales engagées et de l’amélioration de l’assiette.

Dans le détail, l’impôt sur les sociétés s’est établi à 91,4 Mds de DH en 2025 contre 71,1 Mds de DH un an plus tôt, soit une hausse de 28,6%. Les recettes de la TVA ont atteint 97,7 Mds de DH, en progression par rapport aux 89,3 Mds de DH enregistrés en 2024, accompagnant la reprise de l’activité et de la consommation. Malgré le coût de la réforme de l’impôt sur le revenu, estimé à plus de 8 Mds de DH, les recettes de l’IR ont progressé de 9,4% pour atteindre 65,4 Mds de DH, avec un taux de réalisation de 107,4%.

Les droits de douane ont suivi la même tendance, s’établissant à 17,2 Mds de DH en 2025, en hausse de 12,9%. Les recettes de la taxe intérieure de consommation ont progressé de 13,8% pour atteindre 41,5 Mds de DH. La bonne tenue des recettes a permis de financer plusieurs postes de dépenses jugés prioritaires. Les dépenses de personnel ont augmenté de 15 Mds de DH afin de mettre en œuvre les revalorisations salariales issues du dialogue social.

Les dépenses liées à la généralisation de la protection sociale ont atteint 37,7 Mds de DH en 2025 contre 32 Mds de DH en 2024. Le budget général a également supporté les charges de compensation, qui se sont élevées à 17,7 Mds de DH, ainsi que le soutien à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), à hauteur de 4 Mds de DH. Le programme de reconstitution du cheptel a, pour sa part, mobilisé 5,5 Mds de DH. Dans le même temps, la dynamique de l’investissement public a été préservée. Les émissions ont progressé de 7,8 Mds de DH par rapport à 2024, portant le total des paiements à 125,3 Mds de DH, avec un taux d’émission et de paiement de 76%.

Cette configuration budgétaire s’est accompagnée d’une amélioration des équilibres macroéconomiques. Le déficit budgétaire a été contenu à 3,5% du PIB en 2025, conformément aux prévisions de la Loi de Finances. L’endettement du Trésor est ressorti à 67,2% du PIB, contre 67,7% un an plus tôt. Parallèlement, la position extérieure du pays s’est renforcée. Les avoirs officiels de réserve ont dépassé 440 Mds de DH à fin 2025, en hausse de 18% sur un an, représentant plus de 5,5 mois d’importations.

Cette évolution a été soutenue par la bonne tenue des recettes touristiques, les transferts des Marocains résidant à l’étranger et des investissements étrangers ayant dépassé 5 milliards de dollars. Pour la période à venir, le gouvernement table sur une stabilisation du déficit autour de 3% entre 2026 et 2028, avec pour objectif de ramener le ratio de la dette du Trésor à 64% du PIB à l’horizon 2028, dans une logique de consolidation progressive des équilibres budgétaires.

 

 

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