Nizar Baraka: «Le Maroc occupe la 23ème place mondiale en matière d’exposition aux risques hydriques»

Nizar Baraka: «Le Maroc occupe la 23ème place mondiale en matière d’exposition aux risques hydriques»

16 grands barrages et 124 colinéaires sont en projet.

Il est important de lancer l’écosystème national des industriels dans le dessalement, le recyclage et les techniques de l’eau.

Entretien avec Nizar Baraka, ministre de l'Equipement et de l'Eau.

 

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Comment se présente la situation hydrique actuellement au Maroc ?

Nizar Baraka : Le Maroc est impacté aujourd’hui par le phénomène de la rareté de l’eau qui touche pratiquement toutes les régions du monde, y compris l’Europe et l’Amérique du Nord. Il est de notre devoir d’améliorer l’efficacité et l’utilisation de nos ressources hydriques, d’assurer une mobilisation adéquate de ces ressources et de préserver le patrimoine hydrique national, que ce soit les eaux de surface ou souterraines. Il faut veiller à ce que l’ensemble de la population soit mobilisée et s’inscrive dans ce mouvement pour assurer la pérennité de l’eau et une meilleure efficience et valorisation de cette denrée vitale. Il s’agit aussi de protéger les citoyens contre la soif, le manque d’eau et des risques portant atteinte à la sécurité alimentaire, sans oublier les générations futures, en leur assurant une disponibilité permanente de l’eau. Comme vous le savez, le Maroc est un pays semi-aride. Il est sous l’effet du stress hydrique qui s’accentue au fil des ans. Sur 165 pays, le Maroc occupe la 23ème place en matière d’exposition à ce phénomène. Il faudra donc prendre certaines mesures consistant tout d’abord à limiter le gaspillage. Ensuite, mieux mobiliser les eaux conventionnelles et non conventionnelles et faire en sorte qu’on puisse avoir conscience de cette problématique et changer notre comportement.

 

F.N.H. : Vous avez évoqué des mesures à envisager pour le court terme. Qu’en est-il des dispositions prises pour le long terme ?

N. B. : Le programme de construction des barrages devrait se poursuivre. Seize nouveaux barrages sont en projet et 129 colinéaires seront lancés, en partenariat avec les régions concernées. Ces projets devraient permettre de lutter contre les inondations et renforcer la capacité de stockage du Royaume qui devrait passer à 24 milliards de m3 . Au programme, figurent également la modernisation et le développement des circuits de distribution de l’eau, que ce soit pour l’agriculture, en privilégiant les dernières techniques d’irrigation ou de pompage de l’eau, ou pour l’industrie, en soutenant les techniques de recyclage et d’économie de l’eau. Pour les usages domestiques, nous faisons un grand effort de communication à destination des citoyens. Par ailleurs, il faut mettre en exergue l’effort colossal déployé au niveau du dessalement de l’eau de mer. Plusieurs stations ont vu le jour, et d’autres sont en projet. Elles sont conçues dans le cadre d’un partenariat public-privé comme celle de Casablanca, qui devrait produire 300 millions de m3 d’eau. Un volume qui permettrait d’assurer les besoins de la ville. D’autres stations de moindre taille seront lancées à Safi, Tensift et l’Oriental. Il faut rappeler aussi que notre pays a réalisé beaucoup d’avancées dans ce domaine, avec la mise en place des agences des bassins hydrauliques, qui ont permis de mieux gérer les capacités d’eau et leur utilisation. Ces agences ont permis aussi de réaliser une solidarité entre l’amont et l’aval et une optimisation des capacités hydriques. A ce sujet, les régions ont un rôle important à jouer pour s’inscrire dans un nouveau modèle plus durable et plus inclusif. Tous les efforts déployés doivent être accompagnés d’un écosystème industriel et aussi de la recherche et du développement pour assurer une expertise nationale afin de répondre aux besoins futurs du Maroc. Nous aurons besoin d’experts marocains dans le dessalement de l’eau de mer et le recyclage des eaux usées.

 

F.N.H. : Le Nord du Royaume bénéficie d’un excédent hydrique au moment où le Sud connait un déficit chronique. Y a-t-il un moyen de connecter les deux zones ? Et où en est le projet de l’autoroute de l’eau ?

N. B. : Nous travaillons beaucoup sur ce domaine. Nous avons lancé le projet de l’autoroute de l’eau reliant le bassin de l’Oued Sebou à celui de Bouregreg. Elle sera étendue pour atteindre in fine oued Oum Rabbi. Cet investissement devrait réduire quelque peu les inégalités hydriques entre des régions du Royaume.

 

 

 

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