Investissements directs étrangers : le conflit au Moyen-Orient, un événement perturbateur

Investissements directs étrangers : le conflit au Moyen-Orient, un événement perturbateur

De 20% du PIB du Maroc dans les années 90, les IDE sont passés à 50% en 2022. Le conflit au Moyen-Orient soulève cependant des interrogations sur l’évolution de ces flux d’investissement vers l’économie nationale.

 

Par J. M.

Les données de l’OCDE, dans son examen des politiques de l’investissement du Maroc en 2024, témoignent de l’importance grandissante des investissements directs étrangers (IDE) pour l’économie marocaine. Selon ces données, le stock d’IDE représentait encore moins de 20% du PIB dans les années 90. Ce pourcentage a nettement progressé pour s’établir à 50% en 2022. La répartition sectorielle de ces investissements montre une part conséquente accordée aux domaines de l’industrie et de l’immobilier.

L’industrie demeure en effet le principal récepteur des IDE, avec des recettes atteignant 16,5 milliards de dirhams en 2024. Le secteur de l’immobilier, arrivant en seconde position, a bénéficié de 9,6 milliards de dirhams d’investissements étrangers la même année, selon l’Office des changes.

Les partenaires d’investissement du Royaume de 1er rang demeurent, au fil des ans, la France et les Emirats arabes unis. Sur la période 2023-2025, les flux nets d’investissements français se sont portés à 5,53 milliards de dirhams en 2023, puis -2,57 milliards en 2024, avant d’atteindre 6,37 milliards de DH sur la période de janvier à septembre 2025.

Les investissements provenant des Emirats arabes unis ont, quant à eux, affiché une trajectoire progressive et régulière au fil des années. Les flux nets d’IDE ont été de 1,94 milliard de dirhams en 2023, puis 3,07 milliards en 2024, avant d’atteindre 3,6 milliards sur les neuf premiers mois de 2025.

Les tensions au Moyen-Orient en question

La montée des tensions au MoyenOrient soulève des interrogations sur l’évolution future des flux d’investissements directs étrangers. Pour l’économiste Rachid El fakir, «la guerre au Moyen-Orient pourrait avoir plusieurs effets potentiels sur la dynamique de ces flux d’IDE.

Comme effets négatifs, on peut bien s’attendre à une certaine réallocation des capitaux à travers une réorientation des ressources des pays du Golfe vers des priorités internes ou régionales pour financer la sécurité, la reconstruction et la stabilisation économique». Et de noter que «l’économie marocaine s’est retrouvée imbriquée dans une fluide dynamique d’intégration dans les chaînes de valeurs mondiales, où les IDE constituent l’épine dorsale de la prolifération des métiers mondiaux du Maroc, notamment dans le domaine des énergies renouvelables».

En effet, les énergies renouvelables, sur lesquelles repose la stratégie énergétique du Maroc, comptabilisent un afflux important de capitaux étrangers. Sur la période 2003-2024, environ 55 projets d’investissements étrangers ont été enregistrés, pour un montant total de près de 38,16 milliards de dollars, positionnant ainsi le Royaume au second rang des pays arabes en termes d’IDE dans ce secteur, derrière l’Egypte. Pour El Fakir,«le risque dépend de la durée du conflit, son ampleur et ses résultats.

Par leur nature, les projets énergétiques sont très capitalistiques. L’hydrogène vert, à titre d’exemple, est un investissement colossal dans l’avenir des énergies propres». Cependant, poursuit-il, «la transition énergétique mondiale et l’intérêt stratégique pour ses projets d’infrastructures devraient en principe maintenir l’attractivité du Maroc dans ce domaine. Même si des retards ponctuels sont possibles, la dynamique globale des investissements dans l’hydrogène vert devrait rester favorable».

Le climat des affaires et les ALE, des atouts majeurs

Le Maroc s’est doté d’une feuille de route à l’horizon 2026 pour l’amélioration de son climat des affaires. Cette ligne directive repose essentiellement sur 4 piliers stratégiques allant de l’amélioration des conditions structurelles de l’acte d’investir et d’entreprendre, au renforcement de la compétitivité nationale. Aussi, le développement d’un environnement propice à l’entrepreneuriat et à l’innovation, et le renforcement de l’éthique et de l’intégrité constituent les autres piliers de l’approche marocaine en matière de climat des affaires.

Cette feuille de route, lancée en 2023, s’inscrit dans cette volonté des pouvoirs publics de renforcer l’attractivité économique du Royaume et de stimuler l’investissement privé, tant national qu’étranger. Elle accompagne notamment la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement et s’appuie sur un partenariat étroit entre l’État, le secteur privé et les institutions financières afin de mobiliser davantage de capitaux et de soutenir la création d’emplois.

De même, l’autre atout du Maroc tient au fait qu’il compte plus de 70 accords bilatéraux de promotion et de protection des investissements et plus de 50 accords de nondouble imposition en vigueur. Ce qui lui permet de se hisser au 2ème rang africain en termes de nombre d’accords signés. «Tout risque est source d’opportunités. Les investisseurs peuvent chercher à diversifier leurs placements dans des pays stables comme le Maroc, qui bénéficie de grands atouts économiques comme sa proximité avec l’Union européenne et ses multiples accords de libre-échange», conclut l’économiste. 

 

 

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