Hausse de la facture énergétique: le Maroc pourra-t-il tenir le coup ?

Hausse de la facture énergétique: le Maroc pourra-t-il tenir le coup ?

L'onde de choc de la guerre en Ukraine sur l'économie marocaine se poursuit.

Alors que le conflit s’enlise, les conséquences se précisent notamment sur la facture énergétique qui explose.

 

Par Y. Seddik

Avec une dépendance énergétique quasi-totale, le Maroc paie le prix cher de la flambée des cours des matières premières, conséquence d’un conflit russo-ukrainien toujours entretenu. A fin juillet 2022, la facture énergétique du Maroc a plus que doublé, s'élevant à 88,11 milliards de DH. Cette évolution fait suite à la hausse des achats des principaux produits énergétiques, notamment ceux du gas-oil et fuel-oil, qui ont augmenté de 23,73 milliards de DH, alors que les prix ont plus que doublé (9.990 DH/T contre 4.826 DH/T). En parallèle, les quantités importées ont également augmenté de 9,4%. Cette facture très salée pèse sur la balance commerciale du pays.

En effet, le déficit commercial du Maroc s’est creusé de 53,5% à fin juillet 2022 par rapport à la même période en 2021, pour s'établir à 183,46 milliards de DH, selon les derniers chiffres publiés par l'Office des changes. Si cette configuration inflationniste venait à persister d’ici la fin de l’année ou au-delà, elle pourrait devenir intenable pour les finances publiques.

Déjà en début d’année, l’État a dû consentir un additionnel de 16 milliards de DH à la Caisse de compensation afin d'assurer l'approvisionnement en blé et pour stabiliser les prix du pain, du sucre, du gaz butane et du blé. Le consommateur marocain, en l’absence d’aide directe, quant à lui, a supporté la hausse des prix des hydrocarbures, malgré la récente baisse du prix du pétrole qui, malheureusement, ne se répercute pas (ou pas comme il le faut) sur les prix à la pompe.

Rappelons que lors d’un passage devant la Commission des infrastructures, de l’énergie, des mines et de l’environnement à la Chambre des représentants, le Directeur général de l’ONEE, Abderrahim El Hafidi, avait avancé un montant de 47,7 Mds de DH comme le coût de la facture énergétique en 2022 contre une moyenne de 21 Mds de DH durant les quatre dernières années. Tout porte à croire que ce montant prévu sera largement dépassé.

L’autre élément qui pèse, est la hausse du billet vert. Pour l’économie marocaine, la hausse du Dollar a un impact direct sur la balance commerciale, avec des importations de produits de base mécaniquement plus chers, car elles sont le plus souvent libellées en Dollar. Cela, au moment où les prix de ces produits connaissent une envolée sans précédent. Notons au passage que les réserves en devises du Maroc s’établissent actuellement à 337 milliards de DH, l’équivalent de 5 mois et 27 jours d’importations de biens et services.

«En tant que pays importateur net de pétrole, l’appréciation des prix des produits énergétiques à l’international rehausse les paiements du Maroc en devises. Une situation qui induit des pressions sur les conditions de liquidité et sur le MAD à court terme»,  nous explique le bureau de recherche Attijari Global Research. Qui indique que «le Dirham se déprécie cette semaine face au Dollar en lien avec un double effet panier-liquidité. La paire USD/ MAD s'apprécie de 0,37% à 10,5870 en une semaine, soit un plus haut niveau jamais observé depuis 2002». Difficile donc pour l’État de maintenir une certaine stabilité budgétaire dans ce contexte de hausse continue des prix sans provoquer d’effet d’éviction. Lui qui, dans les priorités du PLF 2023, souhaite «rétablir les marges budgétaires pour garantir la pérennité des réformes et la nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques, notamment à travers la réduction du déficit budgétaire et du taux d'endettement».

 

Les exportations ne compensent pas le déficit
Au titre des sept premiers mois de l’année 2022, les importations atteignent 429,55 Mds de DH contre 294,45 Mds de DH à fin juillet 2021, soit une hausse de 45,9% ou 135,09 Mds de DH. De leur côté, les exportations s’accroissent de 40,7% ou +71,127 Mds de DH, se situant à 246,08 Mds de DH à fin juillet 2022 contre 174,95 Mds de DH une année auparavant. On note par ailleurs que les importations des produits alimentaires affichent une hausse de 52,8% ou 18,79 Mds de DH. Cette évolution est tributaire, essentiellement, de l’accroissement des achats de blé de 99% dû à l’effet prix, en augmentation de 55,3%. En parallèle, les quantités importées affichent une hausse de 28,1%.

 

 

 

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