Entretien. «Les régions du Sud du Maroc bénéficient d’un gisement en énergies renouvelables exceptionnel»

Entretien. «Les régions du Sud du Maroc bénéficient d’un gisement en énergies renouvelables exceptionnel»

Le Sud du Maroc connaîtra, sur la prochaine décennie, le développement d’un important portefeuille de projets éoliens. L’ONEE a finalisé les essais pour le raccordement de la ville de Dakhla au réseau électrique national. Tour d’horizon des principales réalisations ainsi que les projets-phares avec Abderrahim El Hafidi, Directeur général de l’ONEE.

 

Finances News Hebdo : Après le raccordement de Tarfaya, Laâyoune, Smara et Boujdour, aujourd’hui, c’est au tour de Dakhla. Quel est l’état d’avancement de ce grand projet  ? Quelles sont les retombées attendues ?

Abderrahim El Hafidi : Il est important de rappeler, tout d’abord, que le raccordement, par l’ONEE, de la ville de Dakhla au réseau national de transport de l’électricité s’inscrit dans le cadre du programme de développement intégré de la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab, présenté à Sa Majesté le Roi que Dieu l’Assiste, en janvier 2016. Comme nous le constatons tous, jour après jour, nos provinces du Sud connaissent le développement de très grands projets structurants dans plusieurs secteurs. Parmi ces projets, figurent des projets de production à base d’énergie renouvelable. Afin d’accompagner cet essor socioéconomique, l’ONEE réalise de grands projets destinés au renforcement de l’alimentation électrique dans ces régions. Pour rappel, la ville de Laâyoune a été raccordée au réseau électrique national (225 KV) en 1998, ce qui a permis de raccorder la Province de Smara en 2000, la Province de Boujdour en 2003 et la Province de Tarfaya en 2008. Aujourd’hui, nous venons de finaliser les essais pour le raccordement de la ville de Dakhla au réseau électrique national. Les travaux de raccordement de la ville de Dakhla au réseau électrique national ont été réalisés en 2 phases. En premier lieu, il y a eu la réalisation de deux lignes à structure 400 KV d’une longueur de 245 km chacune, exploitées dans une première phase en 225 KV reliant Laayoune-Aftissat. Ces deux lignes ont été mises en service en février 2018 pour l’évacuation de l’énergie produite par le parc éolien Aftissat, d’une puissance de 200 MW.

Quant à la 2ème phase, elle porte sur la réalisation de deux lignes à structure 400 KV exploitées dans une première phase en 225 KV de 254 km chacune, reliant Aftissat à Dakhla, d’un poste électrique 225/60 KV à Dakhla d’une puissance de 2x100 MVA, d’un poste électrique 60/22 KV d’une puissance de 3x40 MVA à Dakhla et de deux lignes 60 KV aéro-souterraines de 49 km chacune. Le coût global de ce projet est de l’ordre de 2,4 milliards de dirhams, financé à hauteur de 63% par l’ONEE; le reliquat étant financé par la région Dakhla-Oued Ed-Dahab et les partenaires privés. Il s’agit d’un projet structurant qui aura des retombées positives en termes d’accompagnement de la croissance économique de la région de Dakhla notamment, à travers la valorisation du potentiel des énergies renouvelables de la région et la valorisation des sites de pêche et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La réalisation de ce projet contribuera également au développement des zones situées entre Boujdour et Dakhla, à travers l’amélioration des conditions de raccordement et d’alimentation en électricité des agglomérations et des projets situés à proximité. D’ailleurs, les études de raccordement d’El Guerguarat au réseau électrique national sont déjà entamées. Je profite de cette occasion pour évoquer les défis liés à la satisfaction des besoins en eau potable et pour l’irrigation. Comme vous le savez, les ressources en eau conventionnelle sont caractérisées par leur répartition inégale sur les plans spatial et temporel, situation aggravée par les changements climatiques et l’accroissement de la demande consécutive à l’évolution socioéconomique.

Ainsi, le recours au dessalement de l’eau de mer est un impératif, mais les procédés de dessalement sont onéreux en termes d’investissement et de charges d’exploitation, à cause notamment de leur aspect énergivore. Grâce à un savoir-faire de l’Office capitalisé depuis des décennies dans le dessalement, et à la veille technologique qu’il assure dans ce domaine, l’ONEE emploie les technologies les plus avancées pour optimiser aussi bien les investissements requis que le coût d’exploitation, et ce en agissant notamment sur le volet consommation énergétique. Ainsi, l’ONEE met à profit la baisse importante du coût de l’énergie renouvelable, notamment d’origine éolienne en programmant le couplage de ces stations de dessalement à des parcs éoliens, ce qui se traduira par une réduction encore plus importante des coûts d’exploitation des stations de dessalement, permettant un développement remarquable de cette activité. Cette démarche est déjà en cours d’implémentation au niveau des stations de dessalement d’Agadir et de Dakhla.

 

F. N. H. : Le Maroc a, très tôt, priorisé la production d’électricité de sources renouvelables. Quels rôles peuvent jouer ces grandes autoroutes de l’électricité dans la valorisation des énergies renouvelables ? 

A. E. H. : Les régions du Sud du Maroc bénéficient d’un gisement en énergie renouvelable exceptionnel et connaîtront, sur la prochaine décennie, le développement d’un important portefeuille de projets éoliens. L’acheminement de cette énergie vers les centres de consommation requiert le renforcement du réseau à courant alternatif 400 kV de la région du Sud du Maroc et l’augmentation, par la suite, de la capacité de transit de ce réseau de manière à assurer le transit de la production des projets de sources renouvelables en cours de développement. Dans le cadre de ce renforcement, les études techniques ont montré l’intérêt du recours, pour la première fois au Maroc et en Afrique, à la technologie des liaisons électriques à courant continu. Il s’agit là d’un nouveau projet de développement du réseau national qui sera lancé par l’ONEE pour réaliser une liaison électrique à courant continu (HVDC), d’une longueur d’environ 1.600 km. Le coût total de ce projet, prévu d’être mis en service en 2028, est estimé à 18 milliards de dirhams.

 

F. N. H. : Quelles sont vos perspectives dans ces régions à l’horizon 2030 ?

A. E. H. : Nous avons planifié d’importants projets pour le renforcement ou le développement du réseau de transport. Parmi ces grands projets, je cite les projets de renforcement du réseau du Sud par des liaisons en courant alternatif (AC), qui consiste en la réalisation d’une 2ème artère 400kV entre Agadir et Laâyoune, les extensions des postes 400kV existants (Agadir II-Tan Tan II– Laâyoune II) et la réalisation du poste 400/225 kV Boujdour II en vue d’assurer l’évacuation de l’énergie renouvelable des futurs parcs éoliens du Sud d’une capacité additionnelle de 800 MW. Cela nécessitera la réalisation de 583 km de lignes 400kV et 225kV doubles ternes et de 900 MVA de puissance installée. Le coût global de ce projet s’élève à 2.005 millions de dirhams hors taxes, financé à hauteur de 1.378 millions de dirhams par l’ONEE. Le projet sera mis en service en 2 phases, respectivement courant le premier semestre 2022 et le premier semestre 2023. Un autre projet, tout aussi structurant, concerne le renforcement du réseau du Sud par la réalisation d’une liaison en courant continu (HVDC, 525kV) que j’ai évoquée précédemment. Cette nouvelle réalisation contribuera au développement de nos provinces du Sud ainsi qu’au renforcement de leur rayonnement comme centre économique et comme trait d’union entre le Maroc et son prolongement africain. 

 

 

 

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