Entrepreneuriat estudiantin: «L’université est un espace de développement des compétences managériales»

Entrepreneuriat estudiantin: «L’université est un espace de développement des compétences managériales»

Les Universités jouent de nos jours un rôle prépondérant dans la promotion de l’innovation et de l’entrepreneuriat auprès des jeunes.

En vue de favoriser l'entrepreneuriat étudiant au Maroc, le ministère de l’Enseignement supérieur a lancé en 2019 le SNEE - Statut national de l’étudiant entrepreneur.

Entretien avec Abdellatif Komat, doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales (FSJES) à l’Université Hassan II de Casablanca.

 

Propos recueillis par M. Ait Ouaanna

Finances News Hebdo : L’entrepreneuriat est une voie prometteuse pour les jeunes qui cherchent à intégrer le marché du travail. Comment les étudiants marocains perçoivent-ils l’action d’entreprendre ?

Abdellatif Komat : D’une manière générale, les jeunes considèrent l’entrepreneuriat comme une voie prometteuse pour une carrière florissante. La prédisposition à entreprendre existe au Maroc et cela a été confirmé par l’enquête internationale «Global entrepreneurship monitor - GEM». Ce travail de recherche que nous menons depuis 7 ans, permet d’évaluer annuellement l’activité entrepreneuriale dans une soixantaine de pays, dont le Royaume. Ce constat a également été validé par l’étude nationale de terrain réalisée sur les valeurs publiques et leur mise en pratique, réalisée récemment par le Parlement marocain. Elle démontre que près de la moitié des jeunes interviewés a placé l’auto-entrepreneuriat comme la voie privilégiée pour son avenir professionnel. Outre cela, nous avons effectué, il y a trois mois, une étude préliminaire pour recenser les questions que les étudiants souhaiteraient aborder lors d’une rencontre avec le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Sans surprise, l’entrepreneuriat figure à la tête des sujets proposés par les étudiants, ce qui prouve encore une fois que nos jeunes perçoivent l’acte entrepreneurial comme une voie à suivre pour une carrière professionnelle prometteuse. D’ailleurs, même au niveau des projets de fin d’études, de nombreux étudiants travaillent sur la création d’entreprise, d’où la nécessité de renforcer le cadre d’accompagnement de ces jeunes afin qu’ils puissent transformer leur motivation et concrétiser leurs idées.

F.N.H. : De nos jours, l’entrepreneuriat est de plus en plus intégré dans le monde universitaire. Dans quelle mesure ces institutions peuvent-elles contribuer au développement du tissu entrepreneurial ?

A. K. : L’université est un espace de peaufinement, de concrétisation et de développement des compétences managériales. L’apport de ces institutions en matière de promotion de l’entrepreneuriat est multiforme. D’abord, à travers des cours de sensibilisation et d’initiation, ou carrément des masters ou des licences professionnelles orientés sur l’entrepreneuriat, et qui sont dans la majorité des cas lancés en partenariat avec des institutions bancaires ou gouvernementales. Dans ce sens, plusieurs universités marocaines ont mis en place des programmes de formation spécialement dédiés à l'entrepreneuriat. De plus, l’université peut également contribuer au développement de la recherche appliquée sur les différents axes de l’entrepreneuriat, notamment en amenant les étudiants à travailler sur des projets de fin d’études portant sur le processus de création d’une entreprise. Cela va sensibiliser les jeunes et mettre à leur disposition les outils nécessaires pour qu’ils aillent vers l’entrepreneuriat.

 

F.N.H. : Aujourd’hui, l'université marocaine propose-t-elle des cursus qui permettent aux étudiants de créer leurs propres entreprises à l’issue de leurs études académiques ?

A. K. : Effectivement, cela a commencé depuis une décennie dans toutes les universités marocaines. Aujourd’hui, ces établissements proposent aux étudiants des cours liés au monde entrepreneurial, notamment le management, le montage de projets, le volet financier, la gestion d’entreprise, l’aspect juridique, le volet fiscal, etc. Ces éléments permettent aux étudiants d’acquérir des connaissances solides qui vont par la suite les aider à concrétiser leurs idées de projets. Face aux limites du marché de l’emploi classique en matière d’absorption des dizaines de milliers de nouveaux diplômés, l’université marocaine est de plus en plus consciente de l’importance de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes. Pour réduire le taux de chômage chez cette catégorie, la meilleure solution est qu’une partie de ces jeunes opte pour l’entrepreneuriat, ce qui va leur permettre non pas seulement de s’insérer dans le milieu professionnel, mais aussi de créer des opportunités de travail pour d’autres personnes. Le volet de l’entrepreneuriat prend de plus en plus d’ampleur dans les universités marocaines, mais il va falloir le professionnaliser et l’ouvrir sur les partenaires socio-économiques.

 

F.N.H. : Depuis l’entrée en vigueur de l’article 7 de la loi 01-00, portant organisation de l'enseignement supérieur, plusieurs incubateurs ont vu le jour au sein d’universités marocaines, notamment BlueSpace dont l’inauguration officielle a eu lieu à la FSJESAC en février dernier. Comment ces espaces permettent-ils de soutenir l’innovation et la croissance entrepreneuriale ?

A. K. : Auparavant, les universités avaient la possibilité d’identifier des jeunes porteurs d’idées qui regorgent de créativité et d’innovation, notamment par le biais de séminaires et de projets de fin d’études, mais faute d’espace pour les abriter, ils étaient perdus dans la nature. Cette situation a fait émerger l'importance d’instaurer au sein des universités un espace qui va permettre à ces jeunes de fructifier leurs projets. Ainsi, pratiquement toutes les universités marocaines abritent des incubateurs gérés de manière autonome ou en partenariat avec des institutions privées, publiques ou associatives. Ces espaces offrent aux jeunes un cadre qui leur permet d’exprimer leurs idées et d’entrer dans le processus de création d’entreprise en leur donnant les outils nécessaires et en les aidant concrètement à monter leurs projets. Aussi, ces espaces offrent aux étudiants porteurs de projets un accompagnement post-création en les soutenant en termes de réseautage, de démarche commerciale et de prospection financière. L’accompagnement dans ce cas là est très important, surtout qu’il s’agit d’une population qui a besoin d’être encadrée et soutenue, et c’est pour cette raison que la majorité des incubateurs propose un double encadrement. D’abord, un encadrement dispensé par des professeurs et académiciens spécialisés dans le domaine de l’entrepreneuriat. Puis un encadrement assuré par des partenaires professionnels issus du domaine financier, bancaire, associatif ou entrepreneurial et qui donnent des informations relatives au terrain de manière à ce que le passage à l’acte soit fluide.

 

F.N.H. : Outre l’incubateur BlueSpace, quelles sont les initiatives et programmes mis en place par la FSJESAC pour encourager les étudiants à développer leurs compétences entrepreneuriales ?

A. K. : En plus de BlueSpace, la FSJESAC est dotée d’un centre d’incubation et de recherche-action en économie sociale et solidaire, baptisé «CIRA-ESS». Cet incubateur, mis en place en partenariat avec le ministère de l’Economie sociale et solidaire, est essentiellement dédié aux projets liés à l’entrepreneuriat social. Ce secteur occupe 2 à 3% du PIB, une contribution qui devrait s’élever entre 8 et 10% à l’horizon 2035. De ce fait, nous devons encourager les jeunes à aller vers ce domaine qui offre beaucoup de potentialités. La FSJESAC propose également un master en accompagnement entrepreneurial que nous avons lancé il y a 6 ans, en partenariat avec la Fondation Mohammed V et le Groupe Attijariwafa bank. Ce programme de formation ambitionne d’agir sur un besoin énorme au Maroc, celui de disposer d’accompagnateurs en entrepreneuriat performants et bien formés. Nous avons également un master en innovation et entrepreneuriat social avec le ministère de l’Economie sociale et solidaire. Comme nous avons lancé cette année une licence professionnelle anglophone en entrepreneuriat. En plus, des cours d’entrepreneuriat sont dispensés dans le cadre de la majorité de nos masters, parce qu’il ne s’agit pas uniquement de former de manière spécifique sur l’entrepreneuriat, mais aussi d’intégrer les cours d’entrepreneuriat dans les différents programmes. En termes d’encouragement, nous créons en fin d’année des événements pour primer les meilleurs porteurs de projets. Aussi, nous impliquons nos étudiants dans l’étude GEM et nous montons des binômes de professeurs et de praticiens qui encadrent un total d’environ 200 étudiants qui portent annuellement des projets de fin d’études dédiés à la création d’entreprise.

 

F.N.H. : Quelles sont les différentes actions mises en place par le ministère de tutelle afin de permettre aux universités marocaines de réussir cette nouvelle mission ?

A. K. : Au niveau du ministère, le cheval de bataille est de développer les softskills chez les jeunes, notamment tout ce qui a trait à la communication, la prise d'initiative ou encore les compétences digitales. Cela est en mesure de donner aux jeunes la possibilité de s’ouvrir davantage sur eux mêmes ainsi que sur leur environnement. Le ministère a également été à l’origine de la création du Statut national de l’étudiant entrepreneur (SNEE), qui permet aux étudiants universitaires d’intégrer un projet de création d’entreprise à leur parcours universitaire. Le ministère encourage également la création d’incubateurs et d’accélérateurs ainsi que la mise en place de programmes de formation, en partenariat avec des institutions publiques ou privées. Il soutient également la recherche appliquée dans le domaine de l’entrepreneuriat à travers des programmes nationaux ou internationaux dans le cadre de la mobilité. L’université peut offrir aux jeunes plus d’opportunités en encourageant l’innovation, la créativité et la protection de l’innovation. Dans ce sens, la tutelle finance la protection des droits d’auteur et la propriété industrielle, à travers des budgets mis à la disposition des universités, ce qui permet de rassurer les jeunes porteurs d’idées. 

 

 

 

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