Le chômage continue de peser sur la dynamique économique du Maroc, avec des répercussions directes sur la croissance, la cohésion sociale et les comptes publics.
Sur les deux dernières décennies, son évolution reflète à la fois les transformations du marché du travail et les limites structurelles des politiques d’emploi mises en œuvre. En 2025, le taux de chômage recule à 13 %, soit une baisse de 0,3 point par rapport à 2024, selon le Haut-Commissariat au Plan. Le nombre de chômeurs diminue de 17.000 personnes pour s’établir à 1,621 million. Derrière cette amélioration apparente, plusieurs déséquilibres profonds persistent et appellent à une vigilance accrue.
Des indicateurs structurels toujours préoccupants
La part des inactifs n’ayant jamais travaillé s’est accrue, passant de 49,3 % à 52,9 %. Celle des personnes en situation de chômage de longue durée, sans emploi depuis un an ou plus, est également en hausse, de 62,4 % à 64,8 %. Parallèlement, la durée moyenne du chômage s’est allongée, passant de 31 à 33 mois, un niveau qui reste préoccupant.
Dans le détail, 36,6 % des chômeurs se retrouvent dans cette situation à la suite de l’arrêt ou de l’achèvement des études ou des formations, tandis que 25,4 % font suite à un licenciement ou à l’arrêt de l’activité de l’établissement. Ces évolutions constituent un signal d’alerte pour un pays qui ambitionne de renforcer son statut d’économie émergente.
Des disparités territoriales persistantes
L’évolution du chômage varie selon le milieu de résidence. En zone rurale, le taux recule légèrement de 6,8 % à 6,6 %. En milieu urbain, il diminue de 16,9 % à 16,4 %. Malgré cette amélioration, le chômage urbain demeure élevé et continue de freiner la production, tout en générant des coûts humains et économiques significatifs.
Ses effets se traduisent notamment par un recul de la consommation des ménages, ce qui pèse à terme sur les finances publiques et sur la dynamique de croissance globale.
Une pression accrue sur l’économie et les finances publiques
Sur le plan sectoriel, l’ensemble des branches d’activité sont touchées par la crise de l’emploi. Le secteur du BTP enregistre le taux de chômage le plus élevé, à 21,7 %, suivi de l’Agriculture et Forêt à 12,9 %, de l’Industrie à 7,1 % et des Services à 8,4 %.
L’inactivité réduit directement le pouvoir d’achat des ménages et freine la demande intérieure. Les personnes sans emploi disposent de revenus insuffisants pour consommer, ce qui entraîne un ralentissement économique susceptible de provoquer, à son tour, de nouvelles suppressions d’emplois. En parallèle, les dépenses publiques augmentent, notamment à travers les mécanismes de soutien social, tandis que les recettes fiscales diminuent sous l’effet de la baisse des revenus imposables. Ce déséquilibre contribue à creuser les déficits budgétaires et limite la capacité d’investissement de l’État dans des secteurs essentiels.
Les entreprises locales subissent également une contraction de leurs ventes, certaines étant contraintes de réduire leur activité, voire de cesser leurs opérations, aggravant ainsi la situation de l’emploi.
Un impact social lourd et multidimensionnel
Au-delà des effets économiques, le chômage génère des conséquences sociales profondes. Il entraîne une perte de pouvoir d’achat et un endettement accru des familles, touchant particulièrement les ménages monoparentaux ou dépendant d’un seul revenu.
Cette situation accroît également les risques de troubles psychologiques, de stress et de dépression, tout en favorisant des sentiments d’exclusion, d’inutilité sociale et de frustration. À terme, ces tensions peuvent fragiliser la cohésion sociale, alimenter des comportements à risque et accentuer les ruptures familiales, avec des répercussions durables sur l’avenir des enfants.
Le chômage des jeunes, un défi central pour l’économie marocaine
Le chômage des jeunes demeure l’un des principaux défis du marché du travail marocain. Les 15-24 ans sont particulièrement exposés, avec des taux largement supérieurs à la moyenne nationale. Cette situation reflète des difficultés persistantes d’insertion professionnelle, aux effets durables sur la trajectoire de la nouvelle génération.
En 2025, le taux d’inactivité des jeunes progresse de 0,5 point pour atteindre 37,2 %, soit un niveau deux à trois fois supérieur à la moyenne nationale. Le taux de chômage recule de 0,5 point à 19,1 % chez les diplômés, et de 0,5 point à 4,7 % parmi les personnes sans diplôme. Des baisses plus marquées sont observées chez les titulaires de diplômes de techniciens et cadres moyens, avec un recul de 2,3 points pour un taux de 24 %, ainsi que chez les titulaires de diplômes de qualification professionnelle, en baisse de 1,9 point pour s’établir à 22 %, selon l’HCP.
Ces évolutions restent toutefois insuffisantes face à l’ampleur du problème.
Un décalage persistant entre formation et marché du travail
Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés d’insertion. Les entreprises privilégient souvent des profils expérimentés, excluant de nombreux jeunes diplômés du premier emploi. Les formations suivies ne correspondent pas toujours aux besoins réels du marché, notamment dans les secteurs techniques et innovants.
Paradoxalement, une partie des jeunes diplômés est aujourd’hui considérée comme surqualifiée par rapport aux postes disponibles, ce qui retarde leur intégration professionnelle. À cela s’ajoute un volume d’offres d’emploi insuffisant face au nombre de demandeurs, favorisant le chômage de longue durée et ses effets indirects.
Des mesures publiques pour faciliter l’insertion professionnelle
Face à la situation de l’emploi des jeunes, le gouvernement a récemment adopté de nouvelles mesures visant à renforcer leur insertion professionnelle. Lors du Conseil de gouvernement du 29 janvier 2026, un projet de loi a été présenté pour répondre à ce défi, qui représente un fardeau économique et social majeur.
Ce texte élargit le champ des bénéficiaires aux entreprises industrielles et commerciales, aux sociétés de services, aux entreprises de l’artisanat et de l’immobilier, ainsi qu’aux exploitations agricoles et forestières. Les associations et coopératives organisant des stages de formation en vue de l’insertion professionnelle sont également concernées, notamment pour les bénéficiaires non titulaires de diplômes.
Le dispositif prévoit l’exonération des cotisations sociales et de la taxe de formation professionnelle pendant la durée du stage, avec une indemnité mensuelle plafonnée à 6.000 dirhams. L’État prend également en charge les cotisations à l’assurance maladie obligatoire de base auprès de la CNSS durant cette période. En cas de recrutement définitif, l’État assume la part patronale des cotisations sociales pendant 12 mois, tandis que l’indemnité de formation bénéficie d’une exonération de l’impôt sur le revenu dans la limite de 6.000 dirhams.
Des avantages fiscaux supplémentaires sont prévus en cas de contrat à durée indéterminée, avec une exonération de l’impôt sur le revenu pendant 24 mois, sous réserve que le salaire mensuel brut ne dépasse pas 10.000 dirhams.
Comme l’a souligné Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, ce projet de loi marque un changement d’approche des politiques de l’emploi, en passant d’une logique conjoncturelle à un investissement dans les compétences, afin de mieux articuler formation et employabilité et de renforcer l’insertion durable sur le marché du travail.
Au-delà des chiffres, la lutte contre le chômage constitue une condition essentielle pour assurer une dynamique économique inclusive et durable. Il devient indispensable de renforcer les politiques de recrutement, d’adapter les formations aux exigences du marché et de mieux anticiper les besoins futurs en compétences.
Dans cette perspective, l’encouragement de l’entrepreneuriat des jeunes, à travers le financement des start-up et la simplification des procédures d’accès, représente un levier stratégique pour stimuler l’innovation, créer de nouvelles opportunités et soutenir la croissance économique du pays.