Changement climatique : les banques face à des risques accrus, mais gérables

Changement climatique : les banques face à des risques accrus, mais gérables

Dans le cadre d'une collaboration inédite, la Banque mondiale et Bank Al-Maghrib ont étudié l'impact des risques climatiques sur le secteur bancaire marocain. Ce qu’il faut retenir.

 

Par Y. Seddik

Ces recherches ont abouti à la toute première analyse exhaustive des risques matériels et financiers liés à la fois au climat et à la transition énergétique en Afrique, représentant l'une des rares études menées dans les marchés émergents à l'échelle mondiale. En utilisant divers modèles climatiques et macro-financiers, les deux institutions ont mené un test de résistance au risque climatique afin de mesurer les impacts des sécheresses et des inondations sur l'économie et le secteur bancaire du Maroc.

De plus, cette étude a évalué l'incidence d'une transition énergétique sur l'exposition au risque de crédit. Le rapport montre que le dérèglement du climat pourrait sérieusement amplifier les préjudices financiers causés par les sécheresses et les inondations au Maroc, avec des impacts notables sur les pertes des banques dans le cas des sécheresses. Plus d'un tiers des portefeuilles de crédit des banques est particulièrement exposé aux risques climatiques matériels, principalement en raison des prêts accordés dans les secteurs de l'agriculture, de l'agroalimentaire et du tourisme, ainsi qu'aux ménages vivant dans des zones vulnérables.

Selon les projections des deux institutions sur les différentes sécheresses, les effets économiques varient de 4,2 milliards de dollars pour une sécheresse historique sur 500 ans à 7 milliards de dollars pour une sécheresse similaire combinée à un scénario de changement climatique grave d'ici 2050. Ces événements pourraient entraîner une perte de 1,8 à 3,5 points de pourcentage du PIB, tout en réduisant les fonds propres des banques de 1,3 à 2,2%. L’analyse met également en lumière une amplification significative des effets du changement climatique dans tous les scénarios étudiés.

En revanche, les inondations pourraient causer des dommages encore plus importants, allant de 8 milliards de dollars pour des inondations pluviales sur 500 ans à 10,5 milliards de dollars dans un scénario de changement climatique sévère d'ici 2050. Ces inondations pourraient réduire le PIB de 1,6 à 2,2%. Cependant, contrairement aux sécheresses prolongées, les inondations, bien que de courte durée, ont un impact relativement faible sur les pertes de prêts et le capital des banques.

Risques de transition

Le secteur bancaire marocain pourrait aussi subir des risques de transition liés aux changements de politique et à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, malgré la faible part d'émissions de ce pays dans le monde (0,16%). Les émissions au Maroc augmentent, ce qui peut accroître les risques de transition pour les secteurs à forte intensité de carbone tels que la production d'électricité, les transports, l'exploitation minière, l'agriculture, l'industrie manufacturière et les services publics. La taxe carbone aux frontières de l'Union européenne pose également des risques supplémentaires pour des industries telles que le ciment et l'aluminium, étant donné l'importance des échanges commerciaux du Maroc avec l'UE.

Le rapport conclut que 24,3% du total des prêts et 43,6% des crédits aux entreprises non financières sont liés aux secteurs sensibles à la transition, une proportion relativement élevée par rapport à d'autres pays. Une évaluation de la vulnérabilité montre qu'une taxe carbone de 75 dollars/ tCO2 pourrait augmenter le risque de crédit pour 8,4% des prêts aux entreprises, ce qui équivaut à 3,1% des actifs du secteur bancaire. Le rapport souligne que si l'impact global du climat sur le secteur bancaire est gérable, les répercussions financières varient d'une banque à l'autre, ce qui exigera une vigilance accrue de la part des institutions financières et de la Banque centrale.

En attendant, BAM réagit en élaborant des orientations prudentielles plus détaillées pour les banques, notamment en ce qui concerne les tests de résistance et les rapports. Elle cherche ainsi à intégrer les risques climatiques dans ses pratiques de supervision, en s'alignant sur les normes mondiales telles que les principes de gestion des risques climatiques du Comité de Bâle et les exigences de divulgation liées au développement durable des normes IFRS.

 

 

 

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