Campagne agricole 2023-2024 : une année à oublier

Campagne agricole 2023-2024 : une année à oublier

Les cultures printanières devront connaître une amélioration suite aux récentes pluies du mois de mars, mais la campagne agricole 2023-2024 est compromise.

 

Par Y. Seddik

C'est un véritable coup dur pour l'agriculture marocaine. La campagne 2023-2024 est en passe de figurer parmi les pires depuis des décennies, avec une récolte attendue de seulement 25 millions de quintaux. Ce chiffre alarmant représente une chute de 120% par rapport à l'année précédente et de 160% comparativement à la moyenne des trois dernières années. Cette contreperformance est la conséquence directe d'un déficit pluviométrique sans précédent.

Dès le début de la campagne, le manque d'eau a lourdement impacté le développement des cultures céréalières, particulièrement dans les zones bour, traditionnellement les plus productrices. Les effets de cette mauvaise récolte se font déjà ressentir sur plusieurs fronts. Les agriculteurs, déjà fragilisés par des années de sécheresse, voient leurs revenus s'effondrer. Faute de liquidités, beaucoup d'entre eux n'ont pas pu préparer la saison, réduisant considérablement les superficies emblavées.

Par ailleurs, la baisse de l’activité agricole se traduit par une augmentation du chômage, tandis que les prix des denrées alimentaires flambent, alimentant l'inflation et aggravant la précarité des ménages. Au niveau macroéconomique, les mauvais résultats de la campagne agricole ont conduit Bank Al-Maghrib à réviser à la baisse sa prévision de croissance pour 2024, la ramenant de 3,2% à 2,1%. Pour combler le déficit de production, le Maroc devra importer des quantités importantes de céréales, ce qui représentera une facture de plus de 2,25 milliards de dollars pour l'économie nationale.

État des cultures après les récentes pluies

Concernant l'état des cultures à ce jour, le ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural, et des Eaux et Forêts, Mohamed Sadiki, a relevé devant les parlementaires que la superficie emblavée en cultures d'automne et d'hiver, notamment les céréales d'automne, s'élève à environ 2,5 millions d’ha, contre 4 millions lors des campagnes normales, soit une baisse significative de 31%, ajoutant que les récentes précipitations dans certaines régions du Royaume pourraient améliorer la situation des céréales. Et de poursuivre que les surfaces des cultures fourragères s'élèvent à 470.000 ha, celles des légumineuses alimentaires à 109.000 ha et celles des cultures sucrières à 22.000 hectares, soit 42% de moins que prévu, en raison de l'indisponibilité de l'irrigation dans les régions de Doukkala et Tadla.

S'agissant des surfaces irriguées et emblavées en légumes d'automne et d'hiver, elles ont atteint 90.000 ha, ce qui représente 90% du programme prévu, dont 57.000 ha sont dédiés aux légumes d'hiver, permettant de répondre aux besoins du marché national jusqu'en juin prochain, selon le ministre. Pour les cultures de printemps qui ont bénéficié des dernières précipitations, la superficie totale a atteint 112.000 ha, soit plus de 70% du programme établi trois semaines avant la fin du programme, et la production prévue devrait satisfaire les besoins du marché national pendant la saison estivale. Par ailleurs, Sadiki a souligné que la subvention des prix a atteint un niveau sans précédent, notamment en ce qui concerne les semences, les engrais et les aliments pour animaux, afin de réduire les coûts de production conformément aux instructions royales visant à atténuer les effets du déficit hydrique sur l'activité agricole. Ce soutien se poursuivra dans les mois à venir.

Pour la première fois au Maroc, un soutien financier de 2,2 milliards de dirhams a été accordé aux engrais azotés, tous importés, avec la distribution de 1,3 million de quintaux de ces engrais, notamment dans les zones irriguées ou celles ayant connu les récentes précipitations, et la distribution de 672.000 quintaux de semences subventionnées à hauteur de 50 à 70% du prix d'achat, a-t-il fait savoir. Et de noter que cela a permis de réduire les coûts de production et les prix pour les consommateurs, avec environ 18.000 producteurs ayant bénéficié de ces aides d'une valeur totale de 140 millions de dirhams jusqu'à présent. Au final, et au-delà de l'urgence, cette crise doit également servir de leçon pour repenser le modèle agricole marocain. Il est urgent de mettre en place des stratégies d'adaptation au changement climatique, de promouvoir des techniques d'irrigation plus efficientes et de développer des filières agricoles plus résistantes à la sécheresse.

 

 

 

 

 

 

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