Relier les bassins hydrauliques du nord du Royaume excédentaires en eau à ceux du sud déficitaires permettra d’assurer un équilibre hydrique interrégional.
Cette gestion de l’eau engendrera un développement agricole soutenu au profit des régions fertiles qui ne disposent pas de périmètres irrigués.
Par K.A
Les inondations qui ont touché les régions du nord du Royaume ont remis en lumière un contraste hydrique persistant : d’un côté, un Nord généralement bien arrosé, bénéficiant d’un excédent en ressources en eau; de l’autre, un Sud semiaride, confronté de manière récurrente à un déficit structurel de ses réserves hydriques.
Dans ce contexte, la question du transfert des surplus d’eau, souvent perdus par leur déversement en mer, s’impose avec acuité. Les volumes ainsi mobilisés pourraient répondre à plusieurs besoins stratégiques, notamment l’alimentation en eau potable, et contribuer à prévenir les interruptions d’approvisionnement qui ont affecté plusieurs grandes agglomérations durant l’été dernier. Une telle démarche permettrait également de renforcer les capacités d’irrigation de nombreux périmètres agricoles.
«L’idée d’un tel projet a germé sous le protectorat, mais des contraintes techniques pour sa réalisation ainsi que le budget colossal nécessaire ont gelé son exécution. Actuellement, la donne a changé; la technologie a nettement évolué et le financement ne pose plus problème. N’importe quel bailleur de fonds partenaire du Maroc, comme le FMI, la Banque mondiale, la BAD ou la BEI, peut contribuer facilement à ce projet», affirme Mounir Ben Zohra, expert en hydrologie.
Et de poursuivre que «le Royaume peut se doter d’un réseau d’autoroutes d’eau reliant tous les bassins hydrauliques, comme celui entre Sebou et Bouregreg. Ce projet a permis de satisfaire les besoins en eau potable d’une région à forte concentration économique et démographique (12 millions d’habitants). De plus, l’autoroute de l’eau pourrait assurer une répartition équitable des ressources hydriques et réduire les inégalités interrégionales en matière de dotation hydrique, car 7% seulement du territoire national s’accaparent 53% des précipitations».
«Il est primordial d’encourager les transferts d’eau entre les régions et développer de méga projets d’envergure, particulièrement au profit du secteur agricole. Un tel chantier permettrait de desservir des régions agricoles fertiles ne disposant pas de bassins hydrauliques comme Rhamna, Chaouia, Abda, Chiadma et H’mar», précise Benzohra.
Pour sa concrétisation, le projet d’autoroutes de l’eau devrait comprendre un ensemble de digues, de canalisations ainsi que des équipements de pompage d’eau. A terme, il permettra de renforcer les potentialités des autres périmètres irrigués comme ceux de Souss, El Haouz ou Draâ, moins desservis par la pluviométrie, d’augmenter leur production et améliorer leur compétitivité à l’export.