Généralisation de l’amazigh: ode à la pluralité culturelle

Généralisation de l’amazigh: ode à la pluralité culturelle

A l’horizon 2030, le département de Chakib Benmoussa se fi xe comme objectif ultime d’atteindre 12.000 établissements en mesure d’enseigner l’amazigh, soit 4 millions d’élèves.

Outre sa richesse culturelle et la valeur inestimable de ses paysages et de son patrimoine, le Royaume se distingue également par une diversité linguistique ancrée dans son histoire. En plus de parler plusieurs dialectes, le peuple marocain a toujours éprouvé une certaine appétence pour les langues étrangères. Aujourd’hui, le pays entend redonner à une langue nationale la place qui lui revient. Il s’agit de l’amazigh, reconnue en 2011 comme langue officielle du Maroc, aux côtés de l’arabe.

En effet, le 1er juin 2023, le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a annoncé la généralisation progressive de l’enseignement de la langue amazighe au cycle primaire au titre de la rentrée scolaire 2023/2024, à l’horizon d’une généralisation globale lors de la rentrée 2029/2030. Une nouvelle qui a réjoui plus d’un, particulièrement les activistes amazighs qui ont longtemps milité pour la promotion de la langue amazighe.

«L’annonce faite par le ministre Chakib Benmoussa intervient dans un contexte national exceptionnel marqué par l’optimisme quant à l’avenir du chantier de la démarcation de l’amazigh comme langue officielle du Maroc. Et ce, particulièrement après la décision historique de Sa Majesté le Roi concernant le nouvel An amazigh, qui a été décrété jour férié officiel. Le communiqué du cabinet royal a donc remis sur le devant de la scène la nature stratégique de ce dossier en rappelant l’importance accordée par le Souverain à cette langue, puisqu’il la considère comme une composante majeure de l’identité marocaine authentique, riche de ses nombreux affluents, en plus d’être un bien commun à tous les Marocains sans exception», souligne Lahcen Bakrim, journaliste, auteur et activiste amazigh. Ainsi, dans le dessein de mettre en œuvre ce chantier de grande envergure, la tutelle entreprend un bon nombre d’actions et de mesures organisationnelles, administratives, pédagogiques, de formation et d’appui aux niveaux central, régional, provincial et local.

L’objectif étant d’atteindre un taux de couverture de 50% des établissements scolaires offrant un enseignement en amazigh au cours de la rentrée scolaire 2025-2026. Pour y parvenir, il est prévu, entre autres, la mise en place de structures de supervision et de pilotage à tous les niveaux et la formation initiale et continue des enseignants afin d’améliorer leurs capacités pédagogiques. Cela consiste à maîtriser à la fois la répartition des classes et une gestion optimale des ressources humaines. De plus, un dispositif d’encadrement et d’accompagnement régulier sera assuré par des inspecteurs pédagogiques, en renforçant le recours aux TIC et en favorisant l’usage des ressources numériques dans l’enseignement de la langue amazighe.

Des obstacles à lever Lahcen Bakrim considère que le dossier de l’enseignement de la langue amazighe connaît plusieurs problèmes et obstacles structurels qui entravent son intégration effective dans le système éducatif. Parmi eux, figurent notamment l’absence d’un plan d’action sectoriel du ministère de tutelle qui respecte les exigences de la loi organique 26.16 relatives à la définition des étapes d’activation de l’officialité de la langue amazighe. Et les modalités de son intégration dans les domaines de l’éducation et ceux de la vie publique. Bakrim s’interroge, par ailleurs, sur plusieurs points relatifs au bon déroulement de ce chantier. Il note un contraste frappant entre le contenu de la note ministérielle et celui des références sur lesquelles elle s’appuie. «Ladite note n’a pas respecté les exigences des articles 4 et 31 de la loi organique n° 16-26, ni le contenu du plan gouvernemental intégré pour l’activation du caractère officiel de la langue amazighe», affirme-t-il. Bakrim revient aussi sur l’absence d’un diagnostic objectif des vingt ans ayant marqué les péripéties de l’intégration de l’amazigh dans le système éducatif.

«Cela pousse à remettre en question les attentes du ministère quant à la généralisation de l’amazigh à l’horizon de l’année 2030. Tout en sachant que les données disponibles dans ce sens indiquent que la généralisation de la langue amazighe ne dépasse pas, à ce jour, 9%», précise-t-il. Et de poursuivre: «L’intégration progressive de l’amazigh dans le système éducatif, bien qu’elle soit exigée systématiquement, se transformera malheureusement en une évasion douce de tout engagement en l’absence d’une volonté politique».

Des ambitions fortes Chakib Benmoussa a pour sa part, annoncé lors d’une conférence de presse organisée à l’issue du Conseil du gouvernement qu’actuellement, ce sont 1.066 établissements scolaires qui enseignent l’amazigh, au profit de 330.000 élèves. D’ici 2030, le ministère ambitionne d’atteindre 12.000 établissements en mesure d’enseigner l’amazigh, soit 4 millions d’élèves. Le ministre a en outre insisté sur le fait que le nombre d’enseignants spécialisés sera revu à la hausse. «En ce qui concerne les enseignants spécialisés, nous en avions 200. Actuellement, nous sommes à 400 par an. Nous allons continuer sur cette lancée», dixit Benmoussa.

 

 

 

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