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Tanjazz : Jazz à tous les étages

Tanjazz : Jazz à tous les étages

Sonnez trompettes ! Tanger va swinguer du 22 au 24 septembre. Le temps de son festival de jazz. 

Une vision novatrice, une pluie d’étoiles, une orgie de styles musicaux, des révélations promises, la nouvelle équipe du Festival Tanjazz, Seven PM (société organisatrice de Jazzablanca Festival), fait mieux que reprendre le flambeau. Elle lui donne davantage de lueur.

 

Par R. K. H.

 

 

 

Aux sources du jazz, musique née en Louisiane, précisément à la Nouvelle-Orléans, se trouvent les rythmes et les modes apportés par les esclaves noirs. Aussi, le negro spiritual est une des premières expressions musicales noires, puisant son inspiration dans les chants religieux protestants. Mais plus déterminant encore se révèle le blues où l’âme noire confie dans une chanson rudimentairement accompagnée ses problèmes existentiels. Ce blues intervient dans tous les courants constitutifs de la trajectoire du jazz. Le premier style apparu est le New Orléans, du nom de la ville où il a vu le jour. Il se particularise d’emblée par l’emploi de petites formations d’où se détachent les instruments à vent et une section rythmique. Ce genre fondateur évoluera allègrement vers une forme classique.

 

Le jazz, une musique mouvante

Duke Ellington propagera la mode des grandes formations orchestrales. Les thèmes originaux sont vite délaissés au profit de la chanson urbaine. C’est alors l’âge d’or du swing. Une plus profonde mutation s’opère avec le be-bop, éclos à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce dernier rompt la régularité rythmique au bénéfice d’une diversification des rôles instrumentaux, sans pourtant heurter la tradition. Un franc rejet de celle-ci apparaît avec le free jazz des années soixante où l’improvisation la plus libre constitue le principal élément structurel de la musique.

De cette présentation sommaire découle l’évidence selon laquelle le jazz est une musique évolutive, mouvante, volatile. Sous le terme sont réunis des styles distincts, ne présentant parfois aucune commune mesure, et pourtant se réclament crânement d’un même genre dont la vocation demeure l’expression, manifeste ou diffuse, d’une lutte sociale ou politique.

 

Eclectisme

Quoiqu’il est difficile de présenter toute la gamme des tendances jazziques, car proprement infinies, les organisateurs de «Tanjazz» se sont évertués, une fois encore, à nous démontrer le refus du jazz à s’engluer dans ses canons. Mais le jazzmen et écrivain Boris Vian ne disait-il pas que le meilleur moyen de ne pas sortir du jazz était encore d’en agrandir les frontières ?

Le désir de jazz, de gout du risque et l’envie de décloisonner les genres (le jazz et ses diverses déclinaisons, la soul, le funk, le gnwai…) sont leurs règles d’or. Un métissage qui donne de l’urticaire aux croisées de la pureté du genre. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! Celle-ci est promise. Pour le grand bonheur de Tanger, à laquelle cette musique sied si bien.

Ainsi, Tanjazz nous propose de la soul et du rhythm & blues avec les Burundaises J.P. Bimeni & The Black Belts; de la musique angolaise avec Bonga; de la musique cubaine avec Grupo Compay Segundo; du jazz arabe psychédélique avec l’une des rares femmes trompettistes d’origine bahreïni-britannique, Yazz Ahmed; du swing avec le pianiste jamaïcain Monty Alexander; du jazz-hop britannique avec Alfa Mist; du son aux influences balkaniques ultra festive mêlant folklore roumain, voix bulgares et violons tziganes avec le Bosniaque d’origine serbe Goran Bregovic; du jazz amazigh avec la chanteuse marocaine Meryem Aassid; des compositions originales aux couleurs du Sud des Etats-Unis, à la fois blues, funk, jazz, new-orléans et rock’n’roll avec le quartet déjanté français The Yellbows; les grands classiques de rock’n roll et blues des années 40 et 50 avec le groupe composé de 8 musiciens de différentes nationalités, The Rabid Roosters.

Ce n’est là qu’un aperçu des plaisirs envoûtants que nous propose la 21ème édition du Tanjazz. Le plateau est copieux, avec une foison de morceaux de choix, tels que Avishai Cohen, brillant contrebassiste et compositeur israélien qui présentera son nouvel album «Shifting Sands», accompagné du pianiste azerbaïdjanais Elchin Shirinov et de la batteuse israélienne Roni Kaspi; l’Italien Marco Guidolotti Quartet qui présentera son nouveau projet dédié aux plus grands interprètes du Baryton Saxophone; Youn Sun Nah Quartet, une voix de soprano et étoile du jazz vocal; Toni Green, diva de la soul du 21è siècle et digne héritière d’Aretha Franklin ou Etta James;  Ali Affleck, la jazzwomen adepte du «jazz vintage» et du «roostie blues»; Maâlem Tangérois Abdelmajid Domnati et sa formation Gnawa Express; la relève de la tagnaouite, Mehdi Nassouli; les Frères Souissi (Ali, Hassan et Hamza). Et, avec un esprit jazz festif venu du Mardi Gras, la fanfare Zygos Brass Band animera les ruelles de Tanger en déversant un condensé d’énergie tonitruante et colorée aux sonorités Louisianes - une musique faite pour s’amuser, danser et swinguer.

De surcroît, des sets électro aux grooves surprenants sous influence jazzy sont également programmés avec un line-up bariolée composée de Hyyde, Achil, Daox, Polyswitch, Alia et Khalil Riyahi. Tous ces bonheurs seront à portée de vue.

Autant dire que la nouvelle équipé dirigeante* ne déroge pas au noble principe qui inspirait l’ancienne, celui de faire du festival un espace «de découverte et d’ouverture».

 

* «La 21ème édition du festival est organisée dans une dynamique de pérennisation des acquis du festival et un esprit de renouvellement, et ce, suite à la passation de direction qui a eu lieu en 2019, entre le fondateur Philippe Lorin et Seven PM (société organisatrice de Jazzablanca Festival)», soulignent les organisateurs.

 

La 21ème édition en chiffres
3 jours de festivités;
30 formations;
17 nationalités représentées;
5 scènes;
2 concerts gratuits (scène Socco Alto et la scène BMCI Kasbah);
7 concerts sont programmés chaque soir sur 3 scènes thématiques (scène BMCI Palais, scène Volkswagen Palais et Le Pub);
3 afters (à l'hôtel Rembrandt et à l'hôtel Farah Tanger);
20 adresses (musées et galeries d’art, hôtels, restaurants; concept store et ateliers de créateurs) pour découvrir et profiter 
des richesses de la magnifique ville de Tanger.

 

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