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Réfugiés au Maroc : radioscopie de la réalité migratoire

Réfugiés au Maroc : radioscopie de la réalité migratoire

41% des réfugiés au Maroc ont reçu, au cours des 12 mois précédant l’enquête réalisée par le HCP et l’UNHCR, des aides de particuliers ou d’organisations marocaines.

64,4% des réfugiés déclarent avoir des difficultés pour accéder au logement pour de nombreuses raisons, notamment la cherté du loyer.

 

Par M.A.O et M.A

Traditionnellement perçu comme un pays de transit pour les migrants cherchant à atteindre l'Europe, le Maroc est devenu au fil des années un véritable pays d'accueil. Cette transformation s'explique par plusieurs facteurs interdépendants qui ont façonné la politique migratoire et l'environnement socioéconomique du pays.

Selon les données du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), le Maroc compte 18.851 réfugiés et demandeurs d’asile à fin septembre 2023.

Afin d’appréhender la situation juridique des réfugiés au Maroc et de mesurer le niveau de leur intégration socioéconomique, le haut-commissariat au Plan et l’UNHCR ont mené une étude entre novembre et décembre 2022 sur un échantillon de 600 ménages.

Au niveau des caractéristiques démographiques, il en ressort qu’environ 82% des chefs de ménage réfugiés résidant au Maroc au moment de l’enquête sont de sexe masculin. Dans le détail, les personnes âgées de 18 à 44 ans représentent 82,6%, dont 44,4% âgés de 18-29 ans et 38,2% de 30-44 ans, contre 12,5% âgés de 45 à 59 ans. Aussi, la proportion des réfugiés âgés de plus de 60 ans est de l’ordre de 3,7% et celle de moins de 18 ans de 1,2%.

S’agissant des nationalités, l’étude indique que près du tiers des chefs de ménage réfugiés, soit 31,9%, sont des Syriens. Les Centrafricains, quant à eux, représentent 19% de cette population, suivis par les Yéménites avec 16,5%, puis les Soudanais du Sud avec 8,1% et les Ivoiriens avec 4,5%. Les autres pays africains représentent de leur côté 11,5% contre 8,5% pour les autres pays arabes.

En ce qui concerne leur situation matrimoniale, plus de 5 chefs de ménage réfugiés sur 10 sont célibataires, soit 55,8%. Ce pourcentage s’élève à 63,7% parmi les femmes contre 54% parmi les hommes. En outre, 76,4% des chefs de ménage réfugiés mariés ont un conjoint de même nationalité, 20,6% ont un conjoint marocain et 3,1% sont mariés à une personne de nationalité différente.

La même source précise que parmi les hommes réfugiés mariés à une Marocaine, 33,4% déclarent avoir demandé l’obtention de la nationalité marocaine. Cette démarche est plus adoptée par les Syriens (29,3%) et les Yéménites (19,8%).

L’installation des réfugiés au Maroc s’est en effet accentuée depuis 2017. D’après l’étude, plus de la moitié des chefs de ménage réfugiés, soit 53,5%, est entrée au Royaume entre 2017 et 2022, avec un pic enregistré durant la période 2017-2019. Cette donnée concerne relativement les femmes, avec 51,2%, plus que les hommes (30,9%).

De nombreux facteurs poussent les réfugiés à quitter leur pays d’origine : les raisons d’insécurité liées à la guerre et aux conflits prédominent avec 58,9%, à en croire les données de l’étude. Les études viennent en seconde position avec 24% des réfugiés, puis la recherche d’un emploi avec 11,4%.

L’Algérie et l’aéroport, principaux points d’entrée 

L’étude identifie deux principaux points d’entrée au Maroc, à savoir l’aéroport et les frontières avec l’Algérie. 55,3% des chefs de ménage réfugiés ont accédé au Royaume par l’aéroport, dont 56,1% sont des femmes et 55,1% des hommes. Pour ce qui est des frontières avec le voisin de l’Est, la proportion s’élève à 41,8% et une infime minorité est entrée au Maroc par la frontière avec la Mauritanie (1,7%).

En ce qui concerne le niveau scolaire, l’enquête révèle une prédominance du niveau supérieur avec une part de 45,8%, plus élevée parmi les hommes (46,9%) que les femmes (40,8%). La proportion des réfugiés ayant le niveau secondaire ou collégial atteint 15,9% et 14,9% respectivement. Par ailleurs, 8,1% des réfugiés n’ont aucun niveau scolaire.

Dans cette même lignée, l’étude fait savoir que 15,4% des réfugiés ont bénéficié de la formation professionnelle au Maroc, au moment où 9% seulement en ont bénéficié dans leurs pays d’origine.

Sur le plan social, les réfugiés n’ont visiblement aucun mal à s’intégrer, puisqu’environ 63,8% d’entre eux parviennent à utiliser le dialecte marocain pour communiquer dans leur vie quotidienne. Le français vient en seconde position avec 33,2%, contre 3% des réfugiés qui communiquent en anglais ou avec d’autres langues.

Par ailleurs, l’étude met à nu certaines difficultés rencontrées par les réfugiés en matière d’accès au logement. En effet, 53,4% des réfugiés ne disposent d’aucun document justifiant le statut d’occupation de leur logement. En revanche, ceux disposant d’un contrat de loyer représentent 41,6% contre 2,5% seulement ayant un certificat de propriété.

L’obtention du titre de séjour n’est pas chose aisée; les réfugiés font en effet face à plusieurs obstacles, notamment la lourdeur des démarches administratives (31,3%), la difficulté d’avoir des contrats de bail ou de travail avec respectivement 29% et 28,7%. Notons que sur l’ensemble des titres de séjour détenus par les réfugiés, 57% ont une durée de validité de 36 mois, 25,1% une durée de validité d’une année, 3,8% de 2 ans et 11,3% de 10 ans.

Intégration socioéconomique, socle de la SNIA

Concernant l’intégration économique, l’étude souligne que 41% des réfugiés au Maroc ont reçu, au cours des 12 mois précédant l’enquête, des aides de particuliers ou d’organisations marocaines. A noter que l’UNHCR couvre près de 60% des aides reçues par les réfugiés au Maroc. Les aides fournies par des particuliers marocains viennent en seconde position avec une part de 20,8%, et celles reçues d’organisations marocaines non gouvernementales en troisième position avec une part de 11%. Les aides issues du gouvernement marocain représentent, quant à elles, 10,5%.

«L'intégration socioéconomique des migrants et réfugiés constitue un axe central de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA), amorcée en 2014 suite aux instructions royales. Celle-ci s'articule autour d'une vision : «Assurer une meilleure intégration des immigrés et une meilleure gestion des flux migratoires dans le cadre d’une politique cohérente, globale, humaniste et responsable», souligne Abderrafie Hamdi, directeur de la Direction de la protection des droits de l’Homme de monitoring-Conseil national des droits de l’Homme (CNDH).

Et de poursuivre : «Le socle de base pour l'intégration des étrangers est celui de la régularisation du séjour et de l'obtention de la documentation afférente. Le processus de reconnaissance par les autorités marocaines des réfugiés précédemment reconnus par le HCR, amorcé en 2013 dans le cadre de la nouvelle politique migratoire, entendait répondre à cette nécessité. Ce processus a constitué une indéniable avancée, mais ne peut être que provisoire. Pour que l'objectif d'intégration socioéconomique des réfugiés soit atteint, l'instauration d'un cadre juridique et institutionnel de l'asile, engagement de la SNIA, doit impérativement et urgemment être mis en œuvre. L'adoption de la loi sur l'asile, en conformité avec les engagements internationaux du Maroc, permettra le renforcement de la protection des droits des personnes réfugiées, et l'instauration d'un processus de documentation garantissant la sécurité juridique indispensable à l'intégration».

Et de préciser que l’amélioration de la situation socioéconomique des réfugiés reste indispensable afin de pouvoir amorcer une nouvelle ère dans la SNIA. Et ce, «par la mise en œuvre effective des engagements pris par l'Etat, via notamment la facilitation de l'accès au travail. En effet, les réfugiés dépourvus de titre de séjour disposent d'un accès au travail facilité via l'exemption de la procédure Anapec. L'effectivité de ces mesures constituerait donc une étape majeure pour l'intégration socioéconomique des réfugiés».

Quid des sources de revenus ? 

S’agissant des revenus déclarés par les réfugiés au Maroc, 26,8% proviennent d’un emploi occasionnel. Le soutien de l’UNHCR constitue la deuxième source de revenu pour les réfugiés au Maroc, avec une part de 21,4%, et les transferts de la famille et/ou d’amis représentent 17,3%. L’emploi permanent constitue la quatrième source de revenu déclarée par les réfugiés au Maroc, avec une proportion de 12,8%. D’autres sources de revenus sont également citées dans l’étude, dont la mendicité, avec 8%, les économies du réfugié (3,3%),le soutien financier du gouvernement marocain (2,6%) et celui d’organisations marocaines non gouvernementales (2,3%).

Les données de l’étude révèlent que le revenu moyen mensuel des ménages de réfugiés au Maroc, au cours des 12 mois précédant l’enquête, est estimé à 3.155 dirhams. Le revenu mensuel le plus élevé est observé chez les Syriens, avec 4.871 dirhams, suivis des Yéménites (2.947 DH), des Ivoiriens (2.173 DH) et des Sud-Soudanais (1.705 DH).

Pour ce qui est de l’accès à l’emploi, 42,8% d’entre eux sont en situation de chômage, dont 47,8% sont des hommes et 20% des femmes. La part des chômeurs s’élève à 34,2% parmi les Ivoiriens, 31,3% parmi les originaires de la Centrafrique et 20,2% parmi les Yéménites. Elle atteint son niveau le plus bas parmi les réfugiés du Soudan du Sud et de la Syrie avec respectivement 4,3% et 9,2%.

Pour les réfugiés en activité, le salariat et le travail indépendant prédominent le statut professionnel. Ainsi, 46,5% d’entre eux sont des salariés, 39,3% exercent un emploi indépendant et 9% sont des employeurs.

Par ailleurs, 64,4% des réfugiés déclarent avoir des difficultés pour accéder au logement. La cherté du loyer figure parmi les principales contraintes pour 42,2% des personnes recensées. D’ailleurs, la location est le statut d’occupation le plus fréquent, puisque 92,3% sont locataires de leurs logements, 4,7% sont logés gratuitement et 1,9% seulement sont propriétaires de leur logement.

En ce qui concerne les services de protection sociale, une infime minorité des réfugiés affirme avoir bénéficié d’un soutien de la part du gouvernement au cours des 12 mois précédant l’enquête. Le soutien fourni par le gouvernement touche notamment aux prestations de protection sociale en espèces, avec une part de 1,2%, aux allocations familiales (0,7%), aux pensions de retraite (0,3%), aux prestations d’invalidité et aux allocations pour accidents de travail (0,2%).

Dans la même veine, 5,5% des réfugiés disposent d’une assurance maladie obligatoire et relativement plus d’hommes (5,7%) en disposent que de femmes (4,7%). À noter que les personnes âgées de 60 ans et plus ainsi que les jeunes de moins de 18 ans ne disposent d’aucune couverture médicale.

 

 

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