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Portrait : Meryem Zaïmi, l’élégantissime

Portrait : Meryem Zaïmi, l’élégantissime

Depuis ses débuts, en 2011, dans un film de Saâd Chraïbi, Meryem Zaïmi se balade d’une série à une autre, croisant aussi bien Yassine Fennane, Zakia Tahiri que Hicham Lasri. L’actrice de 38 ans est à l’affiche de «L'Maktoub», une série réalisée par Alaa Akaaboune, d’après le scénario de Faten El Youssfi.

 

Par R. K. Houdaïfa

Photo © Malki Karim

 

Son visage exhale une douceur infinie. Vous tentez de vous y tremper, mais le regard se dérobe. Pas fabriquée, pas provocatrice, pas «rouleuse» de mécaniques, plutôt sage, trop sage, avec l’éclat en plus. C’est son naturel qui fait de Meryem Zaïmi d’abord une comédienne, puis une actrice accomplie.

Pourtant, il ne faut pas trop gratter pour trouver en elle non pas des timidités (n’exagérons rien), mais disons de belles régions d’effacement, de modestie. Lors de notre simple interview, elle témoigne d’une prévenance, d’une écoute et d’une gentillesse rare. Ce qui explique peut-être la relation très belle qu’elle a avec ses compatriotes, qui lui font cadeau d’une notoriété singulièrement apaisée.

On l’imagine bien recevoir de tous les coins des sourires, être saluée comme une cousine, un visage familier, pas tout à fait comme une icône. On l’imagine écrivaine, peut-être, elle qui lit parfois en se gardant toutefois de toute velléité d’écriture. On l’imagine également chanteuse qui ne met pas au placard son timbre suave, pour avoir commis le titre «Khtito»* dédié à sa défunte sœur Sanaa; et puis, plus généralement, une femme de tempérament plus calme, plus centrée, plus sage. Car l’effervescence, la fièvre de Zaïmi ne sont pas sans la fatiguer elle-même : c’est sa nature, son être, mais aussi parfois sa maladie.

 

Zaïmititude

Après un cursus secondaire flamboyant, elle s’ouvre le chemin de l’université. Cap sur la littérature anglaise, escale obligée avant de sauter dans l’inconnu : le théâtre. Après tout, les planches lui étaient étranges. La raison propose et les sentiments disposent.

On ne cessa de seriner qu’elle est vouée à la comédie, avec une force persuasion telle qu’elle envoie promener Robert Louis Stevenson ou Virginia Woolf pour se jeter dans les bras de Shakespeare ou de Stanislavski.

Elle intègre l’ISADAC en 2004 et rejoint sitôt plusieurs compagnies, dont Aquarium et Dabateatr.

Embrasser une carrière de comédienne n’est pas, pour Meryem, répondre au besoin de devenir une vedette reconnue, adulée, statufiée (les paillettes, les projecteurs, les feux de la rampe ne l’enflamment pas), mais à celui, impérieux, lancinant, d’être nombreuse et de vivre par procuration, multiples vies. «Dans la vie, nous confiet-elle, je ne peux être que moi-même et je ne peux jouer que mon propre rôle. Sur scène, j’ai la possibilité d’être tour à tour citadine, avocate, richarde…». Nécessité intérieure, donc.

Ses premières apparitions sur le petit écran étaient grâce au téléfilm de Hakim Nouri, «Les victimes». Puis quoi ? Saad Chraibi remarque son ardeur et en fait sa chouchou dans son film «Femmes en Miroirs (en 2011)». Un an plus tard, elle décroche un rôle dans le film «Sefi Tachroub» tricoté de la main de Driss Roukhe. Meryem s’en est tellement bien sortie qu’elle a tapé dans l’œil de «Bnat Lalla Mennana». Dès lors, elle enchaîna série après série. Avec toute la boulimie d’un être sevré, elle s’y lança corps et âme : «Waadi»; «Dar El Ghezlane»; «Naam a Lalla»; «Fok Sehhab»; «Ain Al-Haq»; «Azzaima»; «Safi Salina»; «Bghit Hyatek»; «L'Maktoub»...

Aussi, bien qu’elle se soit distinguée dans certains films, notamment «Terminus des anges», «Al Atti Allah», «Al Chaahida», «Chérif Moul El Baraka» ou encore «Nafidat Al Janna». Meryem Zaïmi s’est faite également remarquer dans des pièces de théâtre comme «Hadda» et «Deif Lghafla».

Aussi, qui mieux qu'elle pouvait camper «Fatéma Mernissi», cette femme hors normes ? Un choix judicieux du réalisateur Abderrahmane Tazi, tellement cette actrice est pétri de talent.

6 films, 10 séries, 3 sitcoms et autant de pièces théâtrales, tantôt du bons, tantôt moyens, mais une Meryem toujours éblouissante, continûment étonnante, insufflant à ses personnages son mystère, sa mélancolie, ses doutes et ses perplexités. Meryem Zaïmi a choisi d’être éclectique. Pour le meilleur et pour le pire.

 

* « Khtito», chanson écrite par Tarik Ribh, composée par Mohamed Khalil Guenich et distribuée par Rachid Mohamed Ali. Ilham Loulidi a, quant à elle, aidé Meryem à s’initier aux techniques de la voix.

 

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