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Culture & Société

Parution: chronique d’un règne

Parution: chronique d’un règne
Samedi 17 Juillet 2021 - Par admin

Mêlant démarches romanesques et historiques, Gilbert Sinoué livre une œuvre originale d’un intérêt certain.

 

Par R. K. Houdaïfa

 

Force est de convenir du caractère «irrésumable» de «L’île du couchant»… Il n’y a pas lieu, cependant, de faire la fine bouche. Le livre est intéressant, jamais lassant. Quoique ancré dans une phase de l’histoire du Maroc (aux XVIIème et XVIIIème siècles), il forme un roman historique. Les dosages du romanesque (bien que les personnages aient vraiment existé, l’auteur leur redistribue des rôles un peu différents) et de l’Histoire (les grands événements, lieux des batailles…) s’entrechoquent, s’entrelacent, s’entremêlent dans une parfaite harmonie.

Au pupitre, un enfant du Caire, Gilbert Sinoué, écrivain de son état qui, n’étant auparavant qu’un «touriste imbécile» pour qui l’Histoire du Maroc s’arrêtait à Hassan II, s’est pris à parcourir livres et recherches en quête de celle exaltée par une kyrielle de voyageurs fous de cet «Orient tout proche».

Ses fouilles et documentations, tantôt éblouies, tantôt amères, furent initialement consignées sous forme de roman. Son titre paraît pertinent, dans la mesure où il évoque éloquemment l’appellation que le Royaume avait dans le reste du monde arabe, c’est-à-dire celle de «Jazirat Al-Maghreb».

Une vie de lutte

Nous sommes en 1672, à Meknès, un 10 avril. A l’heure où Moulay Ismaïl prononce : «Si Dieu m’a donné le royaume, nul ne peut me l’ôter». Durant son demi-siècle de règne, il réussit l’impossible. Il s’évertua à unifier le pays difficile à gérer, qui fut très indiscipliné ainsi qu’apte à se diviser. Ce n’est pas tant le mode de vie et de penser du Sultan, ni combien il avait de femmes et d'enfants, ni comment il décapitait ses prisonniers qui intéressaient, en premier lieu, l’auteur.

Mais, par la force des événements, Gilbert fut conduit à porter attention plutôt à ce qu’il a accompli. Voire, aux mœurs politiques. Alors que l’ordre fléchissait, que le chaos s’installait et que les puissances occidentales tournoyaient dans le ciel telles des prédateurs guettant la mise à mort d’une proie, il parvint à obtenir, d’une main de fer, l’indépendance à l’égard des occupants espagnol, anglais, portugais… C’est à travers le regard d’un Français, Casimir Giordano, médecin personnel du sultan, que flamboie cette épopée, faite de déchirements, d’intrigues et de gloire.

En cet été intellectuellement givré, rien de tel qu’un embarquement immédiat dans ce train chauffé à souhait, pour se décongeler les méninges. Rassurez-vous, bien que composé par un académicien, grand connaisseur de l’histoire et des mythes du Moyen-Orient, à l’érudition vertigineuse, «L’île du couchant» ne s’apparente pas du tout à ces trains historiques rigides, abscons, impénétrables, qu’on referme sitôt les avoir ouverts.

Pourtant, Gilbert ne tombe pas dans l’écueil du simplisme racoleur et de la limpidité paresseuse. Nous avons, ici, affaire à des pensées enveloppées dans un patchwork cousu de méditations à méditer, de fécondes réflexions, de professions de foi, d’aveux d’engouement, de coups de cœur et de griffes au travers desquels l’auteur déploie son érudition partageuse, sa curiosité sans rivage, son humour, parfois tendre, tantôt féroce, au gré de son humour. Autant d’arguments en faveur de ce roman, parmi lequel il fait bon flâner, picorant ici, s’attardant là, et suspendant, ailleurs, sa lecture pour mieux en jouir. 

 

* Paru chez Galimard, «L’île du couchant» est le premier volume de ce Guerre et paix oriental qui s’achèvera en 1912, à l’heure du protectorat.

 

 

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