Culture & Société

Tous les articles

Festival : L’Boulevard, 20 ans et déjà des enfants

Festival : L’Boulevard, 20 ans et déjà des enfants

Du 23 septembre au 2 octobre, L’Boulevard sera au rendez-vous en son fief bidaoui (stade R.U.C.). Un festival que ses promoteurs ont voulu de découverte plutôt que d’exhibition de talents confirmés. Petite histoire d’un festival qui cartonne.

 

Par R. K. H.

 

Métropole désespérément populeuse, cœur battant de l’économie nationale, creuset où s’entremêlent multiples cultures, ville où se fait préférentiellement l’œuvre spirituelle, artistique, Casablanca pâtissait d’une impensable lacune : elle ne possédait pas de festival qui lui est propre, prônant son énergie underground. Un coup de pied de nez à l’arrogante, qui n’en pouvait plus d’être ainsi toisée de haut. Ce que ne pouvaient admettre Momo (Merhari Mohamed dans le civil) et Hicham Bahou.

Et voilà que par leurs soins l’affront a été lavé. En musique, d’abord. Pas n’importe quelle musique. Urbaine et actuelle : mot-valise qui recouvre plusieurs genres musicaux aussi vulnérables qu’honorables (hip-hop, rock, métal, fusion, musique électronique). Sans aucune prétention, sinon celle de se faire plaisir et de faire partager leur passion. C’est ainsi que naquit L’Boulevard en 1999.

 

Clin d’œil nostalgique

«C’était le ‘’Tremplin des jeunes musiciens’’, mais nous l’avons par la suite sobrement intitulé ‘‘L’Boulevard des jeunes musiciens de Casablanca’’, d’autant que l’appellation renvoie à peu près à la rue. Quelques années plus tard, nous avons décidé d’enlever ‘les jeunes musiciens’ et de garder ’L’Boulevard’’, car le nom sonnait un peu lourd… Sans vouloir l’intellectualiser (sourire)», nous expliquait Momo lors d’une interview passée dans nos colonnes.

Démarrage en douceur. Pas de barouf médiatique. Nulle volonté d’épater. Seulement des artistes choisis non à l’aune de la notoriété mais pour leurs qualités intrinsèques. Plusieurs artistes ou groupes, résolus à se faire une place au soleil de la musique, ont été révélés par ce festival et ont connu leur essor. Tels que Hoba Hoba Spirit, Darga, Barry, Bigg, Lmoutchou (Mobydick), j'en passe et des meilleures.

Au fil des saisons, L’Boulevard s’est fait un nom, allant jusqu’à piquer la curiosité des béotiens en la matière. Résultat : une affluence de plus en plus accrue. Aucune commune mesure, bien entendu, avec les mastodontes qui attirent dans leurs filets des centaines de milliers de festivaliers. Mais une fréquentation flatteuse. «Je ne comprenais que dalle aux musiques actuelles. J’étais plutôt salsa, tango, etc. Si ma copine n’avait pas beaucoup insisté pour que je l’accompagne, je n’y serais peut-être jamais venue… Je me suis vraiment éclatée, et me suis convertie aux rap, métal et reggae (rires)», nous a confié une blondinette aux yeux pers.

 

Du tonnerre !

A la conférence de presse, tenue lundi 5 septembre au Backstage à Casablanca, les concepteurs de cette grand-messe annuelle, visiblement – pas trop – flapis, taisaient leur fatigue pour donner libre cours à leur joie. Celle de voir leur enfant chéri prendre des couleurs et afficher une santé éclatante.

En bons maîtres de cérémonies, ils recueillaient les impressions de leurs hôtes sur les précédentes éditions, dont tous ont emporté un souvenir impérissable. Puis, de les entendre rivaliser de propos flatteurs à l’endroit de la programmation de cette année, Momo et Hicham buvaient du petit lait ou plutôt de la petite bière.

Ils avaient présenté «le plus jamaïcain des italiens», Alborosie, comme l’argument majeur de la XXème édition. Ils ne s’étaient pas trompés dans leurs choix, d’ailleurs.

Pour ses vingt ans, les organisateurs ont travaillé d’arrache-pied, en faisant leur la devise d’Oscar Wilde : «La modération est une chose fatale, rien ne réussit comme l’excès». D’où une programmation copieuse et exemplaire dans sa radicalité, qui nous offrira entre autres régals décoiffants : les Togolais Arka’n Asrafokor, dont on vante l’afro trash metal rageur; les Polonais Vader aussi habiles dans le death metal, et les riffs massifs - surtout les riffs -; les Français Psykup avec leur fusion aboutie du death et du grindcore (autruche core), ainsi que L’Entourloop, fabuleux interprètes de la dub, dance-hall, ragga, ou encore trip hop; les Marocains Betweenatna qui s’illustrent par leur rock alternatif b’darija et Haoussa par leur énergie punk, paroles à la fois cyniques, inspirations issawies, électro et rock, ou encore Hoba Hoba Spirit par leur magma de riffs électriques et de rythmes tribaux rehaussés par des textes percutants qui parlent de la société avec intelligence, humour et sincérité.

Sans oublier El Grande Toto et son flow unique; Dollypran, un rappeur à ravir; Mizane, un ensemble énergique et coloré; les tonitruants Deep Scar, Abduh, Khtek, Snoopy, Anïa et la liste est longue. Tous sont pétris de la singulière capacité de donner à cette édition une vibration inoubliable. L’Boulevard sera, encore une fois, une fête de l’underground à la fois doux et féroce. Itoub !

 

Articles qui pourraient vous intéresser

Dimanche 18 Fevrier 2024

Parution : «Choses vues derrière un écran de fumée»

Dimanche 18 Fevrier 2024

«Etre arabe»: entretiens avec Christophe Kantcheff De Farouk Mardam Bey, Elias Sanbar et Christophe Kantcheff

Vendredi 09 Fevrier 2024

Arts plastiques: l’art du faux au Maroc

L’Actu en continu

Hors-séries & Spéciaux