Vektor : «Transformer l’information financière en décisions éclairées»
Face à la complexité des marchés financiers, Vektor mise sur la finance quantitative, la data et l’IA pour rendre l’analyse financière plus accessible et personnalisée. Entretien avec son fondateur et CEO Mohammed Habbani.

Finances News Hebdo : Quelle est la particularité de votre plateforme et à quel besoin du marché répond-elle ?
Mohammed Habbani : Notre point de départ est un constat assez simple. En effet, aujourd’hui, nous disposons d’une quantité considérable d’informations financières, mais cela ne signifie pas nécessairement que nous prenons de meilleures décisions. Pour beaucoup d’investisseurs, la difficulté n’est plus d’accéder à l’information, mais de savoir comment l’interpréter et surtout comment l’appliquer à leur propre situation.
Notre particularité réside notamment dans la capacité à relier l’actualité économique à la réalité d’un portefeuille. Par exemple, lorsqu’une Banque centrale modifie ses taux d’intérêt ou qu’une tension géopolitique affecte les marchés, Vektor permet d’analyser les mécanismes de transmission de cet événement, d’identifier les actifs potentiellement exposés et de simuler différents scénarios d’impact.
L’idée n’est donc pas simplement de fournir davantage de données ou d’indicateurs, mais de transformer une information financière souvent complexe en une analyse personnalisée et exploitable. Notre ambition est de rendre des outils habituellement réservés aux professionnels de la finance accessibles à un public beaucoup plus large.
F.N.H. : Comment Vektor peut-elle répondre aux besoins des TPME et faciliter leurs décisions financières ?
M. H. : Aujourd’hui, beaucoup de ces structures ne disposent pas nécessairement des ressources financières ou humaines leur permettant d’accéder à des outils avancés d’analyse et de gestion des risques. Pourtant, elles peuvent être particulièrement sensibles aux évolutions des taux d’intérêt, des taux de change ou encore des prix des matières premières.
Même si Vektor s’adresse dans un premier temps aux investisseurs particuliers, nous voyons un potentiel intéressant dans l’adaptation de certaines de nos technologies aux besoins des entreprises.
Nous pourrions notamment permettre à une TPME d’évaluer sa sensibilité à différents scénarios économiques, de mieux comprendre ses expositions financières et d’anticiper les conséquences potentielles de certains événements sur ses décisions d’investissement.
Notre approche consiste à rendre ces analyses accessibles, sans exiger de l’utilisateur une expertise approfondie en finance quantitative. Nous pensons que l’intelligence artificielle peut jouer un rôle important dans cette démocratisation, à condition qu’elle soit associée à des modèles rigoureux et à une présentation pédagogique des résultats.
F.N.H. : Basé en France, comment abordez-vous le développement de Vektor entre le marché français et l’écosystème marocain des startups ? Quelles opportunités y identifiez-vous ?
M. H. : Le développement de Vektor s’inscrit naturellement dans une dynamique entre la France et le Maroc. Mon parcours académique et professionnel m’a permis d’évoluer dans ces deux environnements, et je considère cette double proximité comme un véritable atout.
La France offre un écosystème particulièrement intéressant pour le développement de solutions à forte composante technologique, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la finance quantitative et de la fintech. C’est un environnement qui favorise les échanges avec des profils techniques, des chercheurs et des acteurs spécialisés.
Parallèlement, le Maroc représente à nos yeux un marché à fort potentiel. Nous observons une dynamique de transformation numérique, un intérêt croissant pour l’entrepreneuriat technologique et des opportunités de développement pour des solutions financières plus accessibles.
Notre ambition est de tirer parti de cette complémentarité, à savoir développer une technologie compétitive et adaptée à des standards exigeants, tout en identifiant des usages pertinents pour les besoins du marché marocain.
À terme, nous souhaitons construire un projet capable de se développer à l’international tout en conservant un ancrage fort au Maroc.
F.N.H. : Comment financez-vous actuellement le développement de Vektor et envisagez-vous de faire appel à des investisseurs pour accélérer sa croissance ?
M. H. : À ce stade, notre priorité est avant tout de construire un produit solide, de valider sa proposition de valeur et de mieux comprendre les attentes de nos futurs utilisateurs.
Concernant une éventuelle levée de fonds, nous restons naturellement ouverts à cette perspective. Mais pour nous, faire entrer des investisseurs doit répondre à un besoin précis et s’inscrire dans une stratégie de croissance clairement définie.
Nous accordons également beaucoup d’importance à la valeur stratégique que peuvent apporter des partenaires, notamment leur connaissance du secteur financier, leur expérience entrepreneuriale ou encore leur capacité à faciliter l’accès à de nouveaux marchés.
Notre objectif n’est pas de rechercher des financements à tout prix, mais de réunir les conditions nécessaires pour développer Vektor de manière durable, tout en conservant une vision à long terme.
F.N.H. : Où en est Vektor aujourd’hui dans son développement ? Quels enseignements tirez-vous des premiers tests de la plateforme et quels sont les prochains projets pour accélérer sa commercialisation ?
M. H. : Vektor se trouve actuellement dans une phase de développement et de validation de son produit. Nous disposons déjà d’une première version fonctionnelle qui nous permet de démontrer les principales capacités de la plateforme.
Nous avons notamment développé des fonctionnalités de suivi de portefeuille, d’analyse des risques, de simulation de scénarios financiers et d’accompagnement par intelligence artificielle.
Plus récemment, nous avons travaillé sur une fonctionnalité qui illustre particulièrement notre vision : la possibilité d’analyser un événement macroéconomique et d’en évaluer les conséquences potentielles sur un portefeuille d’investissement. C’est une évolution importante, car elle permet de passer d’une analyse financière essentiellement descriptive à une approche davantage contextualisée et prospective.
À ce stade, notre principal enjeu est de confronter ces fonctionnalités à des usages réels. Nous souhaitons notamment comprendre si les analyses sont suffisamment claires, si les résultats répondent aux besoins des utilisateurs et comment simplifier davantage leur expérience.
La prochaine étape consiste à structurer une phase de tests avec des utilisateurs, à améliorer progressivement la robustesse de la plateforme et à définir un modèle de commercialisation adapté.
F.N.H. : Dans un domaine aussi sensible que la finance, comment garantissez-vous la fiabilité des analyses produites par votre plateforme et la confiance de vos utilisateurs ?
M. H. : C’est probablement l’un des enjeux les plus importants de notre projet. En finance, une analyse peut influencer des décisions qui ont des conséquences réelles. Nous devons donc accorder une attention particulière à la rigueur des méthodes utilisées et à la transparence des résultats.
Concrètement, nous cherchons à distinguer les calculs quantitatifs, qui doivent reposer sur des méthodes mathématiques et statistiques identifiables, de la partie intelligence artificielle, dont le rôle est notamment d’interpréter les informations, de contextualiser les résultats et de les rendre plus compréhensibles.
Nous accordons également une importance particulière à la simulation de scénarios. Plutôt que de prétendre prédire avec certitude l’évolution des marchés, nous cherchons à montrer comment un portefeuille pourrait réagir dans différentes situations, tout en explicitant les hypothèses et les limites de ces simulations. La confiance repose aussi sur la protection des données financières et sur la capacité à expliquer les résultats présentés. Ce sont des exigences que nous intégrons dans notre démarche de développement.
Notre ambition n’est pas de promettre des performances financières, mais d’aider les utilisateurs à prendre des décisions mieux informées, avec une compréhension des risques auxquels ils sont exposés.
F.N.H. : Comment envisagez-vous concrètement votre développement au Maroc et quelles sont vos ambitions à moyen terme, notamment en matière de partenariats et d’expansion géographique ?
M. H. : Le Maroc occupe une place importante dans notre vision de développement. En sus de mon attachement personnel au pays, je suis convaincu qu’il existe de véritables opportunités pour des solutions technologiques capables de rendre la finance plus accessible et plus intelligible.
Notre approche sera progressive. Dans un premier temps, nous souhaitons mieux comprendre les besoins spécifiques des utilisateurs marocains, notamment en matière d’investissement, d’analyse des risques et d’accès à l’information financière. Nous aimerions également échanger avec différents acteurs de l’écosystème, qu’il s’agisse de banques, de sociétés de gestion, d’acteurs de la fintech, d’incubateurs ou d’institutions académiques. Ces échanges pourraient nous permettre d’identifier des cas d’usage concrets et de construire des collaborations adaptées aux réalités du marché. Nous voyons également le Maroc comme un point d’ancrage potentiel pour une expansion vers d’autres marchés africains, où les questions d’accessibilité aux outils financiers et de digitalisation constituent des enjeux importants.
Mais notre priorité reste de construire une solution réellement utile et crédible. Nous souhaitons que la croissance de Vektor repose d’abord sur la qualité de sa technologie, la confiance de ses utilisateurs et la pertinence des problèmes auxquels nous répondons.





