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SPÉCIAL MRE: «Je ne suis pas venu avec des moyens financiers, mais plutôt avec des idées…»

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 12 Juillet 2021 à 00:00
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A l’âge de 27 ans, Karim Bouaouali a fait le choix de s’installer définitivement au Maroc après un cursus scolaire et universitaire en France.

Le natif d’Avignon exerce depuis plus de 4 ans dans l’enseignement supérieur au Maroc.

Enseignant en communication et en développement personnel à l'Université Mohammed 6 et professeur de soft skills à l’Ecole supérieure des industries du textile et de l’habillement (ESITH), il nous parle de son parcours.

 

 

Finances News Hebdo : Vous faites partie de cette jeune génération qui a opté pour le Maroc. Quelles étaient vos motivations pour laisser la France et regagner votre pays d’origine ?

Karim Bouaouali : Il faut savoir que c'est la question qui revient constamment lorsque je fais de nouvelles connaissances. A savoir la raison pour laquelle nous quittons la France pour le Maroc. Pour ma part, la réponse est «l'amour du pays». En tant que franco-marocain, nous venions au Maroc pour les vacances. Déjà à l'époque, cette attache avec le pays était forte et elle le fut de plus en plus avec le temps, d'où l'ambition de venir m'installer dans mon pays d’origine. C'est ce que je fis à l'âge de 27ans.

L'idée n'était pas seulement de venir s'installer pour profiter du soleil, mais de participer au développement du pays. Certes, je ne suis pas venu avec des moyens financiers, mais plutôt avec des idées, des projets et un savoir-faire. Tout n'est pas une question d'argent et c'était pour moi la seule façon de participer au développement du pays et d’apporter ma petite contribution personnelle. Chacun est capable d’apporter sa pierre à l'édifice, il faut juste trouver de quelle façon. À l'heure actuelle, je suis très fier de participer à cet immense projet et de m'être fait une place dans l'enseignement supérieur.

 

F.N.H. : La double culture est une véritable richesse,  voire un tremplin. Comment la transition entre le pays d’accueil et d’origine se passe-t-elle généralement, culturellement parlant...?

K. B. : La double culture est une véritable richesse, même si des fois nous ne savons pas sur quel pied danser. Chaque fois que l'on quitte sa zone de confort, le début est forcément difficile, surtout pour moi, car je suis arrivé au Maroc seul, laissant toute ma famille en France. Il m'a fallu bien entendu un temps d'adaptation car, comme vous le savez, «s'installer et venir en vacances» sont deux choses totalement différentes. Je ne partais pas en terre inconnue non plus, car je connaissais relativement bien la ville. La chose qui m'a le plus impressionné en venant ici, c'est la chaleur humaine que dégagent les gens de mon pays. Vous savez, il m'est arrivé de vivre des événements importants, seul, comme le ramadan par exemple.

Grâce à cette chaleur humaine, on n’a pas l'impression d'être seul; bien au contraire, on se sent entouré et en bonne compagnie, c'est assez incroyable et difficile à expliquer. Concernant les habitudes, ce sont les mêmes qu'en France. En semaine, je travaille. Les week-ends, je fais du sport et j'essaye de profiter de la ville, de la plage. Sauf que maintenant, je klaxonne également dans les embouteillages; je pense être devenu un vrai Casaoui. Concernant la mentalité, il y a bien sûr une différence avec la France. On ne peut pas dire qu’elle est meilleure en France ou au Maroc, car chaque pays a ses avantages et ses inconvénients, comme toute chose. C'est seulement différent et c'est à nous de nous adapter à la mentalité, tout en gardant nos principes et nos valeurs.

 

F.N.H. : Vous êtes dans l’enseignement privé et public. Quelle lecture en faites-vous et y a-t-il une différence ?

K. B. : J'ai effectivement cette chance d'enseigner dans le privé et le public. Pour ma part, l'approche reste la même, tout comme la pédagogie et le contenu des cours. Qu'ils viennent du privé et du public, c'est la même chose pour moi, ce sont des étudiants qui veulent réussir dans leur domaine. J'ai pris énormément de plaisir et les étudiants me le rendent bien. J'ai été agréablement surpris par les infrastructures, les cours, l'organisation, surtout pendant la pandémie. Honnêtement, je m'y attendais pour le privé, mais pas pour le public; ce fut une agréable surprise. Bien sûr, je n'ai pas eu l'occasion de voir et d'enseigner dans toutes les universités. Mais de ma modeste expérience dans certains domaines, certaines filières, personnellement je ne vois pas l'intérêt pour certains étudiants de continuer leurs études à l'étranger.

 

F.N.H. : Comment trouvez-vous l’état d’esprit des futurs diplômés, leurs motivations et ambitions ?

K. B. : En général, ce sont des jeunes ambitieux qui ont une forte envie de réussir financièrement et professionnellement. Bien sûr, la société dans laquelle nous vivons actuellement fait que la réussite financière est importante et ils l'ont très bien compris. Il m'est souvent arrivé de discuter avec eux, concernant la suite de leurs cursus. C'est du 50-50 : certains veulent continuer au Maroc et d'autres à l'étranger. D'ailleurs, je suis en contact avec pas mal d'étudiants, et surtout ceux qui ont décidé de continuer leurs études en France, car j'ai pu conseiller certains sur les villes et le choix des universités. C'est là où la double nationalité est une richesse  : c'est de mettre mon réseau français au service de mes concitoyens et vice versa.

 

F.N.H. : Les soft skills font partie des matières que vous enseignez aux étudiants pour développer leurs compétences. Quelle différence y a-t-il au niveau de l’apprentissage entre les soft skills et les hard skills ?

K. B. : Les soft skills sont les compétences humaines et les hard skills les compétences techniques. L'un ne va pas sans l'autre pour une réussite professionnelle. Les deux compétences sont demandées aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle les soft skills sont enseignés aujourd'hui dans l'enseignement supérieur. Ce qui prouve que l'enseignement au Maroc évolue, et j'ai cette chance, comme je le disais auparavant, de faire partie d'un tel projet qui aide au développement du pays. Nous sommes au début de ce projet et il va falloir s'armer de patience, car les fruits de notre travail ne seront visibles que d'ici quelques années avec ces jeunes étudiants qui deviendront à l'avenir de vrais leaders. De plus, c'est une matière qui plaît beaucoup aux étudiants, car les séances sortent de l'ordinaire et leur sont aussi bénéfiques dans leur vie personnelle. J'espère dans un avenir proche que toutes les universités proposeront les soft skills dans leur programme, car c'est tout aussi important que les hard skills.

 

F.N.H. :Vous avez créé votre entreprise et offrez votre savoir-faire aux cabinets de consulting. Comment cette expérience  se déroule-t-elle ?

K. B. : C’est tout nouveau pour moi. Je me suis lancé dans cette nouvelle aventure il y a à peine quelques mois. C'est très différent de l'enseignement supérieur et j'ai dû m'adapter, innover et développer les séances en fonction du public. Cette nouvelle aventure est pour moi une nouvelle étape dans ma carrière et je prends les choses très au sérieux. Je suis redevable à toutes les entreprises et cabinets qui ont fait appel à mes services. C’est une motivation pour redoubler d’effort, travailler davantage et améliorer aussi les services offerts, car la concurrence est rude. Cette première expérience est très enrichissante pour moi; j'ai découvert un milieu différent de ce que je connaissais. C'est avec motivation que j'attends les prochains défis qui me seront proposés.

 

F.N.H. : Quelles sont les appréhensions des Marocains résidant à l’étranger pour investir au Maroc et s'y installer  ? Vous, par exemple, quels sont les obstacles que vous avez rencontrés ?

K. B. : En général, les appréhensions sont les mêmes pour tout le monde. L'une d'elle est de savoir si l’on va pouvoir s'adapter à la mentalité, car lorsque l'on quitte sa zone de confort, que ce soit pour le Maroc ou un autre pays, il faut faire preuve de caractère, changer ses habitudes, être flexible, s'adapter. Cela, malheureusement, n'est pas donné à tout le monde (d'où l'importance de faire des formations Soft skills). Ensuite, il y a aussi l'éducation des enfants qui revient souvent. En France, par exemple, l'enseignement est gratuit contrairement au Maroc et, forcément, pour les familles nombreuses, il faut prévoir un budget. Pour les investisseurs, leurs craintes résident au niveau de l'entourage, à savoir trouver les bonnes personnes qui vont vous accompagner, vous aider à développer votre projet. En général, nous sommes un peu livrés à nous-mêmes. Ce fut mon cas lors de mon arrivée; j'ai dû développer mon réseau par moi-même.

Heureusement, aujourd'hui, il y a plusieurs groupes sur les réseaux sociaux notamment, qui aident et facilitent l'arrivée et l'investissement des Francomarocains. C'est une très bonne initiative. La problématique que j'ai rencontrée se situe au niveau de la langue. Je pense que beaucoup sont dans mon cas. En effet, je ne maîtrise pas très bien la darija et cela peut être parfois contraignant. C'est un retour à la réalité, car c'est à ce moment-là que l'on se rend compte que nous sommes franco-marocains. Les discussions sont limitées, on a du mal à s'exprimer, donc forcément la communication est difficile. Cette problématique est de notre faute, mais heureusement nous finissons toujours par nous comprendre, ce qui est le plus important.

 

 

 

 

 

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