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Rabat - Paris : le retour de la grande alliance

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 26 Mai 2026 à 18:01
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Rabat - Paris : le retour de la grande alliance

Il fut un temps pas si lointain où Rabat et Paris ne se parlaient plus vraiment. Les visas avaient empoisonné l’atmosphère, le dossier du Sahara crispait les échanges, les susceptibilités diplomatiques s’étaient accumulées et la relation maroco-française semblait condamnée à avancer sous perfusion protocolaire. Puis, en politique internationale, il y a ces moments où le réalisme finit toujours par reprendre ses droits.

L’année 2026 marque précisément ce retour du pragmatisme et consacre une véritable refondation du partenariat maroco-français. Non plus une relation nostalgique fondée sur l’histoire, la langue ou les habitudes diplomatiques, mais une relation désormais bâtie autour des intérêts stratégiques des deux puissances.

Désormais, Rabat et Paris parlent sécurité régionale, industries de défense, cybersécurité, aéronautique, stabilité africaine et souveraineté énergétique. Le vocabulaire a changé. Et ce changement de ton n’est pas le fruit du hasard. La visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc en octobre 2024 a incontestablement servi de point de bascule.

Depuis, plus de quarante rencontres ministérielles ont eu lieu en moins de deux ans, selon Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, qui s’exprimait mercredi dernier lors d’un point de presse à l’issue de ses entretiens avec le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en marge de la 2ème Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, coprésidée par le Maroc et la France.

Ce chiffre montre, tant s’en faut, que les deux pays ont compris qu’ils avaient besoin l’un de l’autre dans un monde secoué par les conflits et les rapports de force. Paris a besoin d’un partenaire stable au Maghreb et en Afrique, au moment où son influence recule au Sahel et où ses positions historiques sur le continent sont contestées. Rabat, lui, consolide son statut de puissance régionale montante, capable de parler à l’Europe, à l’Afrique, aux pays du Golfe et aux Etats-Unis, sans se laisser enfermer dans un seul bloc d’alliances. Le Sahara marocain demeure évidemment le cœur géopolitique de ce rapprochement.

Depuis que la France a clairement soutenu le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, la relation bilatérale a changé de nature. Paris est sortie de ses ambiguïtés et a choisi son camp. Nasser Bourita l’a d’ailleurs rappelé cette semaine : la position française ne s’est pas limitée à une déclaration politique, mais s’est traduite par des «actions et initiatives structurées». Une précision loin d’être anodine. Car Rabat sait parfaitement distinguer les soutiens de circonstance des engagements durables.

En réalité, la question du Sahara dépasse largement le simple cadre territorial pour toucher à la recomposition des équilibres régionaux en Afrique du Nord et au Sahel. La France considère désormais le Maroc comme un partenaire de stabilité dans une région traversée par les tensions sécuritaires, les rivalités d’influence et les poussées anti-occidentales. Et pendant que certains continuent de regarder la relation franco-marocaine à travers le prisme nostalgique du passé colonial, Rabat et Paris, eux, raisonnent désormais en termes d’intérêts stratégiques, de corridors économiques, de souveraineté industrielle et d’influence continentale.

Naturellement, cette proximité franco-marocaine ne plaît pas à tout le monde. Elle irrite particulièrement Alger, déjà engagée dans une relation tumultueuse avec Paris. Chaque avancée diplomatique entre Rabat et la France accentue mécaniquement les crispations algéro-françaises.

Mais au fond, cela traduit surtout une réalité géopolitique devenue difficile à ignorer : le Maroc s’est imposé comme un acteur central des équilibres régionaux. Et c’est précisément ce qui rend aujourd’hui le partenariat avec la France beaucoup plus solide qu’auparavant. D’autant qu’il s’agit d’une alliance construite non pas sur la nostalgie du passé, mais sur les nécessités très concrètes du futur. 

 

F.Z Ouriaghli

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