Finances News HebdoFinances News Hebdo
Politique

Programme gouvernemental : El Mansouri dévoile ses sept priorités pour 2026-2031

Pouvoir d’achat, retraites, emploi des jeunes, lutte contre la corruption et souverainetés stratégiques : devant le Parlement, la cheffe du gouvernement a présenté un programme articulé autour de sept priorités. L’exécutif vise une croissance moyenne de 5% entre 2027 et 2031, avec des engagements chiffrés sur les aides sociales, le logement, la régionalisation et l’investissement.

LRPar La Rédaction
|Publié le 19 Octobre 2026 à 16:30
Partager
Programme gouvernemental 2026-2031 el Mansouri

Passer de la généralisation de la couverture sociale à la qualité des prestations, du volume des investissements à leur rendement et de la multiplication des programmes à leur efficacité. C’est l’orientation défendue par Mansouri dans sa présentation du programme gouvernemental 2026-2031 devant les deux Chambres du Parlement. La cheffe du gouvernement entend préserver les acquis des réformes engagées, tout en corrigeant leurs insuffisances dans l’emploi, les services publics et la réduction des inégalités territoriales.

Inscrit dans les orientations royales et le Nouveau modèle de développement, ce programme repose sur sept priorités : l’État de droit, la lutte contre la corruption, la cohésion sociale, les conditions de vie, l’insertion des jeunes, les souverainetés stratégiques et le développement économique. Mansouri place la jeunesse au croisement de ces engagements, de la participation politique à la formation numérique, en passant par l’agriculture, les marchés liés aux grands projets et les opportunités de la Coupe du monde 2030. Une stratégie nationale intégrée doit organiser cet accompagnement, avec l’ambition de favoriser également le retour des compétences et de limiter le départ des diplômés.

Institutions, régionalisation et lutte contre la corruption

Sur le plan institutionnel, le gouvernement promet de renforcer l’accès à la justice, la sécurité juridique et l’intégration des droits humains dans les politiques publiques. Il s’engage aussi à soutenir la participation citoyenne, à respecter les prérogatives du Parlement et à examiner les propositions constructives de l’opposition.

La régionalisation avancée doit franchir une nouvelle étape, avec une clarification des compétences des régions et une modernisation des mécanismes d’exécution des projets. Les transferts financiers à leur profit seraient portés à au moins 12 milliards de DH dès 2027. La généralisation des contrats programmes entre l’État et les régions doit s’accompagner d’objectifs explicites en matière d’emploi, d’investissement et de réduction des disparités. L’exécutif prévoit parallèlement d’accélérer la déconcentration administrative et de déployer la nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré.

La lutte contre la corruption constitue un autre engagement central. Mansouri annonce la criminalisation de l’enrichissement illicite, la sanction des conflits d’intérêts, le renforcement de la déclaration obligatoire de patrimoine et la pénalisation de la divulgation d’informations permettant d’obtenir des avantages.

Une réforme de la régulation des marchés doit également combattre les monopoles et les pratiques d’intermédiation opportunistes, en coordination avec le Conseil de la concurrence. Dans la commande publique, le programme prévoit des mécanismes de contrôle des marchés et d’enquête sur les ententes dans les appels d’offres. Les titulaires de marchés seraient légalement tenus de consacrer 30% de leur valeur aux PME marocaines.

Famille, droits des femmes et amazigh

Le gouvernement entend poursuivre la mise en œuvre de la réforme du Code de la famille conformément aux orientations royales. Il prévoit une politique intégrée en faveur de l’enfance, de la jeunesse et des personnes âgées, ainsi qu’un renforcement de la protection des femmes, des enfants et des droits des personnes en situation de handicap.

L’autonomisation économique des femmes, leur accès aux responsabilités et la lutte contre les violences figurent parmi les engagements annoncés. Une attention particulière doit être accordée aux femmes rurales et aux catégories vulnérables, notamment dans l’accès à l’éducation, à la santé et à la protection sociale.

Pour concrétiser le caractère officiel de l’amazigh, Mansouri annonce un fonds spécial doté de 2 milliards de DH et une commission ministérielle permanente placée auprès de la cheffe du gouvernement. Celle-ci suivra son intégration dans l’enseignement, l’administration, la justice, les médias et la signalétique publique, avec un rapport annuel sur les progrès réalisés.

Le programme prévoit aussi de protéger les données personnelles, de simplifier les procédures relatives aux autorisations des associations et de rendre effectif le droit d’accès à l’information. La préservation du patrimoine, l’accès territorialement équitable à la culture et une politique intégrée à destination des Marocains du monde complètent ce volet.

Pouvoir d’achat et retraites : des engagements chiffrés

Pour contenir le coût de la vie, l’exécutif entend agir sur les revenus et les circuits d’approvisionnement. Des plans dédiés aux produits stratégiques, des sociétés régionales et des plateformes professionnelles de collecte et de commercialisation doivent rapprocher producteurs et consommateurs. Les filières des viandes et du poisson seraient réorganisées, tandis que l’équilibre entre exportations et approvisionnement national serait encadré par des règles annoncées et stables.

Le programme prévoit une compensation sociale automatique équivalant à la facture mensuelle d’électricité lorsque celle-ci ne dépasse pas 100 DH, pour la résidence principale des ménages éligibles. Le dispositif doit fonctionner sans demande papier ni déplacement administratif. Une réforme progressive de l’impôt sur le revenu est également annoncée pour améliorer le revenu net des salariés et encourager l’emploi déclaré.

L’aide sociale serait portée de 500 à 1.000 DH à la fin du mandat, avec un ciblage fondé sur les revenus effectifs. Le gouvernement promet, en parallèle, une couverture sanitaire effective, la pérennisation de l’assurance maladie obligatoire et l’élargissement du bénéfice de l’indemnité pour perte d’emploi.

Concernant les retraites, Mansouri défend une réforme globale négociée avec les partenaires sociaux et économiques. Celle-ci doit élargir la protection aux personnes sans pension, rapprocher les droits et obligations entre régimes et préserver les droits acquis. Le minimum des pensions principales serait progressivement relevé à 3.000 DH par mois dans les différents régimes. Les veuves bénéficieraient d’une pension équivalant à 100% de la pension principale due au conjoint décédé, avec maintien des droits des orphelins et des autres ayants droit.

Santé, école et logement

Dans la santé, l’objectif affiché consiste à transformer la couverture théorique en accès réel, équitable et continu aux soins. Le gouvernement prévoit de réduire les déficits territoriaux de l’offre sanitaire, de structurer les parcours de soins, d’améliorer l’accueil et les urgences et de généraliser l’assistance médicale urgente. Un système national unifié d’information sanitaire doit accompagner la réforme institutionnelle et le renforcement des ressources humaines.

L’éducation, l’enseignement supérieur, la recherche et la formation professionnelle constituent un autre chantier prioritaire. Le programme vise au moins 80% d’élèves maîtrisant les apprentissages et compétences fondamentaux à l’horizon 2031. Il mise sur l’extension des établissements pionniers, un référentiel national obligatoire, des évaluations régulières et un soutien individualisé, appuyé par le numérique.

L’objectif «zéro abandon scolaire» est fixé à 2030. Il repose sur le repérage précoce des élèves menacés de décrochage et l’orientation de chaque jeune sorti du système vers une solution adaptée : retour à l’école, formation professionnelle ou apprentissage.

En matière de logement, le gouvernement entend poursuivre l’aide à l’acquisition, accroître l’offre et développer un parc national destiné à la location. Des solutions spécifiques sont prévues pour les agents des secteurs confrontés à des difficultés de recrutement. L’exécutif s’engage aussi à achever la résorption de l’habitat indigne.

Dans le monde rural, un programme vise la construction ou la réhabilitation de 100.000 logements durant le mandat. Les familles éligibles recevraient 40.000 DH d’aide directe et une assistance technique gratuite. Une législation dédiée doit simplifier les procédures d’urbanisme et permettre la régularisation des constructions existantes lorsque leur sécurité et le respect des droits des tiers sont établis.

Un programme d’insertion des jeunes dès 2027

À partir de 2027, un programme national assorti d’un accompagnement social territorial doit former chaque année 100.000 jeunes selon les besoins des entreprises et permettre à environ 100.000 jeunes d’accéder à une première expérience professionnelle. La capacité de formation par apprentissage serait portée à une fourchette de 150.000 à 200.000 bénéficiaires annuels.

Le gouvernement prévoit également d’accompagner 60.000 entreprises, à travers l’incubation et un accès facilité au financement, aux garanties et aux marchés publics. Des accords avec des pays demandeurs de certaines compétences doivent ouvrir des possibilités de mobilité légale. Un passeport de mobilité professionnelle soutiendrait les personnes trouvant un emploi hors de leur lieu de résidence, avec une offre locative à prix abordables.

Eau, énergie, alimentation et numérique

Le volet énergétique prévoit d’accélérer les renouvelables, de déployer l’offre Maroc pour l’hydrogène vert et de mettre progressivement en œuvre la feuille de route des infrastructures gazières. Le discours fixe une part supérieure à 52% pour les renouvelables dans le mix énergétique à l’horizon 2030, parallèlement à des mesures d’efficacité énergétique.

Pour l’eau, l’exécutif prévoit de renforcer la construction de barrages, d’accélérer le dessalement afin de mobiliser 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031 et de réaliser les transferts entre bassins lorsque cela est nécessaire, dans le respect des équilibres hydriques. Un plan national de l’eau doit assurer la cohérence des politiques agricoles, énergétiques, environnementales et territoriales.

La souveraineté alimentaire passerait notamment par une hausse de la part des semences nationales de 20% à 50% durant le mandat. Le gouvernement prévoit de sécuriser les stocks, de réexaminer les réserves céréalières et d’encadrer les exportations des filières sensibles. La reconstitution du cheptel serait soutenue par l’accès des petits éleveurs aux races productives, l’appui aux races locales et une vigilance sanitaire renforcée.

Sur le numérique, Mansouri annonce un dispositif national intégré de cybersécurité et de protection des données et des systèmes vitaux. L’extension d’Internet aux zones éloignées, un cadre pour une intelligence artificielle sûre et responsable et le soutien aux startups innovantes figurent également au programme.

L’ambition industrielle comprend le développement des industries bas carbone, des corridors maritimes, logistiques et énergétiques, ainsi que les conditions nécessaires à une base industrielle et technologique de défense. Le gouvernement prévoit aussi de constituer une flotte marchande nationale compétitive et d’accélérer les grands projets portuaires et leurs zones logistiques et industrielles.

Une croissance de 5% pour soutenir les engagements

Pour financer ces priorités, l’exécutif mise sur une économie davantage productive, diversifiée et créatrice d’emplois. Le soutien à la production nationale doit notamment permettre de remplacer certaines importations de produits finis. La modernisation agricole, les infrastructures, les coopératives, l’économie sociale et solidaire et l’économie du sport font partie des leviers retenus. Une feuille de route touristique 2027-2030 vise 26 millions de visiteurs en 2030.

La contribution du privé doit atteindre les deux tiers de l’investissement national, grâce au déploiement de la Charte de l’investissement, à l’accélération des projets contractualisés et à la poursuite de la réforme des Centres régionaux d’investissement. Le programme prévoit de diversifier les financements bancaires et non bancaires, de mobiliser l’épargne nationale, notamment institutionnelle, et de dynamiser les marchés financiers. La restructuration du portefeuille public doit également être accélérée.

La trajectoire annoncée repose sur une croissance moyenne de 5% entre 2027 et 2031, une inflation autour de 2% et un déficit budgétaire contenu dans la limite de 3% du PIB durant la période 2026-2031. L’endettement public serait ramené à environ 62% du PIB en 2031. L’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration de l’efficacité des dépenses et une contribution accrue des entreprises publiques doivent soutenir cet équilibre.

Enfin, sur le plan diplomatique, Mansouri réaffirme la priorité accordée au Sahara, au soutien international à l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine et au développement des provinces du Sud. Elle rappelle également la position du Royaume en faveur d’une solution à deux États pour la question palestinienne. En sollicitant la confiance de la Chambre des représentants, la cheffe du gouvernement s’engage à maintenir le dialogue avec l’opposition, les partenaires sociaux et économiques, la société civile et les médias, sous le contrôle et l’évaluation du Parlement.

Articles similaires