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Economie

Prix alimentaires : «Les intermédiaires vont perdurer tant que l’informel existe»

A l’approche du Ramadan, mois de forte tension sur la consommation, le président de la Fédération des associations de protection des consommateurs, Bouazza Kherrati, dresse un état des lieux du marché, analyse l’impact des mesures gouvernementales et plaide pour un changement de comportement des acheteurs afin de contenir la hausse des prix. Propos recueillis par C. Jaidani

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 30 Janvier 2026 à 18:00
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Prix alimentaires : «Les intermédiaires vont perdurer tant que l’informel existe»

Finances News Hebdo: Le mois de Ramadan est connu comme étant un mois à forte consommation. A l’approche de ce mois sacré, comment jugez-vous la situation du marché ?

Bouazza Kherrati : A l’exception des sardines qui ont atteint des prix dépassant les 40 DH/kg, le marché est bien approvisionné en produits de toutes sortes, particulièrement ceux à forte demande. Les prix sont stables, mais on note une légère hausse de ceux des légumes due aux intempéries qui perturbent l’accès aux exploitations et aux récoltes. Cette situation a eu pour effet d’augmenter les salaires de la maind’œuvre, et le prix de revient se répercute sur celui à la consommation. Il ne faut pas oublier par ailleurs l’effet des intermédiaires dits «Chennaka» qui plombent les prix. Même les consommateurs ont une part de responsabilité. La forte demande qu’ils exercent sur certains produits a pour conséquence d’augmenter les prix.

 

F.N.H. : Et qu’en est-il des prix de la viande  ? Les mesures de soutien décidées par le gouvernement ont-elles donné les effets escomptés ?

B. Kh. : Les mesures mises en place par le gouvernement n’ont pas baissé les prix des viandes rouges, mais elles les ont toutefois stabilisés. Il faut compter deux ou trois ans pour que les mesures précitées puissent donner leurs fruits pour le marché domestique. Car ces dispositions visent à soutenir le secteur de l’élevage qui, au final, profiteront au consommateur final. Les actions prises sont intimement liées au cycle de production.

 

F.N.H. : Avez-vous des recommandations pour faire face au phénomène des intermédiaires ?

B. Kh. : Les intermédiaires vont perdurer tant que l’informel existe. Il faut beaucoup d’effort pour mettre à niveau et structurer le circuit non organisé. La lutte contre ce phénomène est également d’ordre culturel et social. Il faut travailler pour changer les mentalités et inciter les consommateurs à s’approvisionner au niveau des circuits organisés où la salubrité et la sécurité alimentaire sont garanties. Les points de vente agréés assurent également la protection économique : les produits et les prix sont systématiquement contrôlés. Le consommateur est la clef pour la baisse des prix. La loi 81/07 donne au consommateur la liberté du choix, et si son comportement est responsable, il peut contribuer facilement à maîtriser la flambée des prix.

 

F.N.H. : L’export des produits agricoles, notamment les fruits et légumes, a-t-il des effets négatifs sur le marché domestique ?

B. Kh. : L’export ne concerne pas les produits de première nécessité. Il touche essentiellement les fruits rouges. La tomate est très prisée pendant le mois de Ramadan. Elle obéit à une logique de péréquation. Les exploitations travaillent aussi bien pour le marché local que l’export. L’export permet de tirer le marché vers le haut. C’est un élément incitatif pour approvisionner le marché local. Pour les tomates, les consommateurs peuvent acheter le concentré de tomates en conserve afin de ne pas augmenter la demande sur le produit naturel et éviter ainsi la flambée des prix. Généralement, l’offre de tomates a toujours été suffisante pour couvrir la demande. Les autorités doivent renforcer les mesures de contrôle pour lutter contre les hausses exorbitantes.

 

F.N.H. : Par rapport à la loi de protection des consommateurs, avez-vous des propositions de réforme ?

B. Kh. : Nous avons été sollicités par le ministère de l’Industrie et du Commerce pour formuler nos remarques à ce sujet. Nous avons livré notre copie; certaines de nos propositions ont été retenues, d’autres non. Le texte a eu un parcours législatif atypique, puisque la première mouture a été rédigée en 2000 et n'a été promulguée qu’en 2011. Heureusement que le discours de SM le Roi du 20 août 2008 lui a donné un coup d’accélérateur pour qu’il voie le jour. Il faut reconnaitre que le contenu de ce texte n’était pas parfait. Même avec les amendements, il était dépassé et en inadéquation avec son temps. Le commerce en ligne évolue rapidement et le cadre juridique existant doit l’accompagner et s’adapter constamment aux différents changements. Notre fédération, en partenariat avec le département de tutelle, dirigé à cette époque par Ahmed Reda Chami, a proposé en 2013 le code numérique marocain. Ce dispositif sera d’une grande utilité pour le secteur. 

 

 

 

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