Oriental : «Le principal potentiel reste encore insuffisamment valorisé»
À l’heure où le Maroc accélère le déploiement de sa stratégie touristique à l’horizon 2030, la région de l’Oriental cherche à consolider son attractivité en misant sur de nouveaux leviers de développement, aux côtés du tourisme balnéaire. Saisonnalité, diversification de l’offre, valorisation de l’arrière-pays et nouvelles dynamiques autour de Nador et Marchica..., Youssef Zaki, président du CRT de l’Oriental, nous livre une analyse du secteur.

Finances News Hebdo : Quel état des lieux faites-vous aujourd’hui du tourisme dans la région de l’Oriental et comment celle-ci entend-elle s’inscrire concrètement dans la dynamique nationale ?
Youssef Zaki : La région de l’Oriental connaît aujourd’hui une évolution encourageante de son activité touristique grâce à ses nombreux atouts naturels et à des projets structurants. Néanmoins, la saisonnalité demeure un défi majeur qui freine encore son plein développement.
Pour accompagner les ambitions de la feuille de route touristique 2023-2026, nous œuvrons à diversifier notre offre en développant, aux côtés du tourisme balnéaire, des produits liés à la nature, à la culture, aux événements et aux expériences authentiques. Notre objectif est de faire de l’Oriental une destination attractive toute l’année et un acteur pleinement engagé dans la réussite de la vision touristique du Maroc à l’horizon 2030.
F. N. H. : Quelles sont aujourd’hui les principales forces, mais aussi les limites du modèle touristique actuel de l’Oriental ?
Y. Z. : La région de l’Oriental dispose d’atouts touristiques importants qui constituent aujourd’hui ses principales forces. Elle bénéficie d’un littoral de plus de 200 kilomètres de côtes, mais également d’une grande diversité de paysages et de ressources, avec le désert de Figuig, des forêts, des plateaux ainsi qu’un patrimoine historique et culturel riche.
Toutefois, malgré ce potentiel, ces atouts demeurent encore insuffisamment valorisés. Aujourd’hui, l’activité touristique de la région repose essentiellement sur un seul produit : le tourisme balnéaire. Cette forte concentration sur le littoral et sur la période estivale constitue la principale limite du modèle actuel. L’enjeu consiste désormais à mieux valoriser les autres richesses de la région afin de diversifier l’offre touristique et d’assurer une activité plus équilibrée tout au long de l’année.
F. N. H. : La station balnéaire de Saïdia demeure l’un des moteurs touristiques de la région. Toutefois, la question de la saisonnalité continue de peser sur la rentabilité et la pérennité de l’activité. Comment repenser aujourd’hui le modèle de la Perle bleue afin d’élargir la saison touristique et renforcer son attractivité en dehors de la saison estivale ?
Y. Z. : Bien entendu, la station balnéaire de Saïdia demeure la locomotive touristique et le principal moteur économique de la destination. Cependant, la saisonnalité continue de peser lourdement sur l’ensemble des acteurs du secteur, sachant qu’elle reste un phénomène naturel lié avant tout aux choix du modèle touristique adopté. Par conséquent, aucune destination ne peut éliminer totalement la saisonnalité.
Aujourd’hui, nous avons une vision réaliste de cette problématique. Notre responsabilité est surtout d’en réduire l’impact, en travaillant à l’élargissement de la période d’activité touristique afin de permettre aux professionnels de travailler sur une durée de quatre mois au lieu de se limiter à seulement six semaines.
F. N. H. : Plusieurs initiatives semblent amorcer une nouvelle dynamique dans l’Oriental, notamment autour de la lagune de Marchica, du tourisme sportif, des sports nautiques innovants ou encore des événements internationaux. Dans quelle mesure ces nouveaux projets peuvent-ils contribuer à transformer durablement l’image et l’offre touristique de la région ?
Y. Z. : Les événements, quelle que soit leur nature, constituent une réelle valeur ajoutée et contribuent à l’animation ainsi qu’au rayonnement de la destination touristique. Cependant, leur impact reste souvent ponctuel : une fois l’événement terminé, la situation revient généralement à son état initial. C’est pourquoi les manifestations, à elles seules, ne garantissent pas la durabilité recherchée.
La véritable durabilité passe avant tout par la diversification de l’offre touristique, le développement de projets capables de modifier le modèle de saisonnalité, ainsi que par la valorisation des territoires de l’arrière-pays à travers la création d’activités économiques et touristiques, tout en les connectant aux stations balnéaires afin d’en faire une composante intégrée de l’expérience touristique de la région.
F. N. H. : L’ONMT et le CRT de l’Oriental multiplient les actions de promotion auprès des marchés européens et des MRE, avec des partenariats stratégiques et des opérations ciblées à Saïdia et Nador. Comment convertir davantage ces flux, notamment ceux des MRE, en véritables leviers de consommation touristique et de nuitées pour la région ?
Y. Z. : Aujourd’hui, nous entretenons une excellente relation avec l’ONMT, qui constitue un partenaire essentiel pour notre région. La stratégie de travail de l’Office a connu une évolution très positive, à travers une approche plus participative consistant à se rendre dans les régions afin d’identifier leurs besoins avant l’élaboration de tout plan d’action ou programme de promotion.
La récente visite du Directeur général, accompagné d’une équipe de directeurs, en est la parfaite illustration. Cette visite a permis de prendre connaissance des attentes et des besoins de la région de l’Oriental, tout en tenant des rencontres avec les responsables territoriaux, notamment le wali de la région et le gouverneur de la province de Berkane.
Au cours de la prochaine phase, nous travaillerons au renforcement de la connectivité aérienne, à la valorisation des atouts existants et à l’accompagnement des établissements hôteliers afin d’augmenter le nombre de nuitées ainsi que le volume des arrivées touristiques, tout en accordant une attention particulière aux Marocains du monde, qui constituent l’un des piliers essentiels des flux touristiques de la région.
F. N. H. : La diversification de l’offre semble devenir une nécessité. Quelles sont les niches sur lesquelles l’Oriental peut réellement construire sa différence dans les prochaines années ?
Y. Z. : La diversification de l’offre touristique est devenue aujourd’hui une nécessité incontournable. La situation actuelle, marquée par une forte saisonnalité, n’encourage pas les investisseurs à s’implanter dans la région, car tout investissement touristique a besoin de visibilité et d’une activité étalée sur une période plus longue.
Pour notre part, au sein du Conseil régional du tourisme de l’Oriental, notre mission principale reste la promotion touristique. Nous n’intervenons ni dans la construction, ni dans la planification des stratégies d’aménagement ou de développement des projets. Néanmoins, cela ne nous empêche pas d’émettre des propositions et de formuler des recommandations dans le cadre d’une approche participative.
Nous avons toujours plaidé pour la valorisation des montagnes des Béni Snassen, riches par leur patrimoine naturel et environnemental, notamment la grotte du Chameau, qui mérite d’être davantage mise en valeur, ainsi que la grotte des pigeons, haut lieu de l’histoire de l’homme préhistorique.
Nous proposons également le développement de circuits de randonnée, la promotion de la chasse touristique, ainsi que la création d’autres activités capables de générer une nouvelle dynamique dans la région. Sans oublier les stations thermales, qui méritent elles aussi une véritable mise à niveau afin de devenir un produit touristique attractif tout au long de l’année.
F. N. H. : Avec l’essor du projet Nador West Med et les nouvelles dynamiques économiques qu’il devrait générer, comment la région peut-elle transformer cette infrastructure stratégique en véritable levier d’attractivité touristique pour Nador et l’ensemble de l’Oriental ?
Y. Z. : Nador dispose d’une offre touristique différente de celle de Saïdia, malgré leur convergence autour du produit balnéaire. Toutefois, Nador, en lien avec l’agence Marchica Med, se démarque par des compétences multiples couvrant l’environnement, l’urbanisme ainsi que le tourisme, ce qui fait des deux territoires des destinations complémentaires et constitue l’un des atouts majeurs de la région.
Par ailleurs, Nador ne souffre pas du même niveau de saisonnalité, dans la mesure où le projet Marchica est intégré au tissu urbain de la ville, caractérisée par une forte densité de population et une dynamique économique soutenue, ce qui en fait l’une des principales villes du Royaume.
À cela s’ajoute le projet du port de Nador West Med, dont la mise en service est attendue avant la fin de l’année, et qui devrait constituer un levier majeur de développement pour la région et pour le Royaume dans son ensemble.
Cette dynamique s’inscrit dans la continuité de la vision de développement initiée par le discours royal prononcé à Oujda le 18 mars 2003, lequel a tracé une feuille de route claire pour le développement de la région de l’Oriental. Aujourd’hui, nous récoltons les fruits de cette orientation stratégique, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste.
F. N. H. : Quelle place la diplomatie culturelle, le Grand Théâtre d’Oujda et les événements artistiques peuvent-ils occuper dans la stratégie touristique de l’Oriental pour attirer davantage de visiteurs ?
Y. Z. : Force est de constater que la ville d’Oujda n’a pas encore bénéficié de la valorisation et du développement qu’elle mérite pleinement, malgré son riche patrimoine historique. C’est une ville millénaire, porte d’entrée vers le Maghreb, qui dispose aujourd’hui de tous les atouts pour jouer un rôle régional majeur, voire celui d’une future capitale du Grand Maghreb.
Elle a également été reconnue parmi les villes mondiales du vivre-ensemble et de la tolérance, ce qui témoigne de sa dimension humaine et de son rayonnement culturel. L’ensemble de ces atouts devrait être mieux exploité afin de donner une véritable impulsion à cette ville, qui mérite davantage d’attention, de mise en valeur et de développement.





