Nadia Fettah Alaoui : la gardienne des équilibres macroéconomiques

Etre la première femme à occuper le portefeuille de l’Economie et des Finances au Maroc ne relève pas seulement du symbole. C’est une énorme responsabilité, particulièrement lorsqu’elle s’exerce dans un contexte international marqué par les tensions inflationnistes et les incertitudes géopolitiques. Nadia Fettah Alaoui a pourtant endossé cette charge avec rigueur et professionnalisme. Née à Rabat, formée au lycée Dar Essalam, puis diplômée de HEC Paris en 1994, elle appartient à cette génération de responsables publics dont la légitimité s’est d’abord construite dans l’exigence du secteur privé. Sa trajectoire ne procède pas d’une ascension politique classique. Elle est le produit d’un parcours structuré, façonné par la finance et la gouvernance. Après une première expérience chez Arthur Andersen en 1997, elle fonde en 2000 à Casablanca une société de capital-investissement, Maroc Invest Finances Group. En 2005, elle rejoint la CNIA Assurance, intégrée au Groupe Saham, à l’initiative de Moulay Hafid Elalamy. Au sein de ce groupe où elle assure la direction du pôle Support et Finances, elle gravit les échelons, pilote E des opérations de fusions
acquisitions en Afrique et au Moyen-Orient (2010), avant de devenir en 2013 Directrice générale déléguée des Finances et M&A (Mergers and Acquisitions), DG déléguée des Finances & Opérations de Saham Finances en 2014, puis présidente du Conseil d’administration de Saham Assurance Maroc. Elle quitte ces fonctions à la veille de son entrée au gouvernement. Cette culture de la rigueur financière et de la gouvernance d’entreprise façonne aujourd’hui encore sa pratique ministérielle. Elle privilégie l’architecture des équilibres, la progressivité des réformes et la cohérence macroéconomique. Rien d’ostentatoire ni de spectaculaire. Juste une discipline constante. De 2019 à aujourd’hui Son entrée au gouvernement en 2019 en tant que ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Economie sociale, sous le gouvernement El Otmani II, intervient à un moment charnière. Celle qui a rejoint le gouvernement concomitamment à son adhésion au Rassemblement national des indépendants (RNI), fera face à la pandémie de Covid19 qui frappe de plein fouet ces secteurs stratégiques. Fettah y apprend alors la gestion de crise à grande échelle. En octobre 2021, elle est nommée ministre de l’Economie et des Finances dans le gouvernement d’Aziz Akhannouch, succédant à Mohamed Benchaâboun. Le défi change d’échelle. Lorsqu’elle prend les rênes du ministère, l’environnement est particulièrement exigeant. L’inflation importée atteint des niveaux historiquement élevés, culminant entre 9 et 10% en février 2023, au pic de la crise provoquée par la guerre en Ukraine et la flambée des matières premières. Le pouvoir d’achat des ménages est sous pression. Les dépenses sociales augmentent avec la généralisation de la protection sociale, tandis que l’investissement public doit soutenir la relance. Dans cet exercice d’équilibriste, il fallait amortir le choc inflationniste sans compromettre la trajectoire budgétaire. Pari réussi ! Les chiffres actuels en attestent. L’inflation est contenue autour de 1%, le déficit budgétaire maîtrisé à 3,5% en 2025, tandis que la croissance s’est établie autour de 5%, illustrant une économie en phase de consolidation. «L’économie marocaine a franchi une nouvelle étape : au-delà de la résilience, elle affiche désormais un profil clairement dynamique, avec une croissance appelée à dépasser durablement le seuil de 4%», nous expliquait-elle lors de l’entretien accordé à Finances News Hebdo. Dans un univers historiquement dominé par des profils masculins, Nadia Fettah Alaoui n’a pas cherché à imposer une rupture de ton. Elle a exercé son mandat sans crispation inutile, privilégiant le dialogue institutionnel et la coordination, notamment avec Bank Al-Maghrib. Cette articulation entre politique budgétaire et politique monétaire a contribué à stabiliser l’environnement économique et à préserver la crédibilité internationale du Royaume. Son action s’est également traduite par la modernisation des instruments de financement et l’approfondissement du marché des capitaux. «Lorsque les projets sont solides, pérennes et porteurs de valeur, les financements suivent. Notre enjeu est d’élargir et de moderniser les instruments pour canaliser l’épargne vers l’investissement», précisait-elle à la rédaction de Finances News Hebdo. Au-delà des indicateurs macroéconomiques, son passage au ministère laisse l’empreinte d’une gouvernance maîtrisée. Dans un contexte mondial instable, marqué par les tensions et recompositions géopolitiques, Nadia Fettah Alaoui a su privilégier cohérence, discipline et vision à long terme pour préserver les équilibres fondamentaux tout en accompagnant les grandes réformes structurelles : généralisation de la protection sociale, soutien à l’investissement et consolidation des finances publiques. Son parcours démontre, tant s’en faut, que la compétence n’a pas de genre. Bravo, Madame la ministre !
F.Z Ouriaghli





