Mobilité verte : le Maroc peine encore à changer de vitesse
Malgré une offre de plus en plus diversifiée en marques et en modèles, le taux de pénétration de la voiture propre reste timide. Le développement de ce segment passe par des incitations fiscales plus ambitieuses et par un maillage conséquent en bornes de recharge électrique. Par C. Jaidani

La mobilité verte s’impose progressivement comme une réalité dans de nombreux pays. Le Maroc n’échappe pas à cette dynamique, mais reste à la traîne par rapport à plusieurs pays. Pourtant, les pouvoirs publics ont engagé plusieurs actions en faveur des transports durables, qu’il s’agisse des transports collectifs ou des véhicules destinés aux particuliers.
Parmi les mesures mises en place, figurent des exonérations fiscales ciblant les véhicules propres, qu’ils soient hybrides ou électriques. Ces dispositions ont contribué à une évolution notable de la structure du parc automobile.
La part des véhicules équipés de motorisations alternatives (hybrides ou électriques) est passée de 11% en 2021 à 31% en 2022. Cette progression reste toutefois insuffisante, même si l’offre automobile s’est fortement étoffée. La diversification touche aussi bien les marques que les modèles proposés. Cette tendance s’est accélérée avec l’arrivée en force des constructeurs chinois. Désormais, presque tous les distributeurs automobiles opérant au Maroc intègrent au moins une marque chinoise dans leur gamme.
Les fabricants chinois ont réalisé des avancées remarquables dans l’industrie automobile, particulièrement dans la catégorie des véhicules propres. Ils proposent des véhicules dotés de technologies embarquées de dernière génération qui n’ont rien à envier aux marques européennes ou américaines. Tout cela conjugué à des prix compétitifs.
«Dans tous les pays où la voiture verte a connu une large pénétration, il y a eu avant tout une volonté politique affichée. Des subventions à l’achat ont été mises en place, accompagnées de dispositifs de soutien technique et financier aux constructeurs pour encourager la recherche et le développement», explique Youssef Idrissi, professeur universitaire spécialisé en économie industrielle.
Il précise qu’«au Maroc, les mesures fiscales se limitent essentiellement à l’exonération des droits de douane et à la réduction de la taxe annuelle sur les véhicules, plafonnée à 350 dirhams pour cette catégorie. Ces dispositions sont insuffisantes pour donner une véritable impulsion aux ventes. Car le marché marocain est très sensible au prix. Or, le coût d’acquisition de ces véhicules demeure nettement supérieur à celui des voitures thermiques. En l’absence de subvention à l’achat, d’autres mécanismes fiscaux peuvent être envisagés, comme l’exonération de la TVA. Cela permettra de réduire le prix d’achat de 20%.
Certes, c’est un manque à gagner pour les recettes de l’Etat, mais c’est un arbitrage judicieux qu’il faut opérer». Au-delà de la question du prix, l’insuffisance des infrastructures de recharge constitue un autre frein majeur. Le Maroc ne compte actuellement qu’environ 200 bornes de recharge, un nombre largement insuffisant pour couvrir tous les axes routiers et autoroutiers.
A titre de comparaison, la France dispose de plus de 100.000 bornes, avec un réseau en constante expansion. «Le déploiement d’un réseau de recharge à la hauteur des besoins passe nécessairement par un cadre réglementaire contraignant, imposant un minimum d’équipements aux stations-service et aux collectivités locales», conclut Youssef Idrissi.





