Marché financier : Crédits bancaires et placements, quelle corrélation ?
En l’espace de treize ans, la masse des crédits créés au Maroc n’a pas cessé d’augmenter. Elle est passée de 200 Mds de dirhams en 2000 à plus de 700 Mds de dirhams à fin 2012. En parallèle, les placements financiers ont tout simplement explosés sur la période. La corrélation est-elle pour autant parfaite ?
Il existe une règle bien simple en économie monétaire qui stipule que les crédits font les dépôts. Car, rappelons-le, en comptabilité bancaire chaque crédit distribué donne lieu à l’enregistrement d’un dépôt équivalent. C’est le principe même de la création monétaire qui est l’exclusivité de l’industrie bancaire. Dans une certaine mesure, cette règle peut être élargie pour dire que les crédits génèrent les placements financiers. Les faits sont là pour le prouver. Depuis l’an 2000, les créances bancaires à l’économie ont augmenté de 250%, avec une croissance à deux chiffres entre 2005 et 2008 et un pic de croissance de 30,4% en 2007. En termes relatifs, ces crédits représentaient 51% du PIB en 2000 et 85,5% en 2011. Sachant qu’ils ont augmenté de 7% en moyenne en 2012 et que la croissance a été inférieure à 4%, on peut dire qu’ils représentent aujourd’hui un peu moins de 88% du PIB. Force est de constater que ces crédits n’ont pas directement alimenté l’économie réelle, mais plus la sphère financière.
Destination : sphère réelle
Toutefois, lorsqu’on s’intéresse aux détails du circuit emprunté par cet argent, on peut conclure que ce mécanisme profite malgré tout à la sphère réelle, mais de manière indirecte. En effet, lorsqu’on parle de placements financiers, il faut faire la part des choses entre ce qui est productif et ce qui peut être en partie spéculatif. Dans le cas du Maroc, ce sont les classes d’actifs «créances et titres négociables» et la classe «obligations» qui ont profité le plus de cette manne d’argent: les bons du Trésor ont été multipliés par trois lors de la dernière décennie, les certificats de dépôts sont passés de 5 à 44 Mds de dirhams, les billets de trésorerie étaient quasiment inexistants en 2000 et représentent aujourd’hui un encours de plus de 5 Mds de dirhams. Pour leur part, les obligations émises ont pu drainer quasiment quinze fois plus de fonds sur cette même période. Par ailleurs, la manne d’argent créée n’a pas profité au marché des actions qui, lui, a vu sa capitalisation fondre sur la période.
Pour revenir au parallèle entre l’évolution du crédit et celle des placements financiers, il faut signaler que les pics sur les placements, toutes catégories confondues, ont été atteints entre 2008 (pour les placements liquides) et 2009 (pour le marché obligataire), année ou l’industrie des OPCVM a connu un très bon cru. Même les placements en actions s’étaient bien comportés en 2009.
Quand l'immobilier s'y met
Le décalage entre le pic du crédit bancaire atteint en 2007 et celui des placements atteint entre 2008 et 2009 peut être expliqué, ne serait-ce qu’en partie, par la flambée du marché de l’immobilier qui a permis aux vendeurs de réaliser des plus-values importantes dont une large proportion a été replacée sur des produits financiers, une année plus tard. Pour leur part, les acheteurs d’immobilier ont stimulé l’activité de crédit de manière importante entre 2006 et 2007, ce qui a permis à l’industrie bancaire d’augmenter la taille des actifs financiers dans son bilan. A cela s’ajoute le volet règlementaire qui a implicitement boosté les placements en bons du Trésor. Quoi qu’il en soit, au Maroc aussi, la corrélation est quasi parfaite entre le crédit et l’activité de placements.
A. H.





