Industrie en Afrique : comment intégrer les chaines de valeur mondiales ?
Le continent ne pèse que 1,6% de la valeur ajoutée manufacturière globale.
La CGEM et le cabinet PWC se sont penchés sur les actions susceptibles d’accélérer l’industrialisation du continent.
Par M. Diao
Les motifs qui dictent l’impératif de hâter le processus du développement industriel de l’Afrique, qui verra sa population doubler à l’horizon 2050, sont multiples. Le continent ne contribue qu’à hauteur de 1,6% à la valeur ajoutée manufacturière mondiale. La plupart des pays africains affichent un taux de dépendance aux exportations des matières premières situé à 70%. Ce chiffre culmine à 80% pour un Etat comme le Burkina Faso.
A titre d’exemple, l’Asie, qui affichait il y a quelques décennies le même taux de dépendance aux exportations des matières premières, a réussi à inverser la tendance. Ce continent enregistre désormais un taux de 20%. A cela, il faudrait ajouter que l’économie continentale est astreinte à créer chaque mois près de 1,5 million d’emplois. Une condition sine qua none pour résorber le chômage de masse à l’échelle africaine.
Tous ces éléments confèrent un intérêt particulier à l’étude présentée récemment à la CGEM portant sur l’industrialisation en Afrique. Le travail effectué par l’entité de conseil en stratégie du cabinet PwC a le mérite d’établir un diagnostic sans concession sur l’urgence de doter le continent d’une industrie forte, création de richesse et génératrice d’emplois pour les jeunes africains. La force de l’étude réside également dans sa propension à faire une série de recommandations allant dans le sens de l’identification des principaux leviers sur lesquels il faudra s’appuyer pour industrialiser le continent.
«Aujourd’hui, même si la dynamique est réelle, l’industrialisation de l’Afrique a été retardée en partie par le manque d’électricité et l’absence d’infrastructures», rappelle Salaheddine Mezouar, président de la CGEM.
Les leviers à activer
Les auteurs de l’étude, qui ont sillonné plusieurs pays du continent, insistent sur quatre principaux leviers permettant de bâtir une réelle industrie, avec à la clef la réduction de la volatilité des économies africaines trop dépendantes des matières premières. Il s’agit pour les Etats de capitaliser sur les ressources naturelles en les transformant.
Les exemples du Botswana et de l’Ethiopie sont édifiants. L’Etat botswanais s’est allié à une entreprise afin de transformer localement le diamant. Ce qui a contribué à la résorption du chômage dans ce pays. L’Ethiopie a également su capitaliser sur l’abondance de son cheptel afin de développer l’industrie du cuir, avec la fabrication de chaussures. Des partenariats ont été scellés avec des entreprises chinoises. Les auteurs de l’étude prônent aussi l’engagement des Etats pour le choix des partenaires (coproduction) et l’amélioration du climat des affaires, sans laquelle il est impossible de bâtir une économie prospère.
Par ailleurs, il est utile de rappeler que les politiques industrielles des Etats africains pèchent par manque de pragmatisme. D’où la nécessité de miser sur une approche régionale voire globale permettant de générer des complémentarités industrielles.
Tirer profit de la technologie
Il ressort du travail présenté dans les locaux du patronat marocain que le développement industriel du continent doit passer par la technologie, génératrice de compétitivité. L’industrie 4.0, notamment la maintenance prédictive, permet des gains de compétitivité considérables à même de faciliter l’intégration aux chaînes de valeur mondiale. Des pays comme l’Afrique du Sud (usage de la réalité augmentée dans les mines) et le Rwanda (livraison de médicaments par drones) ont fait le pari de la technologie avec des résultats probants. ◆
La réalité du terrain
La rencontre était aussi l’occasion pour les industriels marocains ayant une expérience en Afrique de livrer leur point de vue sur les obstacles à l’industrialisation au niveau continental. Les lourdeurs administratives, le coût prohibitif des facteurs de production et l’absence de RH dans certains domaines pointus, sont autant de freins à l’investissement industriel. Par exemple, le coût de l’investissement pour la réalisation d’une unité de fabrication de médicaments en Côte d’Ivoire est supérieur à celui du Maroc pour les raisons évoquées ci-dessus.





