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Hsabati : «Nous voulons construire une véritable plateforme de pilotage de l’entreprise»

Transformer les données en un véritable outil d’aide à la décision et faciliter l’accès au financement des TPE et PME, telle est l’ambition de Hsabati. Avec le lancement prochain d’Axos, un copilote financier basé sur l’intelligence artificielle, la startup entend démocratiser l’accès à l’expertise financière. Entretien avec le fondateur et CEO, Saad Kemmou. Propos recueillis par Ibtissam Z.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 18 Juillet 2026 à 18:00
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Hsabati : «Nous voulons construire une véritable plateforme de pilotage de l’entreprise»

Finances News Hebdo : Hsabati accompagne aujourd’hui les TPE et PME à travers une plateforme qui combine gestion et financement. Comment est née cette idée et quels besoins des entreprises marocaines permet-elle de couvrir aujourd’hui ?

Saad Kemmou : Hsabati est née d'un constat simple. En effet, les dirigeants de TPE et de PME passent beaucoup de temps à gérer leur activité en mode pompier, c'est-à-dire à gérer les urgences du quotidien, mais disposent rarement des outils ou de l'accompagnement nécessaires pour piloter leur entreprise et prendre des décisions éclairées à long terme. En échangeant avec des centaines d'entrepreneurs, nous avons constaté que leurs difficultés ne venaient pas uniquement de la gestion administrative. Elles concernaient aussi la visibilité sur leur trésorerie, le suivi de leur rentabilité, l'accès au financement et, plus généralement, la capacité à disposer d'une information fiable pour prendre les bonnes décisions.  Nous avons donc voulu créer une plateforme qui ne se limite pas à digitaliser les processus. Hsabati centralise les opérations de l'entreprise afin de constituer une vision de qualité en temps réel. Cette donnée devient ensuite un véritable actif. Elle permet aux dirigeants de mieux comprendre leur activité, d'anticiper leurs besoins et, avec un clic, de faciliter leurs échanges avec les établissements financiers lorsqu'ils recherchent un financement.

 

F.N.H. : Comment Hsabati se démarque-t-elle dans un marché où les solutions de gestion se multiplient, notamment grâce à l’intégration du financement ?  

S. K. : Le marché des logiciels de gestion s'est effectivement beaucoup développé ces dernières années, ce qui est une excellente nouvelle pour les entreprises marocaines. Mais nous ne sommes pas uniquement une plateforme de gestion, nous pensons que la prochaine étape n'est plus seulement de digitaliser les processus, c'est de transformer les données de gestion en un véritable levier de croissance. Hsabati a fait un choix stratégique, celui d’aller au-delà de la simple gestion commerciale ou de la facturation. Notre plateforme permet aux dirigeants de gérer leur activité au quotidien, à savoir les ventes, achats, stocks, trésorerie, importation, production, CRM, tout en exploitant ces données pour faciliter l'accès au financement et construire l’avenir. Concrètement, une PME qui utilise Hsabati construit progressivement un historique financier fiable. Avec la demande de l'entreprise, ces informations peuvent être utilisées pour accélérer l'analyse de son dossier par nos partenaires financiers. Nous allons également plus loin grâce à l'intelligence artificielle. Nous développons un véritable DAF virtuel capable d'aider les dirigeants à comprendre leurs performances, anticiper leur trésorerie, identifier les risques et détecter des opportunités d'amélioration avant qu'elles ne deviennent des problèmes. Notre ambition n'est donc pas seulement d'aider les entreprises à gérer leur activité, mais de leur donner les outils pour prendre de meilleures décisions et accéder plus facilement aux ressources nécessaires à leur développement. C'est cette combinaison entre gestion, intelligence financière et financement qui constitue aujourd'hui notre principale différence.

 

F.N.H. : Quelle place occupe le financement dans votre développement et dans votre modèle économique ?  

S. K. : Au cœur de notre vision, le financement est un enjeu majeur pour 90% des PME à travers le monde. Beaucoup d’entreprises ont une activité saine, des clients, du chiffre d’affaires, mais peinent à accéder rapidement à des financements adaptés, souvent faute de données structurées ou d’un historique exploitable, et donc sont asphyxiées financièrement et ne peuvent grandir. C’est là que Hsabati apporte une vraie valeur ajoutée. En digitalisant leur gestion, les entreprises construisent progressivement une donnée fiable sur leurs ventes, leurs achats, leur trésorerie et leurs stocks. En quelques clics, cette donnée peut ensuite faciliter l’analyse de leur situation financière et accélérer leur accès à des solutions de financement auprès de partenaires financiers. Dans notre modèle économique, cela ouvre une voie complémentaire de monétisation, ce qui nous permet de vendre nos outils cœur à des prix extrêmement bas en relation de leur qualité et la valeur ajoutée en service que nous offrons. Nous ne vendons pas seulement une plateforme de gestion, nous construisons une infrastructure qui peut aider les PME à croître et leur offrir une digitalisation qui devienne un levier concret d’accès au financement et de croissance.

 

F.N.H. : Vous vous apprêtez à lancer un nouveau produit. Quelles sont les principales innovations qu’il apporte et à quels besoins répond-il ?

S. K. : Nous lançons prochainement Axos, un directeur administratif et financier (DAF) augmenté par l'intelligence artificielle, conçu pour rendre l'expertise financière accessible à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Aujourd'hui, de nombreuses PME disposent d'un logiciel de gestion, mais peu ont accès à un véritable accompagnement financier au quotidien. Pourtant, les dirigeants se posent constamment les mêmes questions : Ai-je suffisamment de trésorerie pour les prochains mois ? Quels sont mes clients les plus rentables ? Pourquoi mes marges diminuent-elles ? Quels investissements puis-je me permettre? Quels risques dois-je anticiper ? Axos répond précisément à ces questions. En s'appuyant sur les données de l'entreprise, il analyse automatiquement les performances, surveille les indicateurs clés, détecte les anomalies, anticipe les tensions de trésorerie, formule des recommandations et accompagne le dirigeant dans ses décisions. L'objectif n'est pas de remplacer le DAF ou l'expert-comptable, mais de donner à chaque entreprise un copilote financier disponible en permanence. Nous voulons également aller plus loin en faisant d'Axos une plateforme ouverte. Elle n’est donc pas limitée aux seuls clients de notre plateforme de gestion. Axos agrège des données provenant de différents ERP, banques et logiciels métiers, afin de fournir une vision financière consolidée, même lorsque les informations sont réparties sur plusieurs systèmes.

 

F.N.H. : L’écosystème marocain des startups connaît une dynamique encourageante. Quel regard portez-vous sur son évolution et quels sont les principaux leviers à renforcer pour accélérer le développement des fintechs marocaines ?

S. K. : En tant qu'entrepreneur dans la tech depuis quasiment 15 ans, j’ai vu l'écosystème marocain énormément progresser ces dernières années. On observe davantage d'entrepreneurs qui osent se lancer, des investisseurs plus présents, des programmes d'accompagnement de qualité et une réelle volonté des pouvoirs publics de faire émerger une économie numérique. Cette dynamique est très encourageante. Pour les fintechs, le potentiel est particulièrement important. Le Maroc dispose d'un tissu de plus d’un million de TPME, dont beaucoup sont encore insuffisamment digitalisées. C'est une formidable opportunité pour développer des solutions qui améliorent la gestion, facilitent l'accès au financement et renforcent l'inclusion financière. Pour accélérer cette dynamique, plusieurs leviers me semblent essentiels. Le premier est de favoriser une meilleure circulation des données dans un cadre sécurisé et avec le consentement des entreprises, afin de permettre aux fintechs et acteurs financiers historiques de développer des services à forte valeur ajoutée. Le deuxième est de renforcer les partenariats entre les fintechs, les banques et les institutions financières de manière générale. Les startups apportent leur capacité d'innovation, tandis que les acteurs établis disposent d'une expertise métier, d'une base de clients et d'une capacité de distribution considérable. Le troisième dont on parle encore trop peu, est le développement d'un véritable marché des exits. Aujourd'hui, les levées de fonds se développent progressivement, mais les acquisitions de startups restent encore limitées. Or, les exits sont essentiels. Ils permettent aux investisseurs de réinvestir dans de nouvelles entreprises, aux entrepreneurs de créer de nouveaux projets et à l'ensemble de l'écosystème de gagner en maturité. Sans perspectives de sortie, il est plus difficile d'attirer des capitaux privés, notamment internationaux.

 

F.N.H. : Après avoir accompagné plus d’un millier d’entreprises, quels enseignements tirez-vous des besoins des TPE et PME marocaines en matière de gestion, de digitalisation et d’accès au financement ?

S. K. : Accompagner plus d'un millier de TPE et PME nous a surtout appris qu'au-delà des différences de secteurs, les dirigeants font face à des défis très similaires. Le premier est le manque de visibilité. Beaucoup d'entrepreneurs travaillent énormément, mais prennent encore des décisions avec une vision incomplète de leur trésorerie, de leurs marges ou de leur rentabilité. Ils ont besoin d'informations simples, fiables et en temps réel pour piloter leur activité. Le second enseignement est que la digitalisation ne doit jamais être une contrainte supplémentaire. Les dirigeants de PME n'ont ni le temps ni les ressources pour gérer des outils complexes. Ils recherchent des solutions intuitives, qui s'intègrent naturellement à leur quotidien et leur permettent de gagner du temps tout en améliorant leur efficacité. Nous avons constaté que l'accès au financement reste un défi majeur. Beaucoup d'entreprises sont économiquement viables, mais peinent à démontrer leur solidité financière avec des données structurées, pas par un manque de volonté de la part des banques et des institutions financières historiques, mais par manque de visibilité et de data de qualité. Il est vrai que la qualité de l'information financière devient un facteur déterminant pour accéder plus rapidement au crédit ou à d'autres solutions de financement. Au fond, notre plus grand enseignement est que les TPE et PME n'ont pas besoin de multiplier les outils. Elles ont besoin d'une plateforme unique qui simplifie leur gestion, les aide à prendre de meilleures décisions et les accompagne dans leur développement.

 

F.N.H. : Quelles sont les prochaines étapes de développement de Hsabati ? Et quels sont vos principaux axes de croissance et vos ambitions pour les prochaines années ?

S. K. : Notre priorité est de continuer à faire évoluer Hsabati d'une plateforme de gestion vers une véritable plateforme de pilotage de l'entreprise. Dans les prochains mois, nous lancerons Axos, notre directeur administratif et financier basé sur l'intelligence artificielle, quipermettra aux dirigeants d'accéder à des analyses financières avancées, des prévisions de trésorerie, des recommandations personnalisées et une aide à la décision en temps réel avec un discours simplifié. Nous allons également poursuivre le développement de notre écosystème d'intégrations avec les banques, les plateformes e-commerce, les solutions de paiement et d'autres logiciels métiers. Sur le plan du financement, nous souhaitons renforcer nos partenariats avec les institutions financières afin de simplifier encore davantage l'accès des TPE et PME à des solutions adaptées à leurs besoins. Notre ambition dépasse toutefois le développement de nouvelles fonctionnalités. Nous voulons construire une infrastructure financière et décisionnelle pour les PME. Aujourd'hui, les grandes entreprises disposent de directions financières complètes, d'outils d'analyse avancés et de conseils stratégiques. Nous pensons que les TPE et PME doivent pouvoir bénéficier du même niveau d'accompagnement grâce à la technologie et à l'IA. A noter que le développement passera aussi par l'international. Nous souhaitons capitaliser sur l'expérience acquise au Maroc pour accompagner des entreprises dans d'autres marchés, où les besoins des PME en matière de digitalisation, de pilotage financier et d'accès au financement sont très proches.


 

 

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