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Gaz-Hydrogène-CO2 : l’ONHYM redessine la carte énergétique du Maroc

Stockage stratégique du gaz, préparation de l’hydrogène et du captage du CO2, montée en puissance du midstream et attractivité internationale accrue, l’ONHYM élargit son champ d’action bien au-delà de l’exploration classique. Amina Benkhadra, Directrice générale de l’ONHYM, dévoile la feuille de route d’un sous-sol marocain appelé à devenir un pilier de souveraineté, de résilience et de décarbonation. Entretien. Propos recueillis par Désy M.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 17 Janvier 2026 à 18:00
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Gaz-Hydrogène-CO2 : l’ONHYM redessine la carte énergétique du Maroc

Finances News Hebdo : En septembre 2025, l’ONHYM a lancé une étude nationale pour évaluer le potentiel de stockage géologique des ressources énergétiques (gaz, hydrogène, CO2). Quelle est la finalité stratégique de cette étude et quels scénarios l’Office privilégie-t-il pour sécuriser ou diversifier le mix énergétique national ?

Amina Benkhadra : Cette étude, que nous avons lancée en septembre 2025, s’inscrit dans une ambition de sécurisation de l’approvisionnement énergétique du Maroc pour le gaz naturel bien sûr, mais aussi, à terme, pour l’hydrogène et pour le CO2 dans des schémas de captage et stockage. Concrètement, l’étude doit cartographier les formations géologiques susceptibles d’accueillir du stockage de façon sûre et durable, modéliser plusieurs sites pilotes et proposer une feuille de route d’investissements : quels volumes peuvent être stockés, à quels coûts, dans quels délais et avec quels partenariats. Dans nos scénarios, nous privilégions d’abord un stockage stratégique de gaz articulé avec trois grands projets : la reconversion et l’optimisation du GME, le Gazoduc africain atlantique (AAGP) et le terminal GNL de Nador. Cela permet d’atténuer les chocs de prix et de sécuriser l’alimentation des centrales électriques et de l’industrie. À moyen terme, nous voulons aller vers des hubs de stockage multiproduits où l’on pourra, dans le même écosystème, stocker du gaz, préparer le stockage d’hydrogène et envisager des solutions de séquestration du CO2 dans le cadre de projets de décarbonation industrielle.

 

F. N. H. : Début octobre 2025, l’ONHYM a signé deux protocoles de coopération technique et scientifique avec des entités des Émirats comme Fujairah, dans le domaine des ressources minières et des sciences de la Terre. Quels sont les objectifs visés de ces accords à court ou moyen terme ?

A. B. : Les deux protocoles signés début octobre 2025 avec la Fujairah Natural Resources Corporation (FNRC) et la Fujairah Oil Industry Zone (FOIZ) ont un objectif très clair : accélérer la montée en gamme du Maroc sur les minéraux stratégiques et les hubs énergétiques, en s’adossant à un partenaire qui est déjà un acteur mondial du stockage et de la logistique d’hydrocarbures. Du côté FNRC, la priorité est de renforcer la coopération scientifique et technique en géosciences: échanges de données géologiques, missions croisées d’experts, programmes conjoints de cartographie, de géophysique et de géochimie sur les minéraux critiques. À court terme, cela se traduira par des formations et des projets pilotes; à moyen terme, par des coinvestissements dans des projets miniers ciblés. Avec FOIZ, la discussion se situe davantage sur le terrain des zones industrielles énergétiques et du stockage. Nous travaillons sur le partage d’expérience en matière de terminaux, de services aux opérateurs et de modèles économiques des hubs d’énergie.

 

F. N. H. : La filiale midstream de l’ONHYM, OMCo, a récemment renforcé sa stratégie de gestion des risques, marquant une montée en puissance dans le transport et le stockage d’énergie. Quels actifs stratégiques OMCo va-t-elle gérer et comment garanti

A. B. : OMCo a pour mission d'assurer la gestion, l’exploitation et la sécurisation des infrastructures gazières qui lui sont confiées. À ce titre, OMCo assure actuellement la gestion du gazoduc GME, infrastructure stratégique pour le système gazier national. À moyen et long termes, dans le cadre des orientations arrêtées par les autorités compétentes et sous réserve de la confirmation de son positionnement en tant que gestionnaire du réseau de transport gazier (GRT) national, OMCo est appelée à assurer la gestion et l’exploitation des nouvelles infrastructures midstream, notamment les ouvrages de transport et de transit liés aux futurs projets gaziers structurants du Royaume, en cohérence avec la feuille de route du gaz. Parallèlement, OMCo est déjà engagée dans la mise en œuvre de projets opérationnels en cours, visant à renforcer l’interconnexion du gazoduc GME avec les principaux pôles de consommation et de production électrique. Ces projets comprennent l’appui technique à la connexion des centrales de l’ONEE, notamment les nouvelles centrales d’Al Wahda et de Tahaddart, ainsi que le développement d’une nouvelle bretelle de connexion de la centrale de Tahaddart, d’une longueur d’environ 14 km. Ces projets contribuent directement à la sécurisation de l’approvisionnement gazier et à l’optimisation de l’utilisation des infrastructures existantes. La pérennité financière et opérationnelle de ces actifs repose sur plusieurs leviers structurants. Sur le plan opérationnel, OMCo, certifiée ISO 9001 et ISO 45001, met en œuvre des dispositifs renforcés de gestion des risques, de maintenance préventive et de surveillance technique et sécuritaire, fondés sur les standards internationaux du secteur, afin de garantir un haut niveau de disponibilité et d’intégrité des infrastructures. Sur le plan financier, OMCo s’appuie sur des modèles économiques encadrés, adossés à des contrats de transport et de services, permettant d’assurer la couverture des coûts d’exploitation, de maintenance et d’investissement, tout en maîtrisant l’exposition aux aléas du marché. Enfin, OMCo contribue activement à la planification stratégique du secteur midstream, en appui à l’ONHYM, en intégrant les enjeux de flexibilité, de résilience et d’optimisation des actifs, afin de garantir la durabilité des infrastructures gazières et leur adaptation progressive aux évolutions du mix énergétique national.

 

F. N. H. : L’Office a fait l’objet d’un article-profil en novembre 2025 dans la presse internationale, soulignant son rôle dans l’avenir énergétique du Maroc. Comment mesurez-vous l’impact de cette visibilité internationale sur l’attractivité des projets d’exploration ou d’exploitation au Maroc, en termes d’investissements réels et de partenariats concrets ?

A. B. : Le Maroc, notamment à travers l’ONHYM, est de plus en plus identifié comme un acteur clé de la sécurité énergétique régionale, en particulier grâce au projet de Gazoduc Africain Atlantique et à son rôle sur les minéraux stratégiques. Nous constatons une hausse des demandes d’accès à nos données, des manifestations d’intérêt pour les blocs onshore/offshore pour des projets sur les minéraux critiques. Cette visibilité renforce notre position comme partenaire fiable dans un environnement où les investisseurs sont de plus en plus sensibles à la stabilité politique, à la qualité de la gouvernance et aux enjeux ESG.

 

F. N. H. : Plusieurs permis et projets d’exploration de gaz naturel sont en cours ou en discussion, mais les informations publiques sur les réserves, les calendriers et les modalités techniques demeurent limitées. Pouvezvous nous en parler ?

A. B. : Le Maroc dispose d'un potentiel gazier significatif, réparti sur plusieurs bassins sédimentaires tant onshore qu'offshore. Ces systèmes pétroliers diversifiés, datant du Paléozoïque au Néogène, ont généré différents types de gaz. Le potentiel onshore se manifeste dans plusieurs bassins clés :

• Bassin du Gharb : Ce bassin, site de la première découverte gazière en Afrique du Nord, continue d'attirer l'intérêt des sociétés pétrolières internationales. Plusieurs découvertes commerciales de gaz ont été réalisées. Les gisements, souvent de petite taille et peu profonds, sont rentables grâce à un réseau de gazoducs étendu et à une forte demande industrielle locale (automobile, papeterie, matériaux de construction).

• Bassin d'Essaouira : Ce bassin est un producteur de gaz et de condensat (Trias) ainsi que de pétrole (Jurassique). Depuis les années 1980, le gaz produit est vendu à l'Office chérifien des phosphates (OCP) pour alimenter le centre minier de Youssoufia, notamment ses usines de séchage et de calcination du phosphate. Ce bassin prometteur, avec ses nombreuses découvertes, présente toujours un potentiel important, dont les travaux sont en cours pour sa confirmation et sa mise en évidence.

• Région de Tendrara : Située dans le nord-est du Maroc, cette région est devenue un nouveau pôle de prospection. Suite aux succès d'exploration de l'ONHYM et de Sound Energy, une concession d'exploitation a été attribuée pour le développement et la production du champ gazier Tendrara. Les travaux sont en cours, avec une exploitation de gaz naturel prévue en 2026 via le projet Micro-GNL, destiné à alimenter les industriels, et une deuxième phase pour alimenter les centrales électriques de l’ONEE.

• Autres bassins : Les bassins de Zag, Boudenib, Missour, Doukkala et Tadla présentent également un potentiel gazier, révélé par d'anciens forages et des indices. Ces bassins sont tion et d'évaluation par l'ONHYM. Dans le bassin de Guercif, c'est la société Predator qui mène les activités d'exploration. Le potentiel gazier offshore atlantique L'offshore atlantique marocain présente également un potentiel gazier important, soutenu par un contexte géologique favorable.

• Au niveau de l’offshore Nord: Cette zone est particulièrement prometteuse. Les efforts d'exploration ont récemment été couronnés de succès avec la découverte par Chariot du gisement de gaz Anchois, confirmant les résultats d'un puits antérieur (Anchois-1 par Repsol). Chariot a mené des travaux d'évaluation et des études de faisabilité économique en 2022 et 2023. En 2024, le forage du puits Anchois-3 par Energean et Chariot a confirmé la présence de gaz dans cette zone, malgré des volumes de ressources jugés limitées. Chariot poursuit actuellement l'évaluation du potentiel gazier de la zone.

• Pour l’offshore Sud : Un forage réalisé en 2014 dans la vaste zone de Boujdour a mis en évidence une accumulation de gaz et de condensat dans les turbidites du Crétacé. Actuellement, sept sociétés partenaires mènent des projets d'exploration dans l'offshore atlantique. Parmi elles, Chariot Oil & Gas opère sur les permis Lixus et Rissana (Nord du Royaume), Exxon Mobil dans les zones SafiEssaouira et Agadir-Ifni. Plus au sud, Hunt Oil est présente sur les permis de Mogador Offshore, Genel Energy sur les permis de Lagzira Offshore, NewMed/ Adarco dans les permis Boujdour Atlantique et Ratio Petroleum dans la zone Dakhla Atlantique. L’ONHYM reste mobilisé pour augmenter les investissements d’exploration, qui restent très capitalistiques et ce, en partenariat avec les sociétés pétrolières internationales et nationales.

 

F. N. H. : En lançant l’étude de stockage géologique, l’ONHYM semble vouloir étendre son rôle au-delà des hydrocarbures, potentiellement vers l’hydrogène ou le stockage carbone. Avezvous déjà défini un plan chiffré de réallocation des dépenses vers des solutions bas-carbone ou des infrastructures de stockage  ? Si oui, sur quelle période ?

A. B. : L’ONHYM, fort d’une histoire d’un siècle consacré à la connaissance et à l’exploration du sous-sol marocain, demeure l’institution détentrice des principales données géoscientifiques du pays. Loin de sortir de son périmètre, l’Office capitalise sur ses missions fondamentales  : caractériser le sous-sol et valoriser son potentiel au service d’une transition énergétique souveraine et durable. Le stockage géologique (de l’énergie sous ses différentes formes et le captage du CO2) s’inscrit ainsi dans la continuité de son expertise historique. L’ONHYM reste un acteur incontournable grâce à une base de données unique, riche et structurée, une expertise avérée dans la caractérisation et la modélisation des réservoirs, ainsi qu’une connaissance intégrée des bassins sédimentaires marocains, qui constituent les cibles privilégiées pour ce type de projets. Parallèlement, une trajectoire d’investissement progressive vers les solutions bas-carbone, notamment le stockage géologique de l’énergie et le captage du CO2, a été définie pour 2025-2030. Elle prévoit des études dédiées, l’acquisition de données complémentaires, la modélisation des capacités de stockage, la mise en place de partenariats public-privé et le lancement de projets pilotes. À moyen terme, cette feuille de route inclut le développement d’infrastructures de stockage intégrées au système énergétique national et la valorisation du soussol comme actif stratégique pour la décarbonation. Cette dynamique manifeste la contribution de l’ONHYM pour un Maroc énergétiquement souverain et durable.

 

F. N. H. : Avec l’intensification des partenariats et des projets, l’ONHYM évoque des retombées potentielles en termes d’emplois et de développement local. Quel nombre d’emplois directs ou indirects attendez-vous des projets annoncés récemment et quelle part sera attribuée à des salariés et fournisseurs locaux ?

A. B. : Chaque grand projet porté ou accompagné par l’ONHYM s’accompagne d’un volet développement local très structuré : emploi, formation, infrastructures, recours aux entreprises régionales. Nous voulons maximiser le contenu local en main-d’œuvre et en sous-traitance. Cela passe par :

• des exigences intégrées dans les contrats de partenariat;

• des programmes de formation coconstruits avec des partenaires;

• des projets d’infrastructures de proximité (routes, réseaux, équipements sociaux) qui bénéficient directement aux territoires.

Il est également important de souligner l’effet multiplicateur des investissements partenaires : pour chaque Dirham mobilisé par l’ONHYM en exploration ou en infrastructure d’appui, les partenaires injectent en moyenne dix fois plus, créant ainsi une dynamique d’investissement. Cet effet de levier amplifie l’impact économique local et accélère la création d’emplois et d’activités connexes.

 

F. N. H. : L’ONHYM a participé à la conférence internationale des mines (IMC Morocco 2025) adoptant la déclaration de Marrakech pour un cadre africain commun de gouvernance environnementale des minerais critiques. Quel a été la contribution du Maroc dans cette déclaration et quelles sont les attentes ?

A. B. : À l’IMC Morocco 2025, la Déclaration de Marrakech a marqué une étape historique : pour la première fois, l’Afrique se dote d’un cadre commun de gouvernance environnementale et sociale pour les minerais critiques (African ESG Framework). Le Maroc a joué un rôle moteur à plusieurs niveaux : • D’abord, en portant l’idée que la souveraineté minérale africaine passe par des standards ESG élevés, adaptés aux réalités du continent, mais compatibles avec les exigences des bailleurs internationaux; • Ensuite, en mettant sur la table son propre retour d’expérience : cartographie du sous-sol, encadrement environnemental, acceptabilité sociale des projets, intégration des communautés locales, etc.; • Enfin, en défendant le principe selon lequel les minerais critiques africains doivent servir en priorité à bâtir des chaînes de valeur industrielles sur le continent, et pas uniquement à alimenter des exportations de matières brutes. Lors de l’IMC Morocco 2025, la Déclaration de Marrakech a été adoptée, donnant naissance au tout premier cadre africain unifié de gouvernance environnementale, sociale et institutionnelle (ESG) pour le secteur minier. Cette initiative historique marque une nouvelle ère pour l’exploitation minière en Afrique, fondée sur la transparence, la durabilité, l’équité et la valorisation locale. 

 

 

 

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