Gaspillage alimentaire mondial: 17% de la nourriture disponible finissent dans les poubelles
8 à 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont associées aux aliments non consommés.
Les ménages jettent 11% de la nourriture totale disponible au stade de la consommation dans la chaîne d’approvisionnement.
Par M. Diao
L’éradication de la faim est toujours un grand défi pour les pays pauvres. Et pourtant, l’étude récente du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) révèle un anachronisme qu’il convient de combattre. En effet, 931 millions de tonnes de nourriture, soit 17% de la nourriture totale disponible pour les consommateurs en 2019, ont été jetées dans les poubelles des ménages, des commerçants, des restaurants et autres services alimentaires.
Or, les Objectifs de développement durable (ODD) visent la réduction de moitié le gaspillage alimentaire d'ici 2030. L’étude du PNUE et de l'organisation partenaire WRAP examine comment le gaspillage des denrées alimentaires se produit dans les points de vente au détail, les restaurants et les foyers. L’intérêt du document tient aussi au fait qu’il présente la collecte, l’analyse et la modélisation des données sur le gaspillage alimentaire les plus complètes à ce jour.
A noter qu’il est proposé une méthodologie permettant aux pays de mesurer le gaspillage alimentaire. Le rapport révèle que dans presque tous les pays l’ayant mesuré, celui-ci était important, quel que soit le niveau de revenu. Pour avoir un ordre de grandeur, la majeure partie de cette perte alimentaire provient des ménages. Ceux-ci jettent 11% de la nourriture totale disponible au stade de la consommation dans la chaîne d’approvisionnement.
Les services de restauration et les points de vente au détail représentent respectivement 5% et 2%. A l’échelle mondiale, 121 kilos de denrées alimentaires sont jetés chaque année par le consommateur, dont 74 kilos au sein des ménages.
Un impact environnemental avéré
Les auteurs du rapport sont formels. Les déchets alimentaires ont des impacts environnementaux, sociaux et économiques considérables. 8 à 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont associées aux aliments non consommés. Et ce, en tenant compte des pertes avant que les denrées n’atteignent le consommateur.
Du côté du PNUE, l’on soutient que la réduction du gaspillage alimentaire permettrait de réduire les émissions de gaz à effet serre, de ralentir la destruction de la nature par la conversion des terres et d’améliorer la disponibilité des aliments, et donc de réduire la faim.
A l’évidence, cette période de crise accentue la nécessité pour les Etats de reconsidérer cette problématique mondiale. Notons que le Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires se tient cette année. Ce qui constitue une occasion pour mettre sur pied de nouvelles actions courageuses pour lutter contre le gaspillage alimentaire à l'échelle mondiale.
Pour rappel, 690 millions de personnes ont été touchées par la faim en 2019. Or, force est d’admettre que la covid-19, qui a porté un sacré coup aux économies, est un facteur susceptible de gonfler ce chiffre. Sachant que jusque-là, trois milliards de personnes n’avaient pas accès à une alimentation saine. Au final, il est avéré que les consommateurs ont besoin d'aide pour réduire le gaspillage alimentaire.
Multiplier les efforts d’investissement
La publication du rapport du PNUE est un rappel adressé aux pays. Ces derniers peuvent renforcer leur niveau d’ambition en matière de climat en incluant le gaspillage alimentaire dans les contributions nationales à l'Accord de Paris, tout en renforçant la sécurité alimentaire et en réduisant les coûts pour les ménages. La prévention du gaspillage alimentaire serait aussi un domaine essentiel à inclure dans les stratégies de redressement à la suite de la Covid-19. Les auteurs du document n’ont pas manqué de rappeler que la cible 3 de l’ODD 12 ne peut être atteinte sans l’augmentation de manière significative des investissements dans la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les ménages au niveau mondial. Ils appellent à ce que cette donne soit une priorité pour les gouvernements, les organisations internationales, les entreprises et les fondations philanthropiques.





