Futur indice obligataire de JP Morgan : un tournant pour l’attractivité et le financement du Maroc
Le Maroc préfigure parmi les 20 à 25 économies dont les obligations seront présentes dans l’indice obligataire de JP Morgan. Entre consécration d’une trajectoire macroéconomique exemplaire et levier stratégique pour le financement de l’État, cette intégration marque une nouvelle étape pour l’attractivité du Royaume. Par J. M.

Le Maroc s’apprête à intégrer un indice obligataire dédié aux marchés frontières. Ce nouvel instrument, qui suit la dette souveraine émise en monnaie locale, se distingue par des critères d'éligibilité rigoureux : une maturité résiduelle supérieure à 2,5 ans et une taille de ligne minimale d'environ 250 millions de dollars pour les titres.
Cette sélection repose sur la profondeur croissante du marché secondaire marocain et une gestion macroéconomique rigoureuse, offrant aux investisseurs internationaux une visibilité rare dans un contexte de volatilité globale.
Le Royaume conforte ainsi son statut d’économie dynamique au sein des marchés émergents et frontières, tout en transformant la perception du risque pays : le Maroc n’est plus seulement un marché régional dynamique, il devient une composante à part entière dans l'allocation d'actifs des plus grands fonds et gestionnaires de fortune. Cette solidité financière reconnue aujourd’hui à l’international s’appuie sur une trajectoire macroéconomique rigoureusement tenue.
Portée par une dynamique d'investissement public structurant et par la préparation des grandes échéances de 2030, la croissance économique devrait s'accélérer pour atteindre 5% dès 2026, selon les prévisions du haut-commissariat au Plan (HCP).
Ce dynamisme s'accompagne d'une maîtrise de l'inflation, s’établissant aux alentours de 1,3% en 2026, et des réserves de change confortables, s'élevant à près de 454,3 milliards de dirhams en ce début février. Parallèlement, le Royaume s'est engagé dans une consolidation budgétaire stricte, visant un déficit à 3% du PIB en 2026 contre 3,5% en 2025. Cette discipline, couplée à un ratio d'endettement public en régression progressive vers les 68% du PIB, lui a permis de regagner son statut d'Investment Grade auprès des agences de notation internationales.
Ces indicateurs transforment le risque souverain marocain en une signature de bonne qualité, garantissant la solvabilité. De plus, il y a l'importance qu’occupe le consensus national, comme le souligne Brahim Benjelloun-Touimi, administrateur Directeur général délégué de Bank Of Africa.
«Nous avons la chance d’être alignés sur les stratégies nationales. Il y a un consensus par rapport à ce que le pays devrait être grâce à un projet de société porté par la plus haute autorité du pays qui en donne le cap. Et ça, ça n’a pas de prix», explique-t-il. Il voit également dans cette inclusion «un retour naturel pour un pays qui est en train d’être exemplaire», tout en insistant sur l'amélioration de la liquidité du marché grâce aux arbitrages entre le marché au comptant et le futur marché à terme, dont le lancement est prévu en avril.
Il faut préciser que l’un des principaux enjeux de l’intégration au sein d’un indice international est budgétaire. En effet, de nombreux fonds indiciels (ETF) et fonds de pension, qui répliquent mécaniquement les indices JP Morgan, devront désormais acheter des titres marocains pour leurs portefeuilles. Cet afflux de demande étrangère sur la dette domestique devrait mécaniquement faire baisser les taux, et donc le service de la dette.
Cette dynamique offrira l’opportunité de financer les grands projets d'infrastructure et les réformes sociales à des coûts nettement plus avantageux, tout en préservant les réserves de change grâce à des investissements libellés directement en Dirhams. Cependant, les exigences de liquidité et de volume imposent de réels défis techniques que devront résoudre les différents intermédiaires en valeur du Trésor.





