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Culture & Société

Exposition: Et la lumière fut…

«D’argile éthérée» , une expo solo d’un artiste blanchi sous le harnais, qui permet de connaître son cheminement (une quête perpétuelle) et de prendre la mesure de ses audaces. Par R. K. Houdaïfa

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 18 Décembre 2021 à 13:00
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On viendra à la So Art Gallery pour le nom d’un poètescripteur, Omar Bouragba (né en 1945 à Marrakech), qui s’y donne en artiste, ou plutôt en peintre depuis le début des sixties. «Ecriture et peinture structurent l’ensemble de son œuvre jusqu’à en faire une texture qui n’est simple d’aspect que pour mieux nous entraîner vers une forte complexité plastique et sémantique. Toutefois, si l’écriture et la peinture s’entrelacent dans l’activité créatrice de Bouragba, leur seul véritable motif autant que leur moteur demeurent la génération de la lumière», écrit le plasticien, critique, enseignant-chercheur et curateur, Mohamed Rochdi, dans le catalogue de l’exposition. Après être passé par des phases de plus en plus radicales du teint blafard, l’artiste se laisse rattraper par des couleurs flashy.

L’exposition «d’argile éthérée» en témoigne. Il y a eu tout d’abord la série des plages de terres ocres, rouge, de feu et de sang; puis les toiles recouvertes d’un écran de fumées chaudes où le gris obtenu est une lutte des pigments ocre, bleu, noir et blanc, et d’où jaillissent des signes parfois pleins ou des courbes qui se gonflent tel un fragment de corps en devenir, souvent s’extrayant d’un même centre, plus rarement parallèles… Aujourd’hui, on observe à la fois une continuité et des différences, bien évidemment. Le trait est toujours habile et le geste, lui, apparaît de manière affirmée et assumée. «La spontanéité, selon l’auteur Abderrahman Benhamza, reste de mise dans sa démarche, elle rend son geste plus ample, plus performant». On constate en effet une présence physique de plus en plus forte de l’artiste dans son œuvre : touche plus ou moins hasardeuse dont on devine le geste qui en est l’origine.

Bouragba est un peintre qui, boudant la démarche représentative, allie la vision objectale à la pulsion interne qu’elle engendre. La matérialité, souvent forgée par le geste, devient l’élément central de l’œuvre. Le mouvement et sa conséquence sur la matière picturale sont les sujets même des tableaux… Pour réaliser les œuvres qui composent cette exposition, l’artiste s’est évertué à recouvrir au préalable ses toiles de couleurs vives, puis à éclater une autre couche généralement beaucoup plus sombre, et enfin à faire surgir de simples volutes sans référence linguistique, de courbes et contre-courbes qui se sont déployées selon des rythmes répétitifs jusqu’à recouvrir la totalité des toiles, moyennant «une arme blanche, bien acérée et qui n’est qu’un tranchoir (cutter) suffisamment large et biseauté», relève Mohamed Rochdi. Les toiles accrochées sur les cimaises de la galerie casablancaise So Art, jusqu’au 8 janvier 2022, se veulent impressionnantes; elles irradient une certaine lumière enveloppante qui caresse l’esprit et chavire le cœur. 

 

En autodidacte, Omar peint depuis 1959

Son séjour à Rabat lui permet de connaître le milieu artistique des années 60. C’est ainsi qu’il se lie d’amitié avec Mekki Morcia, qui lui organise sa première exposition personnelle à la Mamounia en 1965. En outre, sa rencontre avec Jilali Gharbaoui et Ahmed Yacoubi fut déterminante dans ses orientations de peintre. De même, en 1968, Abderrahman Serghini lui achète deux tableaux qui seront les premières acquisitions d’une collection prestigieuse, et lui proposa, en mécène, un atelier avec tout le confort nécessaire pour peindre; cette période est marquée par l’éclatement et la recherche du centre. Travaillant dans la précipitation et l’urgence, Marrakech l’appelle en 1971 où il élit refuge dans la spiritualité d’Ibn Arabi.

 

 

 

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