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Entretien : Malgré la libéralisation, l’Etat conserve un rôle important à jouer

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 27 Mars 2017 à 11:51
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Gilles Darmois est professeur à l’Institut français du pétrole, et consultant indépendant en hydrocarbures. Il a suivi de près le processus de libéralisation des carburants en France au milieu des années 1980. Selon lui, l’Etat doit rester très présent sur le plan règlementaire et assurer la concurrence saine et loyale. 

 

Finances News Hebdo : Libéraliser signifie-t-il que l’Etat se désengage-t-il totalement ? 

Gilles Darmois :  On libéralise parce que l’on se rend compte aujourd’hui que l’Etat ne peut plus assurer un prix fixe pour les consommateurs. La volatilité des prix est beaucoup trop grande, les prix peuvent doubler, tripler, et l’Etat ne peut pas protéger le consommateur face à cela. Il faut donc que le consommateur en soit conscient que c’est un prix qu’il faut qu’il paye lui-même.

En exposant le marché à la concurrence, il faut néanmoins mettre en place une réglementation de la concurrence qui va en contrôler les conditions. Il faut également mettre en place une réglementation sur les stocks de sécurité qui va s’assurer qu’il n’y aura jamais de rupture. C’est très important car si le pétrole n’est pas disponible en station service, le pays s’arrête. L’Etat conserve donc un rôle dans la logistique, l’approvisionnement, la qualité des carburants, etc. 

L’avantage pour le Maroc c’est qu’il procède à cette libéralisation après de nombreux pays, ce qui permet de regarder ce qui s’est passé ailleurs. Le comparateur de prix est un outil qui est très utile. Les gens sont équipés de Smartphones, il leur est facile d’utiliser une application qui permet de trouver la station la moins chère aux alentours. En France cela s’est fait, mais trente ans après la libéralisation. 

F.N.H. : Les risques d’entente font parti des risques les plus évoqués lors d’un processus de libéralisation. Comment les prévenir ? 

G. D. : C’est une question récurrente dans tout processus de libéralisation. Il faut bien appréhender ce risque et mettre en place des systèmes pour se prémunir contre les risques d’ententes. La solution la plus fréquente est de permettre à celui qui dénonce les autres de s’en sortir sans être poursuivi contrairement aux autres. C’est ce qu’on appelle la théorie des jeux, et c’est ce qui marche. Il ne faut pas pour autant dire que les industriels n’ont qu’un but dans l’existence, c’est de s’entendre. 

F.N.H. : La libéralisation du secteur des carburants qui entraîne une course à la compétitivité, qui engendre fatalement une diminution du réseau de distribution ? 

G. D. : Cela va dépendre de l’obligation qui est faite aux stations-services de faire des investissements ou pas. En Europe nous avons eu des investissements anti-pollution qui ont été rendus nécessaires, il y a le doublage des cuves, ainsi que tout un tas d’autres obligations, etc. Ainsi, quand l’Etat français a dit qu’il faut investir pour doubler les cuves pour éviter que cela ne pollue le sol au cas où elles se crèvent, les propriétaires de stations-services ont du faire un choix entre les stations où ils vont investir et celles qu’il faut fermer. 

Dans certains cas, comme en Allemagne, vous n’avez aucune station-service dans un périmètre de 60 kilomètres. C’est sûr, cela constitue un risque. Vous conservez une station tant que vous n’avez pas investit dedans. Le jour où il y a une obligation d’investir, il y a un choix à faire : soit on investit soit on ferme. 

Le consommateur de son côté, est face au prix. Si cela baisse il va en profiter, mais le maximum qu’il peut faire, c’est faire le plein de sa voiture. Le consommateur adopte par ailleurs des astuces et des reflexes nouveaux, comme faire son plein le matin lorsque le produit est froid, car son volume est plus important. 

 

 

Comprendre la baisse des cours 

Les prix du pétrole chutent depuis l’été 2014. En juin 2014, le prix du pétrole Brent de la mer du Nord était de 115 dollars le baril. Aujourd’hui, il navigue autour de 44 dollars. Ce n’est pas la première fois que les prix de l’or noir s’effondrent. Depuis les chocs pétroliers des années 1970, c’est la quatrième fois que les cours du Brent dégringolent autant (1985, fin des années 90, 2008 et 2014). 

Pour l’expert Francis Perrin, il n’y a pas un seul facteur mais plutôt une conjonction de facteurs qui explique le niveau de prix bas actuel. Trois d’entre eux sont les plus significatifs. Il s’agit en premier lieu de l’excédent de l’offre pétrolière. Cette surproduction est essentiellement tirée vers le haut par les Etats-Unis et le Canada (Schistes pour les USA et sable bitumineux pour le Canada). Deuxièmement, cette surproduction coïncide avec un ralentissement marqué de la consommation mondiale, suite au ralentissement constaté de l’économie mondiale, et en particulier de l’économie chinoise. Il y a donc une décélération en termes de demande d’énergie; la Chine étant le deuxième consommateur mondial de pétrole derrière les USA. Le troisième élément explicatif est le comportement des pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Contrairement à une idée reçue, l’OPEP n’a pas diminué sa production mais s’est contenté, en novembre 2014, alors que les cours du baril baissaient déjà, de maintenir au même niveau sa production. L’OPEP a fait le choix de ne pas défendre les prix mais plutôt ses parts de marché. L’organisation estime que les bas prix du pétrole conduiront à un rééquilibrage du marché : la hausse de la demande conjuguée à des prix bas va rendre incompétitifs certains producteurs. Ce qui, mécaniquement, va orienter l’offre à la baisse. 

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