Entretien : «Les journalistes doivent se constituer un cadre de débat»
* L’amélioration des conditions des journalistes est la première étape de l’amélioration de l’exercice du métier.
* Les journalistes doivent s’organiser dans le cadre d’un espace pour défendre leurs intérêts et la déontologie du métier.
* L’autocensure existe partout, mais à des degrés différents et reste l’un des défis communs à la profession.
* Jim Boumelha, président de la Fédération internationale des journalistes, incite ces derniers à se regrouper.
- Finances News Hebdo : Pourquoi nous parle-t-on souvent de déontologie et de respect de l’éthique dans l’exercice du journalisme, alors qu’on évoque rarement les conditions d’exercice de ce métier ?
- Jim Boumelha : Notre point de départ est toujours les conditions de travail des journalistes. Dans les pays qui sont pauvres, on ne peut pas avoir du bon journalisme si les gens ne sont pas à l’abri de la corruption, par exemple. La condition de travail est un facteur direct qui impacte la qualité du travail rendu.
Comme je suis syndicaliste, j’insiste sur le fait que l’existence d’une organisation représentative du métier de journaliste est absolument cruciale pour le devenir de la profession.
Ainsi, les journalistes doivent avoir, sinon créer, un espace où ils peuvent discuter des questions inhérentes à leur profession et notamment des conditions d’exercice du métier. Une organisation qui aura une force de proposition également.
Il y a aujourd’hui tout un espace de liberté de la presse qui existe dans le monde et qui est alimenté par des agents politiques et économiques, certes, mais la profession se doit également de défendre cet espace et de le préserver. L’existence de pareilles instances est également bénéfique pour la mise à jour permanente de la déontologie du métier.
Cette dernière est une chose vivante qui s’améliore au quotidien par les journalistes encadrés au sein d’organisation les représentant car, in fine, le journalisme est un métier collectif et non individuel.
- F. N. H. : Y a-t-il, à votre connaissance, une organisation représentant les journalistes qui a pu s’imposer dans les pays en développement ?
- J. B. : Ce qu’il faut surtout retenir c’est qu’il n’y a pas d’autres alternatives. Le seul moyen pour s’organiser est de s’inscrire au sein du syndicat de la presse. Et si le syndicat est faible, il faut le bâtir et y croire. Bien évidemment, tous les journalistes ne sont pas syndiqués au sens propre du terme, mais cela ne les empêche pas d’aider à bâtir une instance de représentation de leur corps de métier. Moi, je suis d’un pays, la Grande-Bretagne, où il existe un syndicat qui a plus de
100 ans à son actif et qui compte 40.000 membres qui bataillent pour leur métier. Et les journalistes qui ne sont pas affiliés ne font que suivre.
Sans cette fabrique qui existe un peu partout à travers le monde, les journalistes seraient encore plus dans le besoin. Il faudrait donc entrer dans les syndicats pour travailler à changer le vécu des journalistes.
Pour le cas du Maroc, je pense que le Syndicat National de la Presse Marocaine a fait beaucoup de choses et a enregistré beaucoup de progrès. Mais je dirais aussi qu’on a le syndicat qu’on mérite. Ceux qui pensent qu’il peut mieux faire doivent mettre la main à la pâte.
- F. N. H. : Qu’en est-il des pressions externes, notamment d’ordre économique, susceptibles d’imposer une autocensure aux journalistes ?
- J. B. : L’autocensure existe partout, ce n’est donc pas le propre d’un seul pays. Mais elle existe à des degrés différents. Surtout avec l’abrogation de nouvelles lois comme celle du terrorisme. L’espace du journalisme est devenu de ce fait de plus en plus restreint. S’il est vrai qu’un journaliste anglais s’autocensure moins qu’un journaliste en Gambie, ils subissent tous deux la même pression. Même si on pense que dans certains pays on peut tirer librement sur qui l’on veut, il y a des centaines de lois qui régissent l’exercice du journalisme.
Par exemple, les lois sont très rigides en matière de procès. En effet, il faut que le journaliste couvrant un procès sache ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas rapporter pour éviter de tomber dans le délit d’outrage à magistrat. Et là, un journaliste anglais sera poursuivi rigoureusement, vu que la loi est plus contraignante. Par contre, la protection des sources est un principe bien instauré dans un pays comme l’Angleterre.
Pour conclure, je dirai que les intérêts économiques et politiques représentent un réel défi pour les journalistes. Ils diffèrent selon les sociétés mais restent un défi commun.
Propos recueillis par I. B.
07-10-2010





