Entretien : «Les nouvelles formes d’accord renforcent l’alliance maroco-sénégalaise»
Les accords de nouvelle génération conclus entre le Maroc et le Sénégal ont pour but de donner un coup de fouet aux relations économiques des deux pays partenaires, liés par l'histoire. La première édition de l’African Business Connect, organisée par Maroc Export et BMCE Bank of Africa, était l’occasion pour Taleb Berrada, ambassadeur du Maroc au Sénégal, de montrer la pertinence et la nécessité pour les pays africains en général de travailler de concert pour conquérir de nouveaux marchés qu’ils soient africains ou autres.
T. Berrada insiste particulièrement sur l’intérêt d’oeuvrer en faveur du développement du commerce intra-africain ainsi que pour l’essor des investissements susceptibles de provenir des partenariats Sud-Sud.
Finances News Hebdo : Quel est le sens de votre présence à cette première édition de l’African Business Connect dont la première étape se déroule au Sénégal ?
Taleb Berrada : Lors de la dernière visite de SM le Roi Mohammed VI, qui a rencontré le Président du Sénégal, Macky Sall, à Dakar, la volonté politique s’est réaffirmée de part et d’autre pour donner un coup d’accélérateur aux échanges économiques et commerciaux entre les deux pays partenaires. A ce titre, l’arsenal juridique a été renforcé afin de raffermir le partenariat entre le Maroc et le Sénégal.
Certains accords ont été revisités pour donner naissance aux instruments juridiques de nouvelle génération, qui concernent les relations entre les deux Etats, tout en donnant la possibilité d’établir des partenariats public-privé et privé-privé. Ces nouvelles formes d’accord renforcent incontestablement l’alliance des deux pays, qui seront mieux parés pour aller à la conquête de nouveaux marchés, qu’ils soient africains ou européens.
F.N.H. : Selon vous, quel devrait être le rôle des opérateurs économiques, à l’instar de BMCE Bank of Africa, dans ce nouvel élan de dynamisation des relations économiques entre le Sénégal et le Maroc ?
T. B. : Le rôle des banques consiste à mettre à la disposition des acteurs économiques les informations nécessaires ainsi que leur portefeuille afin de faciliter leur rencontre, à l’image de l’African Business Connect.
L’intérêt de cette manifestation est qu’elle constitue un haut lieu de rencontre pour les entreprises marocaine et sénégalaise évoluant dans la même branche industrielle (agro-industrie, textile). L’autre avantage, et pas des moindres, est que les entreprises participantes peuvent bénéficier d’un accompagnement bancaire très étoffé (informations utiles, financements, etc.). A noter que la coopération entre les opérateurs économiques des deux pays est multiforme. Elle peut se concrétiser grâce aux opérations d’import-export et de co-production. Cela dit, il faut intensifier les efforts d’investissement, ce qui permettrait aux deux partenaires de s’attaquer ensemble au vaste marché africain. A mon sens, le développement du commerce intra-africain ainsi que les volumes d’investissement africain doivent se développer davantage.
D’où l’importance pour les pays du continent de se mobiliser autour des partenariats Sud-Sud. Il est plus judicieux de compter sur ses propres moyens pour assurer son développement. Par ailleurs, l’essor du commerce intra-africain est d’autant plus nécessaire qu’il représente une infime partie des échanges internationaux, sachant que ce sont les pays issus d’autres continents qui s’accaparent la part du lion dans le jeu des échanges commerciaux avec l’Afrique.
F.N.H. : Au cours de la cérémonie plénière de l’African Business Connect, un appel a été lancé pour fédérer les Etats africains autour du «Made in Africa», label pouvant conférer une meilleure place à l’Afrique, notamment dans le jeu des échanges commerciaux internationaux. Ne pensez-vous pas que ce concept n’est qu’un slogan au regard de la place qu’occupe l’Afrique dans le commerce mondial ?
T. B. : Je ne pense pas que le «Made in Africa» soit simplement un slogan. Des actions sont menées pour le concrétiser.
D’ailleurs, la présence des membres du réseau africain des organismes de promotion du commerce à l’African Business Connect en est une preuve évidente. L’intérêt de ce réseau créé par Maroc Export, expert en la matière, réside dans le fait que les pays membres sont outillés pour que leurs produits soient prisés sur les principaux marchés.
J’estime qu’avec une collaboration plus étroite, ces pays peuvent devenir des exportateurs de référence et pas simplement des importateurs. Il est clair que les sept pays faisant partie du réseau africain des organismes de promotion du commerce ont pris conscience de la nécessité de conquérir ensemble d’autres marchés sous le label «Made in Africa», dont Maroc Export se fait le porte-étendard. Aujourd’hui, certains pays d’Afrique de l’Ouest ont pris la mesure de la nécessité de travailler ensemble, afin de tirer leur épingle du jeu sur les marchés à fort potentiel.





