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Oldentic, «Notre ambition est de devenir une référence de l’expérience culturelle au Maroc»

Faire découvrir le patrimoine marocain autrement, à travers ceux qui le font vivre. C’est l’ambition d’Oldentic, une startup née à Fès qui met en valeur les savoir-faire et les traditions locales. Entretien avec son fondateur et CEO, Zakaria Loulidy.

FNPar Finances News
|Publié le 19 Octobre 2026 à 19:00
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Entretien avec Zakaria Loulidy : Oldentic, «Notre ambition est de devenir une référence de l’expérience culturelle au Maroc»

Finances News Hebdo : Oldentic se positionne sur l’expérience culturelle au Maroc. Qu’apportez-vous de nouveau à cet écosystème et quelle place ambitionnez-vous d’y occuper ?

Zakaria Loulidy : Oldentic part d’un constat. Le Maroc compte de nombreuses expériences culturelles de grande qualité, mais elles sont souvent difficiles à trouver, peu structurées et mal connues des voyageurs. Nous jouons un rôle de trait d’union. D’un côté, nous accompagnons les artisans, les créateurs et les acteurs culturels pour transformer leur savoir-faire en expériences claires et bien accueillies. De l’autre, nous les rendons accessibles aux voyageurs, aux hôtels et aux organisateurs d’événements.

Ce qui nous distingue, c’est l’approche. Nous ne proposons pas une simple activité, nous expliquons ce qu’elle signifie et d’où elle vient. Notre ambition est de devenir une référence de l’expérience culturelle au Maroc, en commençant par Fès, puis en nous appuyant sur les traditions propres à chaque région.

F.N.H. : Comment analysez-vous aujourd’hui l’évolution du secteur culturel au Maroc ? Quels sont les principaux enjeux et les opportunités à saisir pour renforcer son rayonnement ?

Z. L. : Le Maroc a un potentiel culturel immense, mais encore sous-exploité. Nous avons un patrimoine vivant, des artisans, des créateurs et une nouvelle génération qui a envie de faire les choses autrement. Ce qui manque souvent, c’est le lien entre cette richesse et les publics qui veulent la découvrir.

Aujourd’hui, le voyageur ne cherche plus seulement à visiter des monuments. Il veut comprendre, participer et rencontrer. Passer une matinée avec un dinandier dans la médina ou préparer un plat avec une famille fassie. L’enjeu est de transformer ce patrimoine en expériences accessibles et bien structurées, sans perdre leur authenticité.

Il y a aussi un enjeu de transmission. Beaucoup de métiers d’art sont fragilisés. En effet, les maîtres artisans vieillissent et les jeunes hésitent à se lancer dans des métiers longs à apprendre et peu rémunérés. Quand un savoir-faire trouve un public et un revenu, il redevient attractif pour la génération suivante. Je constate d’ailleurs que les Marocains eux-mêmes ont envie de redécouvrir ces pratiques, autant que les visiteurs étrangers.

F.N.H. : Vous êtes partenaire du Festival de Fès de la culture soufie. Quel rôle Oldentic joue-t-il aux côtés du Festival et quelle contribution souhaitez-vous apporter à cet événement emblématique ?

Z. L. : Nous concevons et pilotons des expériences complémentaires au programme officiel, pour permettre aux festivaliers de prolonger leur découverte de Fès au-delà des concerts et faire en sorte que l’événement profite aussi aux artisans et aux acteurs locaux.

Pour cette 18e édition, du 18 au 24 octobre, nous avons conçu une douzaine d’ateliers et de visites autour d’une idée : le soufisme s’écoute dans les concerts, mais il imprègne aussi la façon dont Fès travaille la matière, cuisine, construit et transmet. Il y a d’abord les savoir-faire de la médina comme le zellige, dont la géométrie évoque l’infini, le cuir des tanneries, qui utilisent encore des procédés hérités de plusieurs siècles, la broderie Terz l’fassi transmise de mère en fille, la calligraphie arabe ou la distillation de l’eau de rose. Il y a ensuite la gastronomie, avec la cuisine fassie qui se transmet par le geste, et le couscous, inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco. Et bien évidemment, les expériences liées au sacré, notamment l’initiation au hajhouj et à la danse des derviches tourneurs, et des visites commentées sur l’urbanisme de la médina, l’architecture religieuse et le tissage.

Tout se déroule en petits groupes, avec des artisans et des intervenants qui vivent ces pratiques au quotidien. Notre objectif est la transmission, que chaque participant reparte en ayant compris ce qu’il a vu, et pas seulement en l’ayant photographié. Notre rôle est aussi de faire le lien entre les organisateurs, les artisans, les riads et les prestataires touristiques : quand un festival de cette envergure propose des expériences de qualité, c’est toute la ville qui en profite.

F.N.H. : Fès prévoit de se doter d’un téléphérique touristique pour enrichir la découverte de sa médina. Comment accueillez-vous cette initiative et en quoi peut-elle contribuer à renouveler l’expérience culturelle au Maroc ?

Z. L. : C’est une initiative intéressante, qui peut offrir un nouveau regard sur Fès. Mais l’innovation ne se limite pas aux infrastructures. Ce qui marque un visiteur, c’est la rencontre avec un artisan, une histoire, un lieu. Fès a une particularité : sa médina se découvre à pied, au rythme de ses ruelles et de ses rencontres.

La médina, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981, est l’un des plus grands ensembles urbains historiques encore habités au monde, et chaque intervention y est délicate. Les réhabilitations récentes des fondouks et des medersas ont montré qu’on peut moderniser sans dénaturer quand on associe les artisans et les habitants. Le téléphérique peut devenir un point de départ : on observe la ville d’en haut, puis on descend la comprendre dans ses ruelles, avec ceux qui la font vivre. Il faudra aussi l’accompagner de contenu, notamment des récits et des parcours qui donnent du sens à ce que le visiteur voit.

F.N.H. : Oldentic entend également valoriser les talents, les savoir-faire et le patrimoine culturel marocains à travers des expériences originales. Quelle place ces dimensions occupent-elles dans votre modèle et votre stratégie ?

Z. L. : C’est la raison d’être d’Oldentic. Derrière chaque objet artisanal, il y a une histoire et des années de transmission. Nous travaillons directement avec les artisans, les créateurs et les familles qui portent ces savoir-faire, pour construire avec eux des expériences qui leur ressemblent, à un prix juste. Ils restent au centre : ce sont eux qui font vivre l’expérience. Un artisan qui explique son geste raconte en même temps d’où vient son métier, qui le lui a appris et ce qu’il signifie. Ce récit fait partie de l’expérience au même titre que l’objet.

Nous accordons une attention particulière aux femmes, brodeuses, tisserandes, cuisinières, dont le travail se fait souvent à la maison et reste peu visible. Nous développons aussi un catalogue d’expériences pour les hôtels et les riads de Fès, une façon de créer un revenu régulier pour les artisans. À terme, nous voulons reproduire ce modèle dans d’autres régions du Maroc, chacune avec ses propres traditions.

F.N.H. : Quel rôle joue le financement dans la croissance et le développement d’Oldentic ? Quels types de financements ou de partenariats pourraient vous permettre d’accélérer votre activité ?

Z. L. : Le financement est essentiel pour passer d’une activité locale à une plateforme capable de fonctionner dans plusieurs villes. Oldentic est incubée par la SMIT (Société marocaine d'ingénierie touristique), ce qui nous a permis de structurer notre modèle et de tester nos premières expériences sur le terrain.

Le financement des projets culturels reste toutefois un défi au Maroc. Les modèles fondés sur le patrimoine immatériel sont encore peu compris des investisseurs, alors que le secteur a des atouts solides, à savoir une demande internationale en hausse, un ancrage local fort et un impact direct sur l’emploi. Les dispositifs publics, les programmes dédiés aux industries culturelles et créatives et les partenariats avec les grands événements sont aujourd’hui les leviers les plus adaptés. Au-delà de l’argent, nous cherchons des partenaires qui partagent notre vision.

F.N.H. : Quelles sont vos priorités pour les prochaines années ? Comment comptez-vous renforcer votre présence au Maroc et promouvoir davantage l’expérience culturelle marocaine à l’international ?

Z. L. : Au Maroc, notre priorité est d’élargir notre réseau au-delà de Fès et de valoriser la richesse culturelle de chaque région. Concrètement, cela passe par l’enrichissement de notre catalogue, de nouveaux partenariats en région et le lancement de notre plateforme de réservation. À plus long terme, j’aimerais contribuer à faire émerger une nouvelle génération de guides, de médiateurs et d’artisans formés, capables de raconter leur patrimoine.

À l’international, nous voulons faire d’Oldentic un pont culturel entre le Maroc et l’Europe. La Coupe du monde 2030 sera un moment clé. Ainsi, des visiteurs du monde entier viendront pour le football, et nous voulons qu’ils repartent en ayant découvert le Maroc, sa culture et ses savoir-faire. Mon ambition est que chaque visiteur reparte avec le sentiment d’avoir vraiment rencontré le Maroc, et l’envie d’y revenir.

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