Gouvernement El Mansouri : l’opposition donne le ton au Parlement
Investi le 22 octobre avec 204 voix, le gouvernement El Mansouri a affronté une opposition offensive au Parlement. Promesses sociales, justice, foncier et conflits d’intérêts ont dominé les critiques. La cheffe du gouvernement a défendu son programme et le PAM, au fil d’échanges tendus avec le PJD.

La confiance est acquise. Le confort parlementaire, lui, reste à construire. Le 22 octobre, le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri a obtenu l’investiture de la Chambre des représentants avec 204 voix favorables contre 127. Soit six voix au-dessus du seuil requis de 198, alors que les quatre partis de la coalition totalisent 207 sièges. Cet écart ne démontre pas, à lui seul, des dissidences. Il rappelle néanmoins l’importance de la mobilisation des députés pour une majorité dont la marge reste limitée.
Au-delà du scrutin, les échanges ont donné un premier aperçu du rapport de force. La majorité devra répondre à plusieurs oppositions, capables de converger sur les imprécisions du programme sans partager les mêmes orientations. De la justice aux engagements sociaux, les interventions ont placé l’exécutif devant une demande récurrente : préciser ce qui changera, avec quels moyens et dans quels délais.
Les engagements passés au crible
Idriss El Azami El Idrissi, président du groupe PJD, a directement attaqué la composition gouvernementale. « Votre gouvernement est faible électoralement et en termes de représentativité », a-t-il lancé, avant de le qualifier d’« hybride politiquement et idéologiquement ». Il a également critiqué le maintien de ministres associés, selon lui, aux conflits de la précédente législature, notamment dans la justice et les professions concernées par ses réformes.
Son intervention a aussi porté sur l’écart entre les annonces électorales et les engagements gouvernementaux. Retraite minimale à 3.000 DH, aide sociale à 1.000 DH, réforme de l’impôt sur le revenu : El Azami a demandé pourquoi certaines mesures étaient désormais progressives ou soumises à des conditions. « Pourquoi les avez-vous programmées sur cinq ans ? », a-t-il interrogé à propos des changements fiscaux.
Lors de sa réplique, le responsable du PJD a également évoqué le foncier. Il a dénoncé la valorisation de terres agricoles à la faveur des plans d’aménagement, avant de lancer : « Nous suivons tout et surveillons tout ». Dans les propos rapportés, il n’a toutefois nommé ni parcelle ni opération précise.
La pression avait commencé dès la présentation du programme, le 19 octobre. Dans une déclaration à la presse, Abdellah Bouanou l’avait jugé « limité et faible », ajoutant : « Nous espérons que les intentions de lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts sont sincères ». Le député avait accueilli favorablement les principes affichés, tout en demandant des garanties sur leur application.
« Le discours est une chose, la réalité en est une autre », avait-il également souligné dans des propos rapportés par le site du PJD. Bouanou réclamait une traduction législative rapide des engagements anticorruption. Il mettait aussi en cause des situations de conflits d’intérêts au sein de l’exécutif et demandait quelles mesures la cheffe du gouvernement comptait prendre.
Du côté de l’Alliance de la gauche, Omar Mahmoud Benjelloun a concentré ses critiques sur la justice. Il a dénoncé une orientation vers une « justice des riches » et présenté le maintien d’Abdellatif Ouahbi comme la poursuite d’une politique portant atteinte, selon lui, aux acquis en matière de droits. Les procédures judiciaires et le dossier de la profession d’avocat ont alimenté son rejet du programme.
Benjelloun a également interpellé El Mansouri sur son usage de l’arabe. « Les Marocains n’ont pas voté pour vous pour supprimer ou ajouter la hamza », a-t-il déclaré, avant d’appeler le gouvernement à renforcer la place de l’arabe et de l’amazighe dans les politiques publiques.
El Mansouri défend ses choix et son parti
Les critiques ne se sont pas limitées au PJD et à la gauche. Pour le RNI, Yassine Akacha a demandé quelle valeur ajoutée apporterait un exécutif poursuivant plusieurs réformes précédentes. Il a justifié le refus de confiance par le manque de garanties sur le financement et l’exécution des engagements. Le parti défend ainsi un héritage gouvernemental dont d’autres composantes de l’opposition contestent la prolongation.
Rim Chabat, présidente du groupe haraki, a qualifié le programme de « simple déclaration d’intentions ». Elle a réclamé des coûts et des échéances permettant d’en contrôler l’application, ainsi qu’une enquête sur l’utilisation des fonds publics consacrés au soutien du pouvoir d’achat.
En réponse aux critiques d’El Azami contre les origines du PAM et ses pratiques politiques, El Mansouri a répliqué : « Le discours de 2011 ne convient plus aujourd’hui ». Elle a ensuite renvoyé le PJD à ses dix années de responsabilités gouvernementales, notamment dans la santé et l’éducation.
La cheffe du gouvernement a défendu son parti et invoqué son bilan à Marrakech. Elle a expliqué aborder ces questions parce que le PAM avait été mis en cause. Sur la constitution de la coalition, elle a assuré avoir privilégié la proximité des programmes et des références politiques plutôt que la seule addition des sièges.
Cette réponse n’a pas convaincu El Azami. Lors de sa réplique, il lui a reproché de s’être exprimée en coordinatrice du PAM plutôt qu’en cheffe du gouvernement. Il a estimé qu’elle avait privilégié la riposte partisane sans répondre aux questions soulevées par son groupe dans la matinée.
El Mansouri a néanmoins défendu ses choix ministériels et confirmé son engagement en faveur de l’incrimination de l’enrichissement illicite. Elle a aussi reconnu que certaines aides, notamment celles concernant les viandes, n’avaient pas produit les effets attendus. Après l’investiture, l’examen budgétaire donnera une première occasion de confronter les engagements annoncés aux moyens prévus pour les appliquer.





