Don et transplantation d’organes au Maroc : l’urgence d’agir
Journée mondiale du don et de la transplantation d’organes – 17 octobre 2026

Alors que la transplantation d’organes bénéficie, à l’échelle internationale, d’avancées scientifiques, médicales et technologiques majeures, le Maroc demeure confronté à un retard préoccupant dans le développement du don et de la greffe. Ce constat interroge notre capacité collective à transformer les progrès de la médecine en chances de survie pour les patients. Il appelle des décisions concrètes, une organisation renforcée et une volonté politique durable. À l’occasion de cette Journée mondiale, l’association REINS réaffirme un engagement porté depuis plus de vingt ans : sensibiliser la population, promouvoir la solidarité humaine et défendre le droit des malades à accéder aux traitements susceptibles de sauver leur vie.
Le don d’organes est un acte de solidarité qui permet de transformer une épreuve en espoir et d’offrir aux personnes atteintes de défaillances organiques graves la possibilité de retrouver une vie plus autonome. Pourtant, malgré les compétences médicales nationales et l’existence d’un cadre juridique, le nombre de transplantations reste insuffisant au regard des besoins. Derrière cette réalité, il y a des femmes, des hommes et des enfants qui attendent, et l’attente prolongée affecte la santé, l’équilibre psychologique et les perspectives d’avenir. Chaque année sans progrès significatif représente une occasion manquée de sauver des vies.
L’intelligence artificielle : une opportunité à mettre au service des patients
L’IA ouvre de nouvelles perspectives pour améliorer l’organisation du don et de la transplantation. L’analyse des données médicales, l’identification des donneurs potentiels dans le respect du cadre légal, la coordination des équipes et le suivi des patients transplantés constituent autant de domaines dans lesquels les outils numériques pourraient contribuer à améliorer les parcours et à réduire certaines pertes de chance. Toutefois, la technologie ne saurait compenser les insuffisances organisationnelles ou institutionnelles. L’IA ne crée pas des donneurs et ne remplace ni les professionnels de santé ni la responsabilité des autorités. Son efficacité dépend de données fiables, d’infrastructures sécurisées, d’une gouvernance claire et d’une intégration cohérente dans la stratégie nationale de santé. Son utilisation doit impérativement respecter la confidentialité médicale, la protection des données personnelles, la transparence, l’équité et la supervision humaine.
Les recommandations de REINS : passer des constats à l’action
Depuis plus de vingt ans, REINS défend des recommandations dont la pertinence demeure entière. L’association appelle à une mobilisation nationale associant les pouvoirs publics, les institutions sanitaires, les professionnels de santé, les établissements hospitaliers, les acteurs du numérique, les associations et les citoyens. Cette mobilisation doit se traduire par des mesures concrètes : structurer une stratégie nationale du don et de la transplantation, consolider et soutenir les structures existantes et développer une information accessible, continue et adaptée à notre population.
REINS souligne, depuis des années, l’importance de mettre en place un registre numérique national sécurisé dans le respect de la législation et de la volonté des personnes. L’association recommande par ailleurs un suivi national des prélèvements, des transplantations et des patients en attente, fondé sur des indicateurs fiables dans le respect du secret médical. Des solutions d’IA pourraient soutenir cette démarche. Enfin, aucune politique de transplantation ne peut réussir sans la confiance des citoyens. Celle-ci se construit par une information transparente, le respect des convictions et de la volonté des personnes, des réponses précises aux interrogations du public et la garantie d’une pratique médicale rigoureuse et éthique.
Une responsabilité collective qui ne peut plus attendre
Après plus de vingt ans de plaidoyer, REINS estime qu’une nouvelle impulsion est indispensable. Le Maroc dispose de compétences médicales et d’un potentiel numérique qui doivent être pleinement mobilisés pour répondre aux besoins des malades. L’enjeu n’est plus seulement de rappeler l’importance du don d’organes, mais de créer les conditions permettant à la solidarité de se traduire par davantage de greffes et de vies sauvées.
Le don d’organes engage notre conception de la solidarité et de la responsabilité collective. La transplantation donne une chance de vivre et l’IA peut contribuer à mieux organiser cette chaîne de solidarité, tout en restant au service de l’humain.
Professeur Amal Bourquia, néphrologie adulte & pédiatrique, transplantation rénale, santé numérique et IA, experte en éthique, droit à la santé, et communication médicales, écrivaine, Health consulting & conférencière, Présidente de la Société Marocaine Santé Innovation & Environnement et de l’Association REINS.





