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Crédit bancaire : Les grands projets et l’investissement dopent la croissance

À fin août 2026, le crédit bancaire au secteur non financier progresse de 10,5 % sur un an, plus du double de son rythme de fin 2025. Les crédits à l'équipement et les grands chantiers publics expliquent l'essentiel de la hausse. Bank Al-Maghrib anticipe pourtant un retour à 6,1 % en 2027.

LPar L.Ch
|Publié le 18 Octobre 2026 à 12:00
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Crédit bancaire

Le changement de rythme est net. Selon les statistiques monétaires d'août publiées par Bank Al-Maghrib, l'encours des crédits bancaires au secteur non financier atteint 1.070 milliards de dirhams, en hausse de 10,5% sur un an, après 10,1% en juillet.

En août 2025, cette progression n'était que de 3,4%, et elle s'établissait à 4,8% en décembre. La Banque centrale a dû suivre le mouvement : dans son Rapport sur la politique monétaire du 22 septembre, elle relève de 1,3 point sa prévision pour 2026, désormais fixée à 8,1%.

Pour l'économiste et expert Khalid Doumou, les crédits à l'économie connaissent «une dynamique historique, principalement portée par la relance de l'investissement productif du secteur privé, malgré un resserrement de la liquidité qui impose une vigilance accrue de Bank Al-Maghrib». Le détail des chiffres permet de vérifier cette lecture.

La composition de la hausse est plus révélatrice que son ampleur. Sur un an, l'encours total du crédit bancaire, tous secteurs confondus, est passé de 1.161 milliards de dirhams à fin août 2025 à 1.292,3 milliards à fin août 2026, soit une hausse de 131,3 milliards (+11,3%). Les crédits à l'équipement en sont le principal moteur : leur encours a bondi de 30,3%, de 267,4 à 348,4 milliards, soit 81,1 milliards supplémentaires. Les comptes débiteurs et crédits de trésorerie progressent de 9,2%, de 238,4 à 260,2 milliards (+21,8 milliards).

Les crédits à l'habitat restent nettement en retrait, à +2,4%, de 253,2 à 259,2 milliards. Leur composante participative fait exception : le financement participatif à l'habitat atteint 32,3 milliards de DH, contre 27,7 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 16,3%, et sa part dans les crédits à l'habitat passe d'environ 11% à un peu plus de 12%. Sur le seul périmètre du secteur non financier, la croissance des crédits à l'équipement atteint 25,5% et celle des facilités de trésorerie à 9,7%.

Du côté des emprunteurs, deux moteurs se distinguent. Les sociétés non financières privées affichent un encours de 498,2 milliards de dirhams, en hausse de 11,7%, soit 52,1 milliards de plus qu'il y a un an. Ce rythme doit toutefois être relativisé : en août 2025, le crédit aux entreprises privées reculait encore de 0,3%, ce qui offre une base de comparaison favorable. Le second moteur est plus inattendu. L'encours des crédits aux administrations locales a plus que doublé (+111,9%), à 55,6 milliards de DH, soit 29,4 milliards supplémentaires. Cela représente près de 29% de la hausse de 102 milliards du crédit au secteur non financier, et environ 22% de celle de 131,3 milliards du crédit bancaire total.

Dans son Rapport sur la politique monétaire, Bank Al-Maghrib relie l'expansion de ces prêts aux crédits alloués en avril dans le cadre des projets de dessalement de l'eau de mer et d'extension de la ligne à grande vitesse. À l'inverse, la progression des prêts aux entreprises publiques est retombée à 4,4% en août, contre 15,9 % au deuxième trimestre.

La ventilation par branche, disponible pour le deuxième trimestre, confirme cette lecture. Les crédits aux entreprises de l'électricité, du gaz et de l'eau progressent de 12,9%, ceux du commerce de 12,6% et ceux du BTP de 9,8 %. Ils reculent en revanche de 21,6% pour les transports et communications, de 7,1% pour les industries manufacturières diverses et de 3,8% pour le textile.

Les ménages, eux, restent en marge du mouvement. Leur encours de 404,4 milliards de dirhams ne progresse que de 3,4%, et les prêts à l'habitat des particuliers de 2,2% en juillet.

Le signal de fragilité vient des impayés : les créances en souffrance des ménages ont augmenté de 6% en juillet, pour un ratio de 10,9%. Sur l'ensemble du crédit bancaire, l'encours des créances en souffrance atteint 106,5 milliards de dirhams à fin août, contre 102,7 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 3,7%. Leur ratio remonte légèrement sur un mois, de 8,1% à 8,2%. Sur un an, il recule toutefois, car l'encours total du crédit progresse trois fois plus vite que celui des impayés : calculé à partir des encours, il passe d'environ 8,8% à 8,2%.

Ce retrait des ménages contraste avec des conditions d'offre jugées favorables. Selon Khalid Doumou, le financement du logement reste «très compétitif, porté par une concurrence agressive entre les grandes banques de la place, combiné avec des aides étatiques à l'achat de logements économiques».

Il situe les taux nominaux fixes, hors taxes et hors assurances, entre 4,10% et 5,50% selon les banques et la durée de l'emprunt, et le taux effectif global moyen, assurance décèsinvalidité comprise, entre 5,10% et 5,60%. Les fonctionnaires et les salariés du privé en CDI obtiennent les meilleures conditions, parfois à partir de 4% sur certaines maturités.

Le crédit à la consommation et les prêts automobiles, «très prisés au Maroc» selon l'économiste, sont plus chers que les prêts immobiliers, mais restent plafonnés par le taux maximum des intérêts conventionnels, qu'il situe à 13,21%. La poche la plus dynamique reste toutefois celle de la finance participative.

Le contrat Mourabaha «connaît une très forte progression, notamment pour l'acquisition de biens immobiliers», relève Khalid Doumou, ce que confirment les chiffres de Bank Al-Maghrib : le financement participatif à l'habitat progresse de 16,3% sur un an, contre 2,4% pour l'ensemble des crédits à l'habitat.

Cette accélération intervient alors que le crédit aux entreprises renchérit. Selon l'enquête de Bank Al-Maghrib, le taux débiteur moyen a augmenté de 15 points de base au deuxième trimestre, à 4,81%, après une baisse de 16 points au premier trimestre. Pour les entreprises, la hausse atteint 17 points à 4,71%, et 29 points pour l'équipement à 4,65%. Les taux appliqués aux particuliers ont reculé de 15 points à 5,59%. Le taux directeur, lui, est inchangé à 2,25%.

Cette évolution intervient alors que le coût de financement des banques est resté globalement stable entre les deux premiers trimestres, selon la Banque centrale. Elle pourrait ainsi refléter d'autres facteurs, notamment les conditions de risque et les marges appliquées aux différentes catégories de crédits, sans que les données disponibles permettent d'en isoler précisément les effets.

La hausse des encours, elle, s'est poursuivie. Reste la question de la durée. Bank Al-Maghrib prévoit 8,1% pour 2026, puis 6,1% en 2027, une projection inchangée par rapport à juin. Si ces 8,1% désignent la variation de fin d'année, l'objectif impliquerait que l'encours du crédit au secteur non financier ne progresse que d'environ 14 milliards de dirhams entre août et décembre, contre environ 35 milliards sur la même période de 2025.

Autrement dit, une forte décélération dès les prochains mois. Les hypothèses du rapport vont dans ce sens. La croissance ralentirait de 4,4% en 2026 à 2,9% en 2027, sous l'effet d'un recul de 7,6% de la valeur ajoutée agricole, l'activité non agricole remontant à 4%.

L'investissement décélère déjà, avec une progression attendue autour de 10% aux deuxième et troisième trimestres, contre 18,3% un an plus tôt. Dans le même temps, les ventes de ciment sont revenues de 15,4 à 8% et les importations de biens d'équipement en volume de 32,8 à 16,2%.

Plusieurs facteurs pèseront sur cette trajectoire. Le besoin de liquidité des banques devrait se creuser à 146 milliards de dirhams à fin 2026, puis à 168,2 milliards en 2027, sous l'effet de la hausse de la monnaie fiduciaire.

À l'international, la Fed et la BCE ont relevé leurs taux en septembre. Bank Al-Maghrib juge la balance des risques orientée à la baisse pour la croissance et à la hausse pour l'inflation, et dit vouloir décider «réunion par réunion».

Le boom du crédit de 2026 apparaît ainsi moins comme une vague générale que comme le financement de grands projets d'infrastructure et d'un effort d'équipement concentré. Sa durabilité en 2027 dépendra de la capacité de l'investissement privé à prendre le relais une fois ces chantiers financés.

Un relais qui ne passera pas forcément par les banques. Khalid Doumou souligne que la finance bancaire, dite intermédiée, est désormais «concurrencée par la finance de marché», notamment par le capital-investissement, du capital-innovation au capitalretournement, en passant par le capital-développement et le capital-transmission.

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