Crédit aux grands groupes : BAM serre la vis
La Banque centrale a émis une directive obligeant les grands groupes à communiquer à leur banque davantage d’informations financières pour se voir octroyer un crédit. Objectifs : faire face au risque de concentration des crédits bancaires.
C’était dans le pipe depuis plusieurs mois déjà : la Banque centrale allait durcir les conditions d’octroi de crédit aux grands groupes. C’est désormais chose faite avec la publication par le régulateur d’une circulaire allant dans ce sens.
En effet, une directive édictée par Bank Al-Maghrib vient d’élargir considérablement les éléments d’information devant être requis par les établissements de crédit dans le cadre de l’instruction des dossiers de crédit des contreparties relevant de groupes.
Cette nouvelle mesure concerne les entités relevant d’un groupe et dont le montant total de la dette bancaire au niveau dudit groupe est supérieur ou égal à 500 millions de dirhams. Ces entités devront fournir davantage d’informations financières en plus de celles déjà prévues par la directive du gouverneur de Bank Al-Maghrib du 1er avril 2005. Elles sont ainsi tenues désormais de communiquer à la banque la liste des entreprises composant le groupe, celles comprises dans le périmètre de consolidation et, le cas échéant, celles qui en sont exclues. Elles devront également fournir les états de synthèse annuels consolidés du groupe, établis selon les normes admises à l’échelle internationale.
Les entités concernées devront également fournir à la banque des informations sur leur niveau d’endettement bancaire. Ces informations ne concernent pas uniquement les montants des crédits par décaissement, mais portent également sur les engagements par signature (hors-bilan) bénéficiant à l’ensemble des entreprises du groupe à court, moyen et long termes.
Enfin, les grands groupes devront fournir à la banque une série d’informations relatives à la dette privée, à savoir les encours de dette privée émise par les sociétés du groupe et leurs caractéristiques, ainsi qu’une attestation sur l’honneur sur les intentions d’émission de dette privée, au niveau dudit groupe, pour les douze mois à venir.
Ce tour de vis de la Banque centrale vis-à-vis de la propension des banques marocaines à distribuer des crédits aux grands comptes n’est pas une surprise. Cela fait un moment qu’Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, avait dans son collimateur ce type de financement. En janvier dernier, lors d’une conférence de presse, le gouverneur avait déploré qu’en dépit de tous les garde-fous réglementaires mis en place, les banques ont trop concentré leurs risques sur les grands clients.
Or, il s’est avéré que plusieurs grandes entreprises se sont montrées défaillantes ces dernières années, notamment dans des secteurs en difficulté, comme ceux de l’acier, de l’immobilier et du raffinage de pétrole. Les cas Samir, Alliances et Maghreb Steel, qui donnent encore des sueurs froides aux banques créancières, sont là pour en témoigner. «Il y a des verrous et des garde-fous qu’il faut observer. Que font les comités de grands risques ? Que
font les Conseils d’administration ?», s’interrogeait alors Jouahri. Si le coefficient de division des risques n’a finalement pas été modifié comme il l’avait annoncé lui-même, Jouahri a donc décidé de mieux encadrer l’attribution de crédits aux gros clients en densifiant les éléments d’informations financières à fournir, et en les centralisant. «Les banques n’ont pas toujours connaissance de l’encours de la dette privée d’un grand client, de sa dette à l’égard des fournisseurs, etc. En centralisant ces informations et en les globalisant, les établissements de crédit seront à même d’avoir une idée plus précise du niveau d’endettement des grands groupes et de leur situation financière réelle, de mieux apprécier le risque, et partant, de pouvoir accorder des prêts en toute connaissance de cause», expliquait alors Jouahri. Un chantier finalement mené rapidement par la Banque centrale. De quoi inciter les banques à se tourner encore davantage vers le segment de la petite et moyenne entreprise.
Amine El Kadiri





