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Economie

Conjoncture: 2023, un exercice particulièrement difficile

Après une année 2022 marquée par des niveaux d’inflation exceptionnellement élevés, une situation géopolitique difficile et un resserrement des politiques budgétaires et monétaires, l’économie nationale connait de nouvelles perturbations en 2023.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 5 Août 2023 à 10:00
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Conjoncture: 2023, un exercice particulièrement difficile

Après un fort rebond post-crise sanitaire, l’économie marocaine a subi la pression croissante de chocs d’offres se chevauchant : une grave sécheresse couplée à la flambée des prix des matières premières qui ont nourri l’inflation. Selon les dernières prévisions de Bank Al-Maghrib, la croissance de l’économie nationale devrait s’établir à 2,4% en 2023, puis s’améliorer à 3,3% en 2024. «La succession de deux années de sécheresse conjuguée à un environnement externe globalement défavorable continuent de peser sur l’activité économique. Avec une production céréalière estimée par le Département de l’agriculture à 55,1 millions de quintaux, la croissance de la valeur ajoutée agricole devrait se limiter à 1,6% en 2023, après une contraction de 12,9% un an auparavant», explique l’institution monétaire. Une projection qui ne varie pas beaucoup par rapport à celle de la Banque mondiale qui s’attend à une croissance économique de 2,5% en 2023, avant de progresser à 3,3% en 2024. En 2024, la valeur ajoutée agricole devrait, sous l’hypothèse d’une récolte céréalière de 70 millions de quintaux, croître de 5,5%, prévoit BAM.

Pour les secteurs non agricoles, la progression de leur valeur ajoutée ralentirait de 3% en 2022 à 2,5% en 2023, avant de s’accélérer à 3,2% en 2024. La décélération de la demande extérieure adressée au Maroc et le maintien des prix des matières premières à des niveaux élevés, quoiqu’en légère baisse, sont également cités comme des éléments susceptibles de peser sur la croissance. Récemment, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a livré ses prévisions pour le 3e trimestre de l’année en cours. Ainsi, l’activité économique devrait progresser de 3,4% au troisième trimestre 2023, en variation annuelle, au lieu d’une hausse de 1,9% au cours de la même période de l’année antérieure.

Selon lui, la valeur ajoutée agricole devrait, ainsi, augmenter de 6,8% au 3e trimestre 2023, portée par la poursuite du redressement de la production végétale. En face, la baisse de la production animale s’atténuerait, dans un contexte de mise en œuvre des mesures de lutte contre les effets de la sécheresse visant à assurer un approvisionnement suffisant en orge pour les éleveurs du grand bétail. Parallèlement, le HCP estime que la résilience de la demande devrait entretenir une hausse de la valeur ajoutée des activités hors agriculture de 3,3% au T3-2023, en variation annuelle. Quant à elle, la croissance hors agriculture, essentiellement soutenue par les services de l’hébergement et la restauration depuis la mi-2021, se rééquilibrerait progressivement au profit des autres branches d’activité, prévoit la même source.

 

Une inflation qui redescend

Comme dans une grande partie du monde, la guerre en Ukraine, conjuguée à la réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, a favorisé une forte augmentation du taux d’inflation, l’inflation annuelle marocaine atteignant un pic de 10,1% en février 2023, avant de ralentir les mois suivants pour s’établir à 7,1% en mai. Il faut noter que le rythme de progression décélère pour la 1ère fois depuis six trimestres de hausse s’établissant à 7,1% en glissement annuel, au lieu de 9,1% un trimestre auparavant, selon le HCP. Pour atténuer les répercussions de la hausse des prix des aliments et de l’énergie sur les ménages, le Maroc a adopté une série de mesures, notamment l’octroi de subventions générales sur certains produits de première nécessité et le maintien des prix réglementés préexistants.

Cette approche a stabilisé les prix des biens et des services qui absorbent près d’un quart des dépenses moyennes des ménages, évitant ainsi une augmentation plus prononcée de la pauvreté. Cela aura nécessité la mobilisation de dépenses publiques supplémentaires, correspondant à presque 2% du PIB. Malgré ces mesures, ce sont les ménages modestes et vulnérables qui continuent de souffrir le plus de l’impact de la poussée inflationniste des prix alimentaires et autres prix. Selon un rapport de la Banque mondiale, l’inflation annuelle a été pratiquement 30% plus élevée pour les 10% les plus pauvres de la population, par rapport aux 10% les plus riches, principalement en raison de l’impact de la hausse des prix alimentaires qui représente une part plus importante de dépenses chez les ménages les plus pauvres. Le rapport établit également que la grande réforme de la protection sociale envisagée par le Royaume, permettra le ciblage des aides publiques aux ménages modestes et vulnérables.

 

Déficit budgétaire exacerbé

L’année 2023 s’annonce également comme un défi financier pour l’État. En effet, la poursuite prévue de l’évolution des dépenses budgétaires, alourdies par le niveau élevé des prix des produits subventionnés et par l’effort budgétaire en matière de la généralisation de la protection sociale et de la réforme de la santé et de l’éducation, devrait exercer davantage de pression sur les finances de l’État en 2023. Dans ce cadre, les dépenses ordinaires devraient se stabiliser à près de 19,7% du PIB et rester toutefois supérieures à la moyenne annuelle de 18,7% enregistrée durant la période 2015-2020. Cette hausse s’explique principalement par le maintien des dépenses de compensation à près de 2,5% du PIB au lieu d’une moyenne de 1,4% au cours de la même période. En outre, l’accroissement attendu des dépenses des autres biens et services et celui de la masse salariale devraient alourdir davantage les dépenses ordinaires.

Quant aux recettes ordinaires, elles devraient ralentir en 2023 pour s’établir à 19,5% du PIB, en léger recul par rapport à leur niveau estimé en 2022, suite notamment au ralentissement prévu des recettes de l’IS et celles de la TVA à l’importation et des droits de douane. De leur côté, les recettes non fiscales devraient atteindre 2,2% du PIB, bénéficiant de la mobilisation des mécanismes innovants de financement et des recettes de monopole. En tenant compte des dépenses d’investissement qui devraient s’établir à 5,5% du PIB, le déficit budgétaire devrait se maintenir à près de 5,5% du PIB en 2023.

 

 

 

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