BTP : les grues se relèvent
Après plusieurs années léthargiques, le secteur du BTP renoue avec une dynamique que peu anticipaient encore. Les programmes publics, les projets structurants et le retour d’une demande soutenue installent une cadence soutenue pour l’ensemble du secteur.

La sortie de crise se lit d’abord dans les données opérationnelles. Les livraisons de ciment, baromètre avancé de l’activité, sont orientées à la hausse depuis 2024. À fin octobre 2025, elles franchissent 12,37 millions de tonnes, soit une progression annuelle supérieure à 11%. Le béton prêt à l’emploi, segment étroitement lié aux chantiers d’infrastructures, enregistre, lui aussi, une croissance à deux chiffres. La valeur ajoutée du secteur renoue avec un rythme soutenu après plusieurs années de stagnation.
Ce redressement s’inscrit dans un cycle activé par des commandes fermes et des programmes pluriannuels. La reconstruction post-séisme constitue l’un des leviers les plus puissants de cette inflexion. Le programme d’Al Haouz, doté de 120 milliards de dirhams sur cinq ans, crée un socle de travail continu pour les entreprises du BTP, de l’ingénierie aux gros-œuvres. La reconstruction ne se limite pas au remplacement de l’existant : elle intègre une montée en gamme technique, notamment en matière de normes parasismiques, et génère une demande soutenue en études, en matériaux et en main-d’œuvre qualifiée.
Pour beaucoup d’opérateurs, ce chantier national est devenu un moteur d’activité comparable, en intensité, à celui des grands programmes hydrauliques ou autoroutiers des années 2000. En parallèle, l’agenda sportif accélère les investissements. La préparation de la CAN 2025 et de la Coupe du monde 2030 impose un calendrier exigeant pour la modernisation des stades et la mise à niveau des infrastructures d’accueil. La première phase de rénovation de six stades mobilise 9,5 milliards de dirhams d’ici 2025.
Une seconde vague, alignée sur les normes FIFA, portera l’enveloppe additionnelle entre 4,5 et 6 milliards de dirhams jusqu’en 2028. À cela s’ajoute la construction du nouveau stade de Benslimane, estimée à 5 milliards de dirhams. Ces chantiers, techniquement lourds, tirent à la fois l’activité d’exécution, les études, la supply chain et les équipements spécialisés. Le signal politique est tout aussi déterminant. Pour 2024, le ministère de l’Équipement et de l’Eau a inscrit 64 milliards de dirhams d’investissements, contre 41 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 56%. Peu de secteurs bénéficient aujourd’hui d’une impulsion budgétaire d’une telle ampleur. Cette enveloppe irrigue les routes et autoroutes, les ports, les équipements hydrauliques, les hôpitaux, les ouvrages ferroviaires et l’ensemble des infrastructures structurantes.
L’effet d’entraînement sur le BTP est immédiat : les carnets se remplissent, les besoins en ingénierie augmentent et la visibilité opérationnelle s’améliore. Cette reprise ne se fait toutefois pas sans tensions. La pénurie de compétences, déjà identifiée avant la crise, devient plus critique encore dans un contexte d’accélération. Ingénieurs, chefs de projets, techniciens spécialisés, laboratoires, bureaux de contrôle : l’ensemble de la chaîne fait face à un déficit de ressources. La reconstruction d’Al Haouz a déjà révélé des retards liés au manque de main-d’œuvre qualifiée. Les échéances de 2025 et 2030, fortement médiatisées, ne tolèrent pas ce type de décalages.
Le secteur doit composer simultanément avec la rareté des profils, la montée de la demande et l’exigence accrue de qualité. Les tensions portent également sur les matériaux. Le rythme des projets augmente la pression sur le ciment, l’acier, les agrégats, les conduites et les produits techniques. Le secteur anticipe des contraintes d’approvisionnement, qui nécessitent une adaptation des cahiers des charges, une accélération des autorisations de carrières et une valorisation plus poussée des matériaux locaux.
L’enjeu est de garantir la disponibilité et contenir les coûts dans un contexte d’exécution intensif. Le Maroc entre ainsi dans une configuration inédite où la relance du BTP repose sur trois leviers simultanés : un programme national de reconstruction, un agenda sportif international, et une forte mobilisation de l’investissement public.
Ce triptyque crée une fenêtre de croissance comparable à celle des grandes décennies d’équipement du pays. Reste à savoir si le secteur parviendra à transformer cette impulsion en cycle durable, fondé sur la montée en compétence, la structuration de la commande publique et l’amélioration des pratiques contractuelles. La reprise ne fait aucun doute. Ce qui reste à vérifier, c’est la capacité du secteur à suivre la cadence des mois et des années à venir. Les chantiers sont là; il faudra maintenant démontrer qu’on peut les mener sans dispersion ni relâchement.
Bourse : Les opérateurs BTP tournent à plein régime
Le marché du BTP connaît une véritable effervescence sur la Bourse de Casablanca, notamment depuis l’attribution du Mondial 2030 et l’accélération de la commande publique dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Les trimestriels des entreprises sont venus conforter les investisseurs dans leur choix. TGCC et Jet Contractors, les deux acteurs emblématiques du secteur, se distinguent par leur capacité à décrocher des contrats stratégiques et à s’imposer comme des références sur le marché national et africain. TGCC, fort de ses plus de 30 ans d’expérience, poursuit sa croissance en s’appuyant sur une solide expertise et une diversification dans des domaines variés tels que la santé, l’hôtellerie, le commercial et l’industriel. Son récent communiqué de presse met en avant un carnet de commandes culminant à 20,2 Mds de dirhams à fin septembre 2025. Les investissements réalisés au cours du troisième trimestre poursuivent la trajectoire engagée depuis le début de l’année, avec un niveau de Capex en forte hausse, atteignant 606,4 MDH en cumulé annuel. De son côté, Jet Contractors confirme sa trajectoire ascendante en clôturant le troisième trimestre 2025 avec un chiffre d’affaires consolidé de 2,31 Mds de dirhams, en augmentation de 9,8% par rapport à la même période de l’année précédente. Sur le seul T3, le chiffre d’affaires consolidé ressort à 854,37 MDH contre 728,21 MDH à la même période en 2024. L’investissement cumulé à fin septembre ressort à 350,49 MDH. Le carnet de commandes du groupe s’élève à 11 Mds de dirhams, en progression de 22%.





