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Bourse de Casablanca : le retour fulgurant des introductions en Bourse

Entre 2020 et 2025, huit entreprises marocaines ont fait le choix de s’introduire en Bourse. Ce mouvement, amorcé timidement avec Aradei Capital fi n 2020 en pleine pandémie, a pris de l’ampleur au fi l des années avec TGCC, Disty Technologies, Akdital, CFG Bank, CMGP Group, Vicenne et tout récemment Cash Plus et SGTM. En cinq ans, ce sont près de 5 milliards de dirhams qui ont été levés sur le marché primaire

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 6 Janvier 2026 à 10:00
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Bourse de Casablanca : le retour fulgurant des introductions en Bourse

Cette nouvelle séquence d’IPO marque le retour d’une Bourse qui retrouve progressivement sa fonction première de financement de l’économie. Les introductions ne concernent plus seulement les grands groupes, mais touchent désormais des entreprises de taille intermédiaire, issues de secteurs variés et souvent soutenues par des investisseurs en capital développement.

Lors de la conférence de présentation de l’IPO de Vicenne, Younes Benjelloun, cofondateur et Directeur général de CFG Bank, a replacé cette dynamique dans une perspective plus large. Pour lui, le regain d’activité sur le marché primaire traduit la montée en puissance d’un «écosystème» où les entreprises grandissent, s’ouvrent au capital-investissement, puis sollicitent la Bourse pour financer la prochaine étape de leur développement. «Nous étions sur un rythme d’une introduction par an; je pense que nous passerons bientôt à trois.

L’objectif ultime serait d’atteindre une opération par mois», a-t-il indiqué, souhaitant que ce cercle vertueux s’accélère. Selon lui, une cadence plus soutenue permettrait de refléter la diversité de l’économie marocaine, encore peu représentée dans certains secteurs comme l’automobile ou le textile. «Nous avons ouvert de nouveaux compartiments, mais il reste de grandes industries absentes de la cote», a-t-il rappelé.

La période 2010- 2019 avait été particulièrement calme : à peine quatre IPO en dix ans, une absence quasi totale d’opérations majeures et une liquidité stagnante. Le redémarrage constaté à partir de 2020 tient autant à la volonté des autorités de relancer la place casablancaise qu’à la maturité d’une nouvelle génération de dirigeants. Ceuxci perçoivent désormais la cotation non comme une contrainte administrative, mais comme un levier de financement structurant et un vecteur de gouvernance.

Une participation record du public

Si le montant global souscrit de ces opérations a atteint 114,4 milliards de dirhams, les quatre dernières introductions ont toutefois révélé un phénomène inédit : l’arrivée massive d’investisseurs particuliers. Cash Plus a attiré plus de 37.000 souscripteurs, tandis que SGTM a réalisé un record absolu pour le marché marocain à 171.377 souscripteurs. Par ailleurs, les taux de couverture ont atteint des niveaux rarement observés (64x pour Vicenne et Cash Plus), soit une demande bien plus supérieure à l’offre proposée.

Ces chiffres traduisent une appétence renouvelée du grand public pour les actifs boursiers, nourrie par la digitalisation de l’accès au marché et par la médiatisation des opérations récentes. Les intermédiaires financiers confirment une forte hausse des ouvertures de comptes-titres depuis fin 2023, particulièrement chez les jeunes actifs urbains. «Les IPO sont redevenues des moments d’éducation financière collective. Elles contribuent à réconcilier les ménages marocains avec l’investissement en actions», nous explique un directeur de société de Bourse.

 

Une économie réelle mieux représentée

Cette nouvelle vague d’introductions offre une photographie fidèle du tissu productif marocain. Les sociétés issues du BTP, de la santé, de l’agriculture et des services financiers dominent le mouvement, et reflètent également les grands chantiers de la décennie : urbanisation, souveraineté alimentaire et développement du capital humain. Cette diversification tranche avec les années précédentes, où la cote marocaine restait concentrée sur les banques, l’immobilier et les télécoms.

La Bourse de Casablanca attire désormais des entreprises de croissance, en phase avec les transformations économiques du pays. Au-delà des volumes levés, la structure des opérations a évolué. Les augmentations de capital dominent les simples cessions d’actions, signe que les sociétés cherchent à financer leur expansion plutôt qu’à offrir de la liquidité à leurs actionnaires historiques. La qualité de la préparation (gouvernance, audit, communication financière) s’améliore visiblement, sous l’impulsion de l’AMMC et de la Bourse de Casablanca.

En parallèle, l’introduction d’un marché alternatif commence à porter ses fruits : Disty Technologies a ouvert la voie à un modèle de cotation simplifié, mieux adapté aux PME à potentiel. Malgré ces avancées, le marché primaire reste étroit par rapport au potentiel économique du pays. La capitalisation flottante ne représente qu’un très petit pourcentage du PIB, et la liquidité sur certaines nouvelles valeurs retombe rapidement après la période de cotation initiale. Les analystes soulignent également le faible nombre d’acteurs étrangers actifs sur le marché marocain, limitant la profondeur des échanges. L’enjeu, à moyen terme, sera de transformer l’intérêt ponctuel en participation durable. Cela passe par une offre d’information adaptée aux particuliers, une politique de dividendes cohérente et un renforcement du rôle des sociétés de Bourse dans l’accompagnement post-introduction.

Trois ans après, que deviennent les sociétés introduites en Bourse?

Entre 2020 et 2022, Aradei Capital, TGCC, Disty Technologies et Akdital ont marqué le retour des introductions en Bourse à Casablanca. Trois ans plus tard, leurs trajectoires sont contrastées mais globalement positives, tant sur le plan opérationnel que boursier. Introduite fin 2020, Aradei Capital poursuit une croissance maîtrisée. Au S1 2025, le chiffre d’affaires atteint 308 MDH (+4%), le FFO 155 MDH (+2%) et la valeur du patrimoine 8 Mds de DH. Avec un LTV de 40% et de nouveaux projets à Casablanca, la foncière conserve un profil défensif. Le titre gagne 13,25% depuis l’IPO. TGCC, cotée en 2021, a changé d’échelle avec l’intégration de STAM VIAS.

À fin juin 2025, le produit d’exploitation progresse de 43,6% à 5,6 Mds DH et le carnet de commandes atteint 19,1 Mds de DH. Le titre affiche une performance spectaculaire de +553%. Disty Technologies confirme la pertinence du marché alternatif. Son chiffre d’affaires progresse de 13% au S1 2025, avec une amélioration des marges. Le titre avance de 29,9% depuis son introduction. Akdital reste la vedette du cycle IPO. Son chiffre d’affaires cumulé sur neuf mois bondit de 55%, porté par une expansion nationale et un premier déploiement en Arabie Saoudite. En Bourse, le titre s’apprécie de plus de 340%.

 

Premiers pas en Bourse : Comment traverser ses premiers cycles sans paniquer

La Bourse de Casablanca vit un nouvel âge d’or des introductions. Avec lui, une génération de primo-investisseurs découvre la réalité du marché : il ne monte pas toujours, il respire et baisse aussi. Comprendre les cycles et les émotions qui les accompagnent est la première leçon de longévité. Depuis quelques années, les vagues d’introductions en Bourse ont attiré des milliers de nouveaux investisseurs particuliers. Pour beaucoup, la première expérience boursière s’est faite dans un contexte euphorique : des opérations sursouscrites, des montées en flèche dès les premiers jours de cotation, et un sentiment général d’opportunité. Mais comme tout marché, la Bourse évolue par phases. Après la montée, vient la consolidation. Et c’est souvent là que se joue la différence entre un épargnant opportuniste et un investisseur averti. «L’expérience boursière ne se mesure pas à la taille des plusvalues, mais à la capacité à traverser les corrections sans perdre sa discipline», résume un gérant d’OPCVM. La première correction boursière est toujours un moment révélateur. Les investisseurs découvrent que les marchés n’évoluent pas en ligne droite. Un repli de 5 à 10%, après plusieurs mois de hausse, ne traduit pas un retournement mais une phase de réajustement naturel, où les prix se réalignent sur les fondamentaux. Ce phénomène est sain. Il marque la transition d’un marché d’émotion à un marché de conviction. Il apprend la patience, la discipline et la gestion du risque…les vraies fondations d’un investisseur durable.

 

 

 

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