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African Financial Investment: «Le MASI se situe probablement dans une zone d’opportunité»

Après trois années de forte hausse, la Bourse de Casablanca évolue quasiment à l’équilibre depuis le début de 2026. Pour Tarik Amiar et Jérôme Boumengel, associés du cabinet African Financial Investment, cette séquence ne remet pas en cause la tendance de fond. Reprise des volumes, stabilité des taux, résultats semestriels, valorisations et pétrole : les deux experts passent en revue les principaux enjeux de cette rentrée boursière. Propos recueillis par Y. Seddik

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 11 Septembre 2026 à 18:00
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African Financial Investment: «Le MASI se situe probablement dans une zone d’opportunité»

Finances News Hebdo : Le MASI est aujourd’hui quasiment à l’équilibre depuis le début de l’année, après une séquence de forte hausse. Comment appréciez-vous la configuration actuelle du marché ?

Tarik Amiar : La comparaison avec l’année dernière est assez parlante. À la même période en 2025, le MASI affichait une performance de 35,65% depuis le début de l’année. Aujourd’hui, nous sommes autour de -0,18%. Mais il est également intéressant de regarder les autres indices. Le MASI 20 affiche une baisse de 8,6% depuis le début de l’année, tandis que le MASI RB, qui tient compte des dividendes réinvestis, progresse de 2,48%. Cela montre notamment l’importance des dividendes dans la performance globale d’un investissement.

Depuis notre dernière émission, fin avril, on observe néanmoins des signes de reprise. Le MASI progresse de 1,23% sur cette période, le MASI 20 de 0,13% et le MASI RB de 3,85%.

Il faut aussi remettre cette évolution en perspective. Après trois années positives en 2023, 2024 et 2025, nous avions évoqué la nécessité d’accorder davantage d’importance à l’allocation d’actifs et la possibilité d’une phase de consolidation ou de correction. C’est ce que nous observons aujourd’hui. Pour autant, la tendance haussière de fond engagée depuis 2023 n’est pas remise en question.

F.N.H. : Justement, que vous dit aujourd’hui l’analyse technique du MASI ? La tendance de fond reste-t-elle intacte ?

Jérôme Boumengel : Oui. Depuis le point haut que nous avions identifié en septembre dernier, le MASI a retracé une partie de la hausse engagée depuis 2023, après la correction de 2022.

Cette consolidation se déroule jusqu’ici dans de bonnes conditions. Les volumes ont globalement accompagné ce mouvement à la baisse, ce qui ne traduit pas une forte pression vendeuse, et l’indice reste au-dessus de sa moyenne mobile à 100 semaines.

Plus récemment, nous avons aussi observé des velléités de reprise. Le MASI est notamment sorti par le haut de son triangle de consolidation. Parallèlement, les indicateurs techniques, qui étaient en situation de surachat en septembre dernier, sont revenus sur des niveaux beaucoup plus neutres.

Je pense donc qu’un rattrapage est possible et que l’indice pourrait reprendre une tendance haussière d’ici la fin de l’année, voire au premier trimestre 2027. Je ne m’attends pas à retrouver les performances de 2024 ou 2025, mais un retour sur les sommets de septembre, autour de 20.150 points, me paraît envisageable. À un horizon de six à douze mois, nous avons un objectif autour de 22.000 points.

F.N.H. : Les volumes avaient nettement reculé ces derniers mois. La reprise observée depuis août constitue-t-elle un signal encourageant ?

T.A. : Lors de notre dernier épisode, fin avril, nous avions justement attiré l’attention sur la tendance baissière des volumes. Elle s’est ensuite confirmée. La moyenne mobile à 20 jours des volumes sur le marché central est passée d’environ 500 millions de dirhams à 268 millions actuellement, soit presque une division par deux. Elle avait également croisé à la baisse les moyennes mobiles à 50 et 100 jours durant l’été.

Depuis août, la situation commence toutefois à s’améliorer. La moyenne à 20 jours croise désormais à la hausse celle à 50 jours et se rapproche progressivement de la moyenne à 100 jours.

Il faut certes tenir compte de certaines opérations atypiques qui peuvent gonfler ponctuellement les volumes. Mais même en les retraitant, la reprise reste encourageante.

Les volumes sont importants parce qu’ils permettent de confirmer la solidité d’une tendance. En 2025, par exemple, leur baisse alors que les cours continuaient de monter constituait une divergence qui pouvait laisser entrevoir une correction. Inversement, lorsque les cours et les volumes reculent simultanément, cela peut annoncer l’essoufflement de la pression vendeuse et préparer une phase de consolidation ou de reprise.

F.N.H. : Sur le marché obligataire, les taux restent globalement stables malgré quelques tensions récentes. Comment analysez-vous cette évolution ?

T.A. : L’environnement reste effectivement assez stable. On observe toutefois récemment une petite tension haussière, qui peut notamment s’expliquer par des besoins plus importants du Trésor. On le voit, entre autres, à travers la diminution de ses placements sur le marché monétaire.

Mais le marché reste surtout dans l’attente de la prochaine décision de politique monétaire de Bank Al-Maghrib, prévue le 22 septembre. Cette décision devrait donner davantage de visibilité sur l’orientation des taux au quatrième trimestre et peut, à ce titre, jouer un rôle de catalyseur pour le marché.

F.N.H. : Justement, quels sont selon vous les principaux catalyseurs à surveiller d’ici la fin de l’année ?

T.A. : Le contexte international reste évidemment déterminant, notamment pour la prochaine décision de Bank Al-Maghrib. C’est aussi pour cette raison que le statu quo est aujourd’hui le scénario globalement attendu. La situation géopolitique reste toutefois très volatile et, surtout, imprévisible. À l’inverse, au niveau national, nous avons des catalyseurs fondamentaux plus solides, en particulier les réalisations des sociétés cotées.

Sur les chiffres actuellement disponibles, les revenus du premier semestre 2026 affichent une croissance de près de 11% sur un an. Pour remettre cette progression en perspective, nous étions autour de 7% au premier semestre 2025 et de 4% au premier semestre 2024.

En 2025, la croissance annuelle des chiffres d’affaires avait été proche de 10%, avec une progression des résultats nets proche de 40%. En 2024, les revenus avaient augmenté d’environ 5 à 6% et les résultats nets de plus de 10%. L’environnement fondamental des émetteurs reste donc globalement favorable.

Il faut également rappeler les performances du marché : +12,8% en 2023, +22,2% en 2024, puis +27,6% en 2025. Sur trois ans, la hausse cumulée est donc très importante et reflète déjà en partie l’amélioration des fondamentaux.

La prochaine étape sera surtout d’analyser la confirmation de ces réalisations avec les publications détaillées. Il faudra regarder les marges, les résultats nets et les agrégats propres à chaque secteur et à chaque société. C’est là que nous pourrons réellement identifier les catalyseurs les plus importants.

F.N.H. : Vos indicateurs prospectifs sur le MASI 20 commencent-ils à faire apparaître des signaux de reprise ?

J.B. : Oui. Le scénario favorable que donne aujourd’hui l’analyse technique est renforcé par plusieurs indicateurs prospectifs.

Le premier concerne les bénéfices attendus à douze mois, qui constituent en quelque sorte le moteur d’un marché actions. Leur croissance est actuellement estimée autour de 18% en glissement annuel.

C’est moins qu’en début d’année et nous observons effectivement un ralentissement du momentum bénéficiaire. Mais une croissance de 18% reste très supérieure à la moyenne des dix dernières années. On ne peut donc pas parler de contraction attendue des résultats. Nous sommes davantage dans une phase de normalisation après une période de très forte croissance. Les perspectives bénéficiaires restent favorables.

Un deuxième élément intéressant est la divergence entre la dynamique des bénéfices et celle des cours. Le momentum bénéficiaire se situe autour de +18%, tandis que celui du MASI est autour de -17%, soit un écart de près de 35 points.

Cela signifie que la correction boursière a été beaucoup plus forte que la dégradation des perspectives bénéficiaires. Historiquement, ce type de divergence peut créer un potentiel de rattrapage. Deux scénarios sont possibles : soit les cours remontent pour rejoindre la dynamique des bénéfices, ce qui est le scénario que je privilégie, soit les estimations bénéficiaires sont à nouveau révisées à la baisse.

F.N.H. : Et du côté des valorisations ?

J.B. : Le PER prospectif à douze mois se situe actuellement autour de 16 fois les bénéfices attendus. Il évolue donc près de la borne basse de son enveloppe historique récente de volatilité. Concrètement, cela signifie que le marché apparaît en moyenne relativement attractif par rapport à ses niveaux récents de valorisation. Notre indicateur d’appétit ou d’aversion pour le risque montre également que les investisseurs restent très prudents vis-à-vis des actions marocaines. L’aversion au risque est devenue particulièrement élevée.

D’un point de vue contrarien, ce pessimisme peut devenir intéressant, puisqu’il signifie qu’une part importante des risques est déjà intégrée dans les cours.

Je dirais donc qu’aujourd’hui, le MASI se situe probablement davantage dans une zone d’opportunité que dans une zone de risque.

F.N.H. : Pour terminer, que vous dit l’analyse technique du pétrole dans un contexte géopolitique qui reste très incertain ?

J.B. : Les prix du pétrole ont connu des mouvements très importants. Sur le Brent, nous étions montés autour de 120 dollars le baril avant de revenir vers 70 dollars. Aujourd’hui, les cours se rapprochent de nouveau des 100 dollars.

Nous pourrions revenir vers les précédents sommets, mais je ne pense pas que les prix puissent aller beaucoup plus haut de manière durable. À plus long terme, j’imagine plutôt un pétrole évoluant dans une large zone comprise entre 80 et 110 dollars le baril.

Il faudra donc probablement s’habituer à des prix de l’énergie plus élevés qu’auparavant. Mais les entreprises s’adaptent et beaucoup ont déjà montré leur capacité de résilience face à ce nouvel environnement. À court terme, je ne m’attends pas non plus à revoir facilement des cours sous les 65 dollars le baril.

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