Entretien avec Bouazza Kherrati : Nouveau gouvernement, Les attentes des consommateurs
La Fédération marocaine des droits du consommateur appelle le nouveau gouvernement à prendre des mesures concrètes pour contenir la hausse des prix. Son président, Bouazza Kherrati, préconise notamment une réduction de la taxe intérieure de consommation (TIC) sur les carburants dans le cadre du PLF 2027. Une mesure qui, selon lui, permettrait de limiter les répercussions du renchérissement des carburants sur les prix des produits de consommation.

Finances News Hebdo : Quelles sont vos attentes par rapport au prochain gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri ?
Bouazza Kherrati : Les gouvernements précédents ont accusé des manquements dont les conséquences continuent de peser sur le pouvoir d’achat des Marocains. Combler les lacunes accumulées et corriger les dysfonctionnements qui ont fragilisé la capacité des ménages à faire face à la hausse du coût de la vie nécessitera plusieurs années. Nous espérons que le gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri saura relever ce défi et répondre aux attentes des citoyens.
L’amélioration du pouvoir d’achat, qui figure dans les programmes électoraux de l’ensemble des partis politiques, devra occuper une place centrale dans l’action gouvernementale. Il s’agit d’une responsabilité transversale qui engage plusieurs départements ministériels. La Cheffe du gouvernement devra donc opérer les arbitrages nécessaires et assurer une coordination efficace pour obtenir des résultats concrets.
Au-delà des engagements, c’est une véritable volonté politique qui devra se traduire dans les faits, notamment face à la flambée des prix de certains produits de première nécessité, comme la viande. Le consommateur marocain doit être placé au cœur des priorités gouvernementales et devenir l’un des principaux bénéficiaires des politiques de développement. Car l’amélioration durable du pouvoir d’achat ne relève pas seulement d'un impératif économique : elle constitue également un facteur déterminant de cohésion et de paix sociale.
F. N. H. : Lors de la campagne électorale, il a été évoqué un SMIG à 5.000 DH, une prime sociale de 1.000 DH minimum. Quel est votre avis ?
B. Kh. : Un SMIG à 5.000 DH et une prime sociale à 1.000 DH sont une bonne initiative, mais les entreprises marocaines ont-elles la capacité d’appliquer un tel engagement ? L’Etat a-t-il assez de ressources pour financer les aides ?
Il faut rappeler que certains investisseurs étrangers ont lancé leurs projets au Maroc sur la base d’une main-d’œuvre à moindre coût. D’ailleurs, c’est l’argument avancé par le Maroc pour attirer les porteurs de projets étrangers, notamment dans certaines filières comme l’automobile. Le SMIG doit être proportionnellement lié à l’évolution du coût de la vie. Notre fédération propose de l’indexer sur la variation des prix des hydrocarbures.
Le Maroc ne dispose pas de beaucoup de richesses. Il tire essentiellement ses recettes fiscales des consommateurs sous forme d’imports indirects (TVA et TIC) et d’impôts directs (IR et IS). Une augmentation de salaire agit sur l’inflation. Il est donc préférable d’améliorer les conditions de vie des consommateurs à travers de meilleurs services de santé et d’enseignement et d’autres prestations.
F. N. H. : Que proposez-vous pour maîtriser la hausse des prix des carburants. Etes-vous pour le plafonnement des prix ?
B. Kh. : Nous avons tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises sur ce sujet et appelé le gouvernement à intervenir pour mettre en place un mécanisme permettant d’atténuer l’effet de cette hausse.
Sur les carburants, l’Etat perçoit 3,60 DH de TIC sur un litre de diesel et 3,74 DH sur un litre d’essence, il peut jouer sur ce volet et baisser les prix.
On avance souvent le plafonnement des prix pour maîtriser la hausse des prix, mais cela n’a pas de sens dans la mesure où le Maroc est un pays libéral. Nous proposons d’instaurer un organisme de régulation du secteur comme ce qui a été fait pour les télécoms à travers l’ANRT, ou pour l’audiovisuel avec la HACA.
F. N. H. : Avez-vous des propositions réglementaires ou fiscales pour améliorer le pouvoir d’achat des Marocains ?
B. Kh. : Nous pensons à des amendements du PLF 2027 portant sur la diminution de la TIC sur les carburants. C’est la voie la plus simple pour alléger le coût du panier de la ménagère et, de façon indirecte, pour améliorer le pouvoir d’achat des Marocains. Il faut développer l’investissement en vue de créer des emplois, augmenter les revenus des acteurs économiques et les recettes de l’Etat.





