Bilan économique : Sajid tacle (durement) Benkirane
Le bilan économique du gouvernement est sous le feu des projecteurs. Mohamed Sajid, secrétaire général de l’Union Constitutionnelle, le juge désastreux. Il tire la sonnette d’alarme et appelle à un sursaut économique.
D’ordinaire discret et peu disert, Mohamed Sajid, secrétaire géné-ral de l’Union Constitutionnelle (UC), sort ses griffes et s’at-taque violemment au bilan économique de la majorité gouvernementale. A 4 mois des élections légis-latives, l’ancien maire de Casablanca, qui s’exprimait à l’occasion d’un ftour-débat organisé par son parti sous le thème sans équivoque «de 7,5% à 1,5%, mais où est donc passée la croissance?», n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour fustiger le bilan du gouvernement Benkirane, dressant un tableau catas-trophique (catastrophiste) de la situation économique du Royaume. Les mots choisis par Sajid sont durs et alarmistes. L’économie nationale serait, selon ses dires, dans une situation d’ur-gence économique. Il en veut pour preuve les trois récents rapports publiés tour à tour par 3 grandes institutions indépen-dantes : «le rapport du HCP sur le chômage est inquié-tant, ainsi que celui de la Cour des Comptes sur les finances publiques ou encore celui de Bank Al-Maghrib sur le taux de croissance», a notamment déclaré le chef du parti du cheval. La croissance connaît ainsi un «délitement alarmant», selon Sajid, qui rappelle que celle-ci est passée d’une moyenne de 5% pendant les années 2000-2010 à une moyenne de 3% pour la période 2011 à 2015, avec une chute autour de 1,5% pour cette année 2016. Comment expliquer cette dégradation, s’inter-roget-il, alors que le Maroc a consenti des efforts importants en termes d’investissements, de grands programmes, des stratégies sectorielles et qu’il bénéficie d’un contexte inter-national plutôt favorable, en témoigne la baisse importante du cours du baril ?
Absence de vision
Pour étayer ses propos, Sajid s’appuie sur les chiffres qui font mal : 30.000 destructions d’emplois par an depuis 2012, 6.000 faillites d’entreprises en 2015, 2% de croissance pour le crédit bancaire contre plus de 20% au milieu des années 2000, etc… Des per-formances qui, selon le patron de l’UC, doivent plus que nous interpeller sur l’efficacité du gouvernement actuel domi-né par le parti de la lampe. Un parti, ne manque pas de rappeler Sajid, «dominant et prépondérant dans toutes les institutions exécutives et légis-latives, nationales et locales, avec par conséquent une large liberté de manoeuvre». Sajid déplore surtout le fait que le gouvernement donne l’impression de naviguer à vue, au gré des aléas, sans cap ni plan de route, «sans véritable vision économique et sociale, sans stratégie globale de déve-loppement ». L’ancien maire de Casablanca n’a pas manqué enfin d’égra-tigner personnellement le Chef de gouvernement auquel il reproche son hypermédia-tisation et notamment d’être «davantage préoccupé par la promotion de son parti, par la place qu’il va occuper lors des prochaines élections, plutôt que par la conduite en respon-sabilité des grands chantiers de l’Etat». Sajid a frappé fort. Mais s’op-poser ne suffira pas. L’UC, comme les autres partis de l’opposition, devra être une force de propositions pour représenter une alternance crédible. «Nous travaillons actuellement sur un pro-gramme qui sera communiqué dans les prochaines semaines, sur un plan d’action avec des mesures concrètes à même d’infléchir positivement notre développement», confie-t-il.
Adil Douiri
Compétence et gouvernance font défaut
Invité de marque de cette conférence, Adil Douiri, président-fondateur de Mutandis, et président de l’Alliance des économistes Istiqlaliens, n’y est pas allé non plus de main morte pour accabler le bilan économique du gouvernement. Il a de nouveau exposé sa fameuse comparaison des performances des trois derniers gou-vernements, en l’occurrence celui de Driss Jettou (2002-2007), de Abbas Al Fassi (2007-2011) et de Abdelilah Benkirane (Voir tableau). Une démonstration brute hasardeuse qui se veut implacable, mais qui, avouons-le, pâtit d’un manque de contextualisation. Toujours est-il que Adil Douiri n’en démord pas : ce gouvernement a échoué sur le plan économique. Il en veut pour preuve les chiffres catastophiques de la création d’emplois : le gouvernement Jettou en a créé 953.000, le gouverne-ment El Fassi 452.000, tandis que celui de Benkirane en a détruit 140.000 depuis sa prise de fonction. Deux raisons bien précises expliquent ces contre-performances aux yeux de l’istiqla-lien : la première est une question de com-pétence, notamment dans le domaine éco-nomique. Le gouvernement en manquerait cruellement d’après l’ancien ministre du Tourisme. Selon Douiri, les profils écono-miques qui maîtrisent le monde de l’entre-prise ne sont pas légion au sein de l’équipe Benkirane. La deuxième raison évoquée par le patron de Mutandis est un pro-blème de gouvernance, pointant du doigt le manque de pilotage et de cohérence entre les différents départements ministériels. «La démocratie ne signifie pas arrêter de piloter l’économie», déclare-t-il.
Amine El kadiri





