Finances News HebdoFinances News Hebdo
Economie

Béni Mellal-Khénifra : «Dans un monde où le touriste cherche de plus en plus l’authenticité, la région est un trésor»

Souvent associée aux seules cascades d’Ouzoud, la région de Béni Mellal-Khénifra entend désormais faire valoir toute la richesse de son off re touristique. Entre montagnes, lacs, patrimoine amazigh, géoparc classé à l’Unesco et activités de pleine nature, la région mise sur l’authenticité pour se diff érencier dans un marché en quête d’expériences singulières. Dans cet entretien, Younes Laraqui, président du Conseil régional du tourisme (CRT) de Béni Mellal-Khénifra, revient sur les perfor

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 31 Août 2026 à 12:50
Partager
Béni Mellal-Khénifra : «Dans un monde où le touriste cherche de plus en plus l’authenticité, la région est un trésor»

Finances News Hebdo : Où en est la région de Béni Mellal-Khénifra en termes de flux touristiques ? Quels sont les chiffres clés et comment ont-ils évolué ces dernières années ?

Younes Laraqui : Le Maroc est sur une trajectoire vraiment forte : 7,7 millions de touristes à fin mai 2026, +7% par rapport à 2025. Et nous, au niveau régional, nous nous inscrivons pleinement dans cette dynamique. En 2025, nous avons enregistré près de 150.000 nuitées dans les établissements classés, une progression de 6% par rapport à 2024, avec près de 100.000 arrivées, en hausse de 16%. Et ce qui est vraiment positif, c’est que toutes nos provinces progressent, en l’occurrence, Béni Mellal, Azilal, Khénifra, Khouribga, Fkih Ben Salah. Concernant l’hébergement, la concentration reste plus forte dans la province d’Azilal avec près de 132 établissements, plus de 1.300 chambres, une offre qui va de l’hôtel classé à la maison d’hôtes, au gîte, à l’auberge… Mais il faut savoir que des projets se développent aussi dans toutes les provinces. C’est une offre en construction, diversifiée et ancrée dans le territoire.

F. N. H. : Quelle est la part du tourisme dans l’économie régionale, et quel est l’objectif fixé à l’horizon 2030 ?

Y. L. : Aujourd’hui, et plus que jamais, tous les acteurs de la région sont conscients de l’importance du secteur. Les autorités locales, les partenaires institutionnels, les opérateurs privés, tous les intervenants de la chaîne de valeur touristique régionale, sommes alignés. Le tourisme est considéré comme un pilier, et nous développons ensemble une stratégie commune, ambitieuse, à la hauteur du potentiel du territoire. Le Maroc vise 26 millions de touristes à l’horizon 2030. Nous, nous voulons que Béni Mellal-Khénifra capte une part significative de cette croissance. Et nous avons les atouts : la nature, la culture, l’authenticité et des sites exceptionnels.

F. N. H. : Au-delà de la montagne et d’Ouzoud, quels sont les atouts touristiques de la région qui restent encore sous-exploités ou méconnus ?

Y. L. : La diversité de cette région est tellement grande que je pourrais passer beaucoup de temps à citer les sites, et c’est justement cela qui démontre l’étendue du potentiel. La région ne se limite absolument pas à Ouzoud. Au CRT, nous déployons, aujourd’hui, des efforts importants pour mettre en lumière le maximum d’atouts touristiques. D’ailleurs, nous venons d’organiser la première édition du Khénifra Outdoor Experience, le premier événement dédié aux sports de montagne et à l’outdoor dans la région. Les participants ont découvert le patrimoine amazigh exceptionnel du territoire, les forêts de cèdres d’Ajdir, les sources de l’Oum Er-Rbia, le lac Ouiouane et j’en passe. Dans toute la région, il y a des lacs, des sources, de la montagne… Nous avons aussi le Géoparc du M’Goun, inscrit à l’Unesco, un patrimoine géologique mondial, sur notre territoire. C’est un atout indéniable. Et dans un monde où le touriste cherche de plus en plus l’authenticité, la vraie évasion, loin du tourisme de masse, la région de Béni MellalKhénifra est un trésor. Un trésor que nous sommes en train de faire connaître, progressivement, mais avec beaucoup de conviction.

F. N. H. : Quel est l’état de l’offre hôtelière de la région? Y a-t-il des projets d’envergure en cours ?

Y. L. : Notre capacité classée reste modeste par rapport au potentiel du territoire, mais elle est en progression, et surtout elle se diversifie. Elle correspond à ce que le visiteur cherche aujourd’hui : de l’authenticité, de l’immersion, du local. La demande existe, les sites existent, il faut que l’investissement suive. Et justement des projets se développent sur plusieurs segments, donc la dynamique est là. Mais j’insiste sur un point important aussi : c’est que nous avons besoin aussi de projets dans l’animation touristique. Parce qu’au final, l’objectif n’est pas seulement d’amener le touriste et de l’accueillir. C’est de prolonger son séjour, de lui offrir une vraie expérience, de lui donner des raisons de rester.

F. N. H. : Quels sont les secteurs où le CRT cherche activement à attirer des investisseurs privés ?

Y. L.  : Les opportunités d’investissement dans notre région sont nombreuses et variées. Nous travaillons activement sur ce sujet en collaboration avec le Centre régional d’investissement (CRI) de BéniMellal-Khénifra, qui dispose d’une véritable banque de projets touristiques identifiés sur le territoire. Et ce qui est intéressant pour un investisseur aujourd’hui, c’est que les conditions n’ont jamais été aussi favorables. Il y a des initiatives étatiques solides, des mécanismes de subvention, d’accompagnement, de facilitation qui sont là pour réduire le risque et accélérer la concrétisation des projets. Notre rôle au CRT, c’est d’être parfois le lien entre les porteurs de projets, les dispositifs d’appui disponibles et les opportunités du territoire. Ce que nous cherchons, ce sont des investissements qui créent de la valeur pour le visiteur et pour les communautés en même temps.

F. N. H. : Le patrimoine amazigh de la région est exceptionnel. Existe-t-il une stratégie structurée pour en faire un produit touristique à part entière ?

Y. L. : Oui, nous travaillons à en faire un produit touristique structuré. Cette richesse mérite d’être valorisée intelligemment, pas folklorisée, pas mise en scène de façon artificielle, mais présentée dans toute son authenticité. C’est l’un des axes forts de notre stratégie de positionnement en tant que destination. Nous intégrons toujours la dimension culturelle amazighe dans toutes nos actions et événements. Le Khénifra Outdoor Experience en est le meilleur exemple. Les participants ne sont pas venus juste pour randonner. Ils sont repartis avec une vraie rencontre avec ce territoire et ses habitants. C’est ce que nous cherchons à créer. L’objectif à terme, c’est de construire des circuits culturels complets, de valoriser les savoir-faire locaux, de connecter les artisans et les communautés aux flux touristiques. Faire en sorte que la culture soit une expérience complète.

Il y a d’abord la connectivité : Béni Mellal est aujourd’hui reliée à Gérone, Bergame et Tanger et c’est un signal fort. Mais il faut aller plus loin, développer davantage de lignes, renforcer l’accessibilité de la région depuis les principaux marchés émetteurs. C’est l’un de nos chantiers prioritaires. Sur la notoriété, nous nous limitons plus à la nature. Béni Mellal-Khénifra est une destination dotée d’une grande diversité : parachutisme, chasse et pêche durables, rafting, sports de montagne, retraites wellness, team building corporate... Des produits de niche à forte valeur ajoutée, qui correspondent exactement aux tendances du tourisme mondial. L’objectif est de faire connaître cette diversité au bon public. Il y a aussi un déficit réel en animation touristique et en formation des acteurs locaux. Ce sont deux chantiers sur lesquels nous devons encore progresser pour élever le niveau de l’expérience proposée au visiteur. Les freins existent, nous n’allons pas les nier. Mais nous avons la volonté, les atouts, et surtout tous les acteurs mobilisés sous la vision et la direction du wali. Et c’est cette dynamique collective qui nous rend confiants pour la suite

Mots clés :Tourisme

Articles similaires