Banque mondiale : Hafez Ghanem dévoile sa stratégie dans la zone MENA
Dans le cadre de la visite officielle du vice-président pour la région MENA du Groupe de la Banque mondiale, Hafez Ghanem, l’institution de Bretton Woods organise aujourd’hui une table-ronde avec la presse pour échanger sur les enjeux du développement au Maroc à moyen et long terme et sur les contours de sa stratégie dans la zone MENA. Le Maroc, pays stable politiquement, ne sera pas logé à la même enseigne. Mais cela n’empêche pas de dire que sur le plan économique, il n’arrive pas à atteindre un taux de croissance à même d’éradiquer les inégalités sociales.
Encore au stade de finalisation, un mémorandum économique pour le Royaume verra bientôt le jour.
Depuis plusieurs années, la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord pâtit de plusieurs convulsions politiques et sociales qui prennent en otage son développement.
«En 2011, au lendemain du printemps arabe qui, aux yeux de la communauté internationale, préfigurait le passage au pluralisme et à plus de démocratie, le groupe Banque mondiale a introduit une stratégie pour la région MENA», apprend-on dans une note sur la stratégie de la Banque mondiale (BM), qui nous est parvenue à l’occasion de la visite de Hafez Ghanem au Maroc. Cette stratégie s’articulait autour de quatre axes : emploi inclusion, gouvernance et développement du secteur privé. Contrairement à ce à quoi, on s’attendait, la transition s’est révélée être douloureuse et parfois très violente. Preuve en est: la région vit dans une instabilité chaotique. D’après les estimations de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, le conflit actuel au Yémen se traduit chaque jour par une dégradation du niveau de vie de la population, la Syrie a perdu l’équivalent de quarante ans de développement humain, les attaques terroristes en Egypte et en Tunisie ont porté un coup dur au tourisme, source importante d’emplois et de devises dans ces deux pays… et la liste est loin d’être exhaustive. Face à cette situation, l’institution de Bretton Woods mettra à l’oeuvre une nouvelle stratégie.
Compte tenu de l’hétérogénéité de la région MENA, la stratégie régionale sera appliquée en fonction des spécificités des pays. Le Maroc, pays stable politiquement, ne sera pas logé à la même enseigne. En rencontrant Mohamed Boussaid, ministre des Finances, Hafez Ghanem s’est dit satisfait de la relation de la BM avec le Maroc. Des avancées sont certes réalisées, mais cela n’empêche pas de dire que sur le plan économique, le Maroc n’arrive pas à atteindre un taux de croissance à même d’éradiquer les inégalités sociales. Les prévisions du Haut-commissariat au plan pour l’année 2016 n’augurent rien de bon : un taux de croissance de 1,3%, un taux d’endettement global de 82,5% et un taux de chômage qui reste élevé, oscillant autour de 10%, pour une économie aspirant à l’émergence. Dans ce sillage, la Banque mondiale est en train de finaliser le mémorandum économique pour le Royaume. Ledit mémorandum va mettre le point sur les défaillances relatives à l’absence de transformations structurelles, à la forte dépendance du secteur primaire, à la faible compétitivité… tout en concoctant une stratégie adaptée.
A nouveaux challenges, nouvelle stratégie !
La question que se posent les responsables de la Banque mondiale : les quatre axes de la stratégie de 2011 correspondent-ils aux priorités de la région MENA aujourd’hui ? Les réponses à ces questions les ont conduit à proposer une nouvelle stratégie, prenant la précédente par l’autre bout. Comment? «Au lieu de considérer les conflits et l’extrémisme violent comme une réalité incontournable et faire du mieux que nous pouvons pour favoriser l’emploi, l’inclusion, la gouvernance et la croissance, le groupe va orienter sa stratégie de manière à promouvoir directement la paix et la stabilité sociale dans la région MENA», apprend-on dans la présente note. Ils partent du principe que la paix et la stabilité sont des préalables au développement. Assurément, mener des actions de sécurité ne relève pas des fonctions de la Banque mondiale, mais ils prennent en considération qu’une bonne part des troubles et des conflits qui secoue la région, prennent leur origine dans le sentiment d’exclusion dont sont victimes la plupart de ses membres. Certains rejoignent les groupes d’extrémistes, d’autres s’élèvent contre l’Etat. Dans ces conditions, la Banque mondiale va se servir de ses instruments pour aider les pays de la région à adopter un nouveau contrat social, un contrat où l’Etat développe la capacité du secteur privé à créer des emplois, favorise la fourniture des services publics de qualité et renforce l’aptitude des citoyens à demander des comptes aux pouvoirs publics. Agissant de la sorte, la Banque mondiale pourrait atténuer ou prévenir les causes de violence et de l’instabilité dans la région. Ce nouveau contrat social sera renforcé par des programmes qui boostent la concurrence sur le marché intérieur pour permettre au tissu national de créer de l’emploi et de la richesse.
En matière de financement, les opérations de prêt auront pour but de renforcer le nouveau contrat social. Ce qui augure que les projets comporteront tous une composante de participation citoyenne. «La Banque mondiale utilisera son savoir et posera éventuellement des conditions en matière de politiques publiques afin d’aider les pays à mener les réformes politiques et institutionnelles nécessaires pour attirer des financements privés et améliorer les conditions de vie» expliquent les analystes de la BM. Dans ce cadre, la Banque mondiale anticipe une hausse importante des prêts au cours des prochaines années pour atteindre 6 milliards de dollars. Aussi, en cas de cessation des hostilités dans la région, le programme de prêts sera encore étendu.
Ceci étant, les analystes de la Banque mondiale plaident pour une alliance mondiale pour faire régner la paix et la stabilité dans la région parce qu’aucun pays ou organisme n’est supposé supporter l’intégralité des coûts à payer pour mettre fin aux conflits et aux violences. Un défi de plus en plus difficile à relever.
S. Es-siari





