CNSS : 89% des dépenses de soins remboursées orientées vers le privé
La généralisation de l'assurance maladie s'accompagne d'une forte progression des dépenses de santé. Hassan Boubrik, directeur général de la CNSS, a appelé à un rééquilibrage entre les secteurs public et privé, à une meilleure maîtrise des coûts et à un renforcement de la régulation.

Près de 89% des dépenses de prestations de soins remboursées par la CNSS en 2025 ont bénéficié au secteur privé, contre seulement 11% pour le public. Un déséquilibre mis en avant par Hassan Boubrik, directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale, ce mercredi 14 octobre à Marrakech, lors de la conférence internationale organisée par le Conseil de la concurrence autour de la gouvernance du système de santé.
Même en excluant les médicaments, dont la distribution relève essentiellement du secteur privé, cette proportion atteint encore environ 83%. Pour le directeur général de la CNSS, ces chiffres illustrent la nécessité de renforcer l'offre publique de soins afin d'accompagner durablement la généralisation de l'assurance maladie obligatoire (AMO).
«Un système universel ne peut durablement atteindre ses objectifs sans un secteur public fort, performant et attractif», a-t-il souligné, tout en rappelant la complémentarité indispensable entre les deux secteurs.
Cette problématique intervient dans un contexte d'élargissement considérable de la couverture médicale. En 2025, plus de 32 millions de personnes étaient immatriculées à l'AMO, soit environ 88% de la population, contre 42% avant le lancement de la généralisation.
L'immatriculation ne signifie toutefois pas systématiquement l'ouverture effective des droits. Hassan Boubrik a précisé qu'un peu plus de 11% des personnes immatriculées avaient des droits fermés en raison du non-paiement régulier des cotisations. Il a défendu le maintien du lien entre cotisation et ouverture des droits, estimant que sa suppression pourrait fragiliser les équilibres financiers des régimes.Les prestations atteignent 23 milliards de dirhams
L'extension de la couverture se traduit également par une augmentation rapide de la consommation médicale. En 2025, les prestations AMO servies par la CNSS ont atteint 23 milliards de dirhams, en hausse de 17% par rapport à 2024.
Une progression que Hassan Boubrik juge en partie normale, puisqu'elle traduit l'accès aux soins de populations qui pouvaient auparavant y renoncer. Elle exerce néanmoins une pression croissante sur les finances du système.
Le directeur général de la CNSS estime que la réponse ne peut se limiter à mobiliser davantage de ressources pour financer les remboursements. La maîtrise des dépenses passe également par une action sur les prix, les pratiques de prescription et l'organisation de l'offre médicale.
Sur le médicament, il a notamment plaidé pour une régulation des prix, un recours accru aux génériques et aux biosimilaires, ainsi qu'une évaluation rigoureuse de la valeur thérapeutique des innovations.Il a également défendu une meilleure coordination des parcours de soins, le renforcement du rôle du médecin traitant et l'élaboration de protocoles thérapeutiques opposables.
La prévention figure parmi les autres leviers identifiés. Hassan Boubrik a rappelé que de nouvelles dispositions législatives permettent désormais à l'AMO de financer des actions de prévention, une possibilité qui n'existait pas auparavant.
Tarifs, remboursements et lutte contre les abus.
La régulation du secteur constitue un autre chantier prioritaire. Hassan Boubrik a insisté sur la nécessité d'accélérer l'actualisation des nomenclatures des actes médicaux, des listes de médicaments remboursables et de la tarification nationale de référence (TNR).
Les retards dans ces mises à jour peuvent notamment maintenir des restes à charge élevés pour les assurés ou conduire à des remboursements déconnectés des coûts réels.
Le directeur général de la CNSS a également évoqué les risques liés à la surfacturation, aux actes injustifiés et aux fraudes, lorsqu'ils sont établis. L'exploitation des données de remboursement, la digitalisation et des contrôles mieux ciblés doivent permettre d'améliorer leur détection.
Dans ce dispositif, la Haute Autorité de santé est appelée à jouer un rôle central. Hassan Boubrik a toutefois insisté sur la nécessité de la doter de moyens humains, techniques et financiers suffisants, mais aussi de garantir sa capacité à prendre des décisions dans des délais adaptés.
Pour la CNSS, qui dispose de données importantes sur les prescriptions, les parcours de soins et les dépenses, la coopération avec les autorités de régulation devra permettre de mieux orienter les décisions, tout en respectant la protection des données personnelles.
La généralisation de l'assurance maladie a permis d'élargir considérablement les droits à la couverture médicale. Leur exercice effectif dépend désormais aussi de la capacité du système de santé à fournir des soins accessibles et de qualité, sans compromettre ses équilibres financiers.





