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Culture & Société

Arts plastiques: soubresauts d’âmes transies

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 28 Juin 2021 à 12:00
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L’exposition de Amina Rezki, «Bêtes de scènes», présentée à la galerie d'art Kulte Center for Contemporary Art and Editions, brode sur le thème des scènes intimistes. Un art d’où sourdent le désenchantement, le mal-être et l’angoisse.

 

Par R. K. Houdaïfa

 

Lundi 21 juin. Ce jour-là, lors du vernissage privé organisé par la délégation général WallonieBruxelles au Maroc, le lieu a pris un bain de jouvence. Une kyrielle d’excités l'ont assailli. Les cimaises en tremblaient, de par qui les ornent également… Ils avancent en bataillon rangé, vibrant de tout leur charme. Couleurs vives, crème, courbes douces, arrêtes tremblantes, ils sont des «bêtes de scènes».

Certes, avec l’humilité de moine. Ils ? Les personnages et êtres à tête d’animaux de Amina Rezki. Et quel effarement vient de se dissoudre dans leur contemplation  ! L’artiste avoue, elle même, que ses figures illustrent des états d’âme, présentés moyennant petites scènes vécues durant le confinement. Regards imposant l’effroi, visages d’animaux, silhouettes privées de tête humaine… Les œuvres réalisées composent un théâtre intime dont les personnages dansent un ballet (mais, invraisemblablement de mort  ?!).

Ces figures troublent quiconque les fixe. Parce que l’artiste, sans grandiloquence, nous dit ce que nous sommes  : des bonshommes de carnaval, silhouettes vacillantes à la recherche de repères. Pis encore, elle nous rappelle que nous étions des êtres clairement cloitrés et attendant des jours meilleurs.

Amina représente, ici, le monde en arrêt dans chaque scène offerte à voir, en l’accentuant avec plus de couleurs. Elle s’est d’abord évertuée à peindre son autoportrait, à travers lequel elle essaya de questionner sa place dans la société en tant que femme, mère et artiste.

Par la suite, comme elle a toujours été inspirée par l’Homme, Amina a intégré des aspects animaliers aux silhouettes qu’elle peint afin de mettre en toile la férocité humaine. Et si elle s’est habituée à peindre des toiles sombres, le confinement lui a permis de changer de ton, de palette... Il lui a été une sorte de revirement total par rapport à ce qu’elle faisait.

De l’art, elle fait une religion

Par le dessin, qu'elle découvrit à l’âge de cinq ans en Belgique, Amina surmontera indubitablement la désolation ambiante. Elle passait le plus clair de ses loisirs à croquer tout ce qui passait à portée de son crayon. Après une formation à l’Académie des Beaux-arts de Bruxelles, elle se fit une réputation parmi d’autres, qui l'encouragèrent à se jeter dans le bain pictural. Elle le fit avec la ferveur du prosélyte et entreprend entre 2003 et 2009 des cours intensifs de peinture à l’académie d’art d’Uccle à Bruxelles. Son œuvre, d'abord poussive, puis de plus en plus réfléchie, finit par prendre corps et style.

Amina Rezki s’est toujours tenue à distance d’écueils périlleux, à savoir l’engluement dans une doctrine et l’obédience à une école. Elle ne s’inscrit dans aucun mouvement plastique. Elle s’y échappe aussitôt qu’on tente de la ranger. Guidée par son instinct, elle eut pour première passion l’abstraction. Mais, elle découvrit vite la figuration, dans laquelle elle entra comme on entre en religion.

Ses visages et corps torturés, scènes apocalyptiques ou dystopiques sont insaisissables. La violence de son œuvre nous saisit au collet. Le mouvement du trait et sa plasticité nous transportent… Ses toiles renferment un silence ô combien vertigineux qui livre place au mystère. S’il y avait bien une expo à foncer voir en ces temps, c’était cette traversée intime et amicale de l’œuvre de Amina.

 

 

 

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